V. — l'œuvre critique et organique de sismondi
sants, le contre-coup de l'insolidarité universelle. Sismondi a décrit celte phase de notre évolution, avec une puissance d'observation, une hauteur de vue incomparables, et surtout avec un sentiment humain tout palpitant encore aujourd'hui.
L'étude de cette grande œuvre, par là même qu'elle est surtou^ critique, et à peu près dégagée d'un plan de réformation systématique, est comme le point de départ de rétude de tous les travaux des Ecoles modernes qui se sont détachées de l'Ecole abstraite issue d'Adam Smith^ ou se sont opposées à eUe, depuis TEcole historique jusqu'au socialisme collectiviste. Les méthodes qu'elle applique, les idées, les lois qu'elle formule pénètrent, se développent dans leurs œuvres, et elles acquièrent une portée beaucoup plus radicale par les déductions juridiques qui les accompagnent.
La mieux-value, pour Sismondi, est le fruit du travail qui* se partagent l'intérêt, le profit, la rente, auxquels il reconnaît une légitimité. Pour Marx, la plus-value aura la même source et les mêmes caractères, mais la rattachant à une conception inflexible de la théorie de la valeur de Ricardo, il la revendiquera pour le travail tout entière. Voilà l'évolution socialiste de l'idée de Sismondi. Et Sismondi grandit chaque jour^ précisément parce qu'on a reconnu de plus en plus la profondeur et la portée de la partie de son œuvre, que Kautz appelle négative, et qu'elle n'est point obstruée par un plan de rénovation sociale hâtivement et imparfaitement conçu, et qu'il faudrait écarter.
Cependant la partie positive, si réduite qu'elle paraisse, a traversé le siècle elle aussi en se fortifiant toujours. Nous avons montré que si Sismondi s'éloigne du socialisme, en ce qu'il ne conçoit pas de système de propriété Denis II. 25
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absolament différent de celui que nous fait connaître Texpérience (1)> son plan ébauché renferme enpuissanee toute la transformation de la propriété dans sa conception historique, et déjà il marque la distinction de ce qui est irrévocablement individuel et de ce qui est social et modifiable par la loi dans le droit de propriété ; s'il consacre la propriété individuelle, il consacre aussi l'union indissoluble du travail et de la terre, la perpétuité deToccupation par le travailleur^en s*efforçant de réduire le droit da .propriétaire, quand celui-ci ne se confond pas avec le cultivateur, au droit à une redevance perpétuelle de Toccupant Le principe que Touvrier a droit à la garantie de celui qui remploie ou de la solidarité légale, par lequel Sismondi ressaisit la continuité de l'état social moderne et des systèmes antérieurs de la féodalité et des corporations, ce principe^qui ne trouve dans son œuvre aucune expression pratique, était lui-même destiné à animer des institutions modernes. Eieenhart a rappelé que le Parlement de Francfort, en 1848, avait conçu une législation industrielle commune à l'Allemagne entière, en consacrant le principe de la solidarité, en ramenant lapetite industrie au régime corporatif, et en introduisant dans la grande industrie des groupements par catégories de producteurs,avec institution de caisses d'assurances contre la maladie et la vieillesse. La législation moderne de l'Empire d'Allemagne sur les assurances ouvrières, le caractère corporatif dont elle est encore pénétrée est une consécration plus haute encore du principe de Sismondi, qui tend à rayonner dans la législation européenne et même dans la législation internationale de TËurope.
Mais ce principe de la solidarité obligatoire n'est
(1) Nouveaux Principes, II, 364.