V. — L'ŒUVRB critique et organique de SlSMONl
production et à celui de la population (1). Par exemple, remploi de machines nouvelles qui ne s'accompagnerait pas d'une nouvelle demande de travail, et qui n'aurait d'autre effet que d'épargner de la main-d'œuvre, serait sans profit pour l'entrepreneur, puisqu'il devrait soutenir ceux qui ne travailleraient plus.
Les maîtres ne céderaient plus à cette tendance à se disputer les débouchés à coups de réductions de prix, et par suite à surcharger le marché, et l'ouvrier, placé dans des conditions plus stables, ayant un revenu plus régulier et mieux assuré, disciplinerait de lui-même la population.
Tel est le principe de solidarité obligatoire, dont l'application déterminerait tôt ou tard le maître à s'associer l'ouvrier.
Gependant,au moment où il s'agit de proposer les mesures pratiques destinées à consacrer le principe, les objections se dressent devant Tesprit de ce noble et sincère penseur; les crises industrielles ruinent souvent les maîtres, quelle garantie aura alors l'ouvrier ? Souvent aussi, grâce à l'étendue du marché,des changements survenus dans la production, à d'énormes distances, atteignant l'industrie nationale, mettraient des ouvriers à charge de leur maître. Quelle serait alors la justice de l'application du principe, puisque Sismondine veut faire peser sur le maître que la responsabilité du mal qu'il fait à l'ouvrier, et non la responsabilité du mal que d'autres lui font (2) ? Ces corporations nouvelles de métiers ne ressusciteraient-elles pas encore les abus des anciennes corpotions ? C'est alorç que Sismondi fait cet aveu si touchant
(1) Nouveaux Principes, p. 362.
(2) Nouveaux Principes, II, 366.
et si digne : « Je l'avoue, dit-il, après avoir indi'qué où est, à mes yeux, le principe, où est la justice,, je ne uie sens pas la force de tracer les moyens d'exécution. <>
£mu de cet aveu d'impuissance par lequel Sisnion ii a clos son immortel ouvrage, ThistorienKautz regrette que Sismondi n'ait pas fait faire plus de progrès encore à la science, en persistant à donner à ses recherches théoriques uoe direction Jiéffalive^ s^u lieu de s'appliquera développer leur côlé positif, organique, réformateur. Un autre historien, Ëisenhart, ne s'étonne pas, de son côté, qu'en présence de la grandeur du problème, l'Ecole de Sismondi n'ait pas poussé plus loin la solution. Ingram dit à son tour que l'aveu de Sismondi est beaucoup plus sage et plus honorable, que l'exposé de remèdes précipités et (laïïgereux ou une invitation à revenir aux institutions du Moyen Age.
Les Nouveaux Principes de Sismondi restent aiosi, avant tout, Treuvre critique la plus puissante de la première moitié du xix*^ siècle ; assombris par le pessimisme, ou par la généralisation II op rapide des faits directement observés parce pénétrant esprit, ils sont l'exposé le plus saisissant de la question sociale caractérisée fondamentalement par un régime légal de propriété individuelle • et de liberté illimitée du travail, par la séparation et Topposition croissante des intérêts individuels, les progrès delà grande culture, la constitution de la grande industrie et d'une classe capitaliste puissante, l'application de plus en plus étendue des machines, la formation et le développement d'une classe d'ouvriers salariés et n'ayant désormais d'autre perspective que le salariat, disposant exclusivement de leur force de travail et n'ayant aucun lien de garantie dans la société économique, et sur laquelle retentit, avec des effets terribles et toujours renais-