I. — LA DYNAMIQUE SOCIALB DE GODWIN ET CONDORCET
et des obstacles qui s y sont oppose's ; mais les époques de ce développement sont légitimement caraclérisées par les événements qui ont eu une influence décisive sur la marche de Tesprit humain, l'objet même du livre ; que ces événements soient scientifiques, politiques ou industriels, c'est là qu'ils trouvent leur réelle homogénéité. Quand on se place à ce point de vue, la classification des époques de V Esquisse de Condorcet, où Comte ne voit qu'incohérence et arbitraire, présente une incontestable unité. La formation du langage, la découverte de récriture alphabétique, les premières conquêtes scientifiques jusqu'à la division fondamentale du savoir humain en sciences physiques et en sciences morales, Tinvention de l'imprimerie, la révolte de la philosophie expérimentale contre l'autorité dogmatique> avec Bacon, Galilée, Descartes, le développement des sciences qui suivit, la Révo* lution française elle-même, ont les liens les plus étroits. La découverte de Timprimerie, fait industriel, donoe une impulsion irrésistible au libre examen, un gage indestructible à la diffusion des idées, et prépare par là la fonction de l'opinion publique ; le progrès des sciences morales aboutit à donner au droit, à la perfectibilité de l'espèce, des fondements inébranlables dans la nature humaine et ses lots ; la Révolution française, fait social et politique, est ici la phase de l'évolution de l'esprit humain où les connaissances acquises exercent une influence directe, immédiate, générale sur Topinion publique, et par là sur les institutions sociales, faisant reconnaître et consacrer le droit nouveau par la conscience collective.
C'est précisément parce que l'œuvre de Condorcet a ce degré de généralité qu'elle domine tout le développement de la sociologie théorique et pratique au xix® siècle. Le Denis II. 3
34 DEUXIÈME ÉPOQUE. — LA SCIBMCB DBS RICHESSES
Tableau de Condorcet, éclairé par ses immortels JUé^ moires sur Vinstruction publique, renrerme la synthèse préparatoire des vastes entreprises par lesquelles Técole de'Saint-Simon et celle d'A. Comte se sont proposé comme objet la réorganisation spirituelle et temporelle de la société. Auguste Comte se séparera irrévocablement de Saint-Simon pour poursuivre avant tout la réorganisation spirituelle de la société, en constituant la sociologie et la philosophie des sciences, et en ajournant jusque-là la constitution d'une politique positive et la réorganisation temporelle. Saint-Simon, au contraire, et surtout son école, appuyés sur une œuvre hâtive de reconstitution spirituelle, aborderont directement la réformation de la société. \J Esquisse fait en second lieu appel à la constitution d'une sociologie, de cette science de l'homme, qui sollicite le génie de Saint-Simon et qu'il ne peut qu*ébaucher. Les Mémoires sur rinstrucHon publique, yrai commentaire de V Esquisse ^i^Ims que Y Esquisse inéim% ce que Ton n'a pas vu, renferment les données fondamentales de la classification des sciences d'A. Comte. La consécration du TÔle social de la science succédant à la théologie, réalisant Tunité mentale du genre humain, exerçant une action directrice sur le mouvement social, prépare avec Condorcet T institution du nouveau pouvoir spirituel, dont Saint-Simon, dès le début de son œuvre, A. Comte, jusqu'à Tachèvement de la sienne, furent préoccupés. Dans Tun de ses Mémoires sur rinstruction publique yQiOnàovc^i propose, en 1792, la fondation d'une société nationale des sciences et des arts, destinée à diriger rinstruction générale, à reculer par ses découvertes les limites des sciences ; elle devait renfermer une classe des sciences mathématiques et physiques, et une classe des sciences morales et politiques. Celle-ci, à son tour.