V. — LA STATIQCE ÉCONOMIQUE ET LES CRISES
la demande plus grande de produits, il n'en résultera que du bien pour la société, car les ouvriers employés recevront le même revenu, des ouvriers nouveaux trouveront un revenu dans le nouveau capital (1) ; il y aura une plus grande abondance de richesses, et plus de besoins satisfaits, il n'en résultera que des bienfaits.
Si les consommateurs n'ont pas besoin d'un plus grand produit, l'application des machines sera encore utile pourvu qu'elle procure aux fondateurs un plus grand loisir par la réduction du temps de travail : si la durée du travail n'est pas réduite, et que la demande du produit reste invariable, il est clair qu'un nombre plus ou moins considérable d'ouvriers deviendra inutile, puisque le même travail sera accompli par l'heureux inventeur de la machine en moins de temps ; c'est alors que Tinvention de la machine deviendra une calamité^ selon l'expression de Sismondi, puisque l'inventeur de la machine, au lieu de l'employer à soulager ses propres ouvriers, l'emploie à tuer les ouvriers de son concurrent, dont il enlève les débouchés.
Quand les perfectionnements de l'industrie ne sont pas le résultat d'une demande nouvelle de produits, l'emploi de nouveaux capitaux sous forme de machines, sans diminution du capital employé dans un pays à rémunérer les ouvriers, pourra procurer un avantage national aux dépens des producteurs étrangers ^r le salaire des ouvriers nationaux ne sera pas réduit, mais il fera perdre des salaires aux ouvriers étrangers.
C'est dans ce cas que Sismondi a écrit : « Ce perfectionnement a tué à de grandes distances d'anciens producteurs qu'on ne voyait pas et qui sont morts ignorés, il a
(1) Nouveaux Principes, I, 399.
enrichi autour de rinveateur des producteurs nouveaux, qui, parce qu ils ne connaissaient pas leurs victimes, ont regardé chaque découverte comme un bienfait pour Thumanilé. »
Le cas le plus redoutable de l'emploi des machines est évidemment celui où le fabricant, sa72s qu'il y ait une demande nouvelle de produits y et sans qu*ily ait augmentation de capitaux^ convertit en machines une portion du capital qui servait à entretenir ses ouvriers : alors si son revenu net s'accroît, c'est aux dépens directs du revenu des oi^vriers qu'il supprime, et la perte sociale est certaine, quelque avantage individuel qu'il recueille. C'est là que Ton saisit nettement la différence du point de vue social et du point de vue individuel, qui préoccupe tant Sismondi, et qu'il s'efforce de mettre en lumière : au point de vue individuel, il est clair que l'accroissement du revenu est un avantage ; mais au point de vue social, il n'y a pas accroissement de revenu, mais déplacement de revenu ;/ce qui augmente la part du maître est retranché à l'ouvrier .j Sismondi montre l'influence qu'une distribution du revenu plus voisine de l'égalité exerce sur lapros- • périté nationale, sur la consommation et la production : il n'est pas indifférent, au point de vue social, que le revenu se concentre entre les mains de quelques capitalistes faisant travailler des milliers d'ouvriers misérables, et qu'il se divise entre un plus grand nombre d'entrepreneurs faisant travailler des ouvriers moins pauvres : plus la distribution des revenus rapproche la masse de l'aisance, et plus aussi l'encouragement donné à l'industrie nationale est considérable, plus par conséquent l'approximation de l'égalité tend à rendre normal le mouvement circulaire de la richesse qui entretient le corps social. L'effet des grandes fortunes est d'exclure les produits des