‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 183 sur 220 · VI. — LA DYNAMIQUE D*OWBN · texte numérisé non relu

VI. — LA DYNAMIQUE D*OWBN

jam&is de vue le but final (l). De 1826, date de la publication sous les auspices d'Owen du Coaperative Alaga-r zine, à 1832, il y eut une efBorescence considérable à^ sociétés animées du même esprit. La société de consomma-: /t(>i2, ou plutôt de Jij/rt62//ion,servait de fondement systé-* matique aux formes dëRaitives de coopération mutuelle* Les marchandises étaient revendues à leurs membres aux prix du marché, ce qui est la pratique des associar tions modernes, mais les profits étaient reversés dans l'entreprise, car les coopérateurs ne poursuivaient pas un but immédiat^ un avantage actuel^ mais leur but était d'acquérir la terre et le capital et depréparerTapplication de la coopération intégrale et des principes de communauté. Le nombre des sociétés, de 300 en 1830, s'éleva jusqu'à 700 en 1 832 ; elles disparurent en quelques années.

Bôoth, Holyoake, Miss Potter. Lloyd Jones expliquent ce nouvel échec : l'explication se ramène à ce cs^ractère essentiel donné par TËcoIe d*Owen à la coopérar lion, d*étre un moyen pour une fin supérieure. Miss Potter dit très bien que les coopérateurs ajoutaient à rinstinct d'autonomie d'un peuple opprimé mais énergique un haut idéal de vie communautaire (2).

Lloyd Joncs touche le vif de la question : dans les sociétés de distribution ou de consommation (trading^so^ cieties) il n'y avait pas de dividendes, boni, distribués aux sociétaires, il n'y avait donc pas d'intérêt actuel, tan^ibfo qui réunit les membres. Les profits étaient destinés à une capitalisation collective. Les principaux sociétaires, ceux dont la part du fonds conmun était la plus forte, se

(1) BooTH, Robert Owen, p. 131-139.

(2J The coopérative movement^ p. 39. ,. /:., rv-.i l (\)

4S4 DBUX1ÈMB ÉPOQUB. — LA SCIBNCB DBS RICHBSSBS

préoccupèrent de plus en plus des avantages à réaliser imniédicilenienl ; les plus pauvres devinreot impatients du résultat nnal ': ces causes agissant en sens inverse amenèrenl la désintégration (I). La coopération, sous sa seconde forme, succomba par le lien trop étroit encore qui Tiinissait h sa forme idéale; à celle cause fondamentale il faut ajoutiT Tétat de dépendance extrême des ou* vriers d'alors, dont le sentiment d'autonomie ne s'était éveillé que sous la parole enflammée d'Owen» l'absence de garanties légales pour les associations et des causes internes de dissolution.

3. La troisième phase de la coopération est marquée parle S3'st6me de Rochdale et l'association des Equitables pionniers (I8ii). Les proUts des sociétés de distribution deviennent propriété individuelle, ils sont répai-tis entre les sociétaires ; le lien desubordin ition de la forme préparatoire aux formes supérieures d*Owen semble se rompre; Yunion dans la coopération, le consensus a désormais des fins prochaines^ et sollicite les intérêts individuels par des avantages immédiats ; on ne peut, sans manquement à l'Iiistoire et à In justice, séparer la coopération moderne de l'œuvre d'Owen, mais c'est avec des formes nouvelles que les progrès de TEtbologie la rapprochent de l'idéal du grand réformateur. On s'explique que la société de consommation ou de distribution se généralise la première, parce qu'elle est à la fois la plus simple et celle qui unit les intérêts dans des fins ac^ tuelles : pour être retardée, la société de production qui unit les intérêts dans des fins plus éloignées n'est pas anéantie. Aussi la production coopérative pourra prendre la société d*acbat et de vente en gros, la Wholesale so^

(i) Lloyo Jons<$, Life of Owen, II, p. S.

VL — LA STATIQDB D^OWBN 4SK

eiety^ comme base et débouché : mais là Tunion des iatérèls se traduira par un égoïsme collectif en opposition avec une tendance altruiste supérieure, dans le partage des profits avec les membres de la collectivité productrice ; les sociétés de production à leur lour rénènent l'esprit égoïste trop fréquent chez les coopérateurs isolés^ en se subordonnant plus ou moins aux trade-unions : l'évolution peut ramener à Tassociation intégrale que rêvait Owen, mais par d'autres voies que la communauté intégrale de village, avec une diflérenciation plus profonde et suivant un processus psychologique mal étudié encore.

§ 7. La statique d'O^wen. La productivité du sol et l'équilibre de la population et des subsistances. — Les communautés de coopération mutuelle sont basées sur Tagriculture, qui devient prépondérante, et qui doit subir une révolution comparable à celle des machines; C'est qu'en eiTet Owen veut généraliser la substitution de la culture à la bêche à la culture à la charrue, et par là accroître à un degré extraordinaire la puissance productive du travail, en occupant le plus grand nombre de bras possible. Ses calculs révèlent Tétendue de ses espérances ; L Royaume Uni comptait environ 60 millions d'acres en exploitation, dont 40 millions en prairies, 20 millions en terres arables ^ par le système en vigueur de la culture à la charrue et du pâturage, 2 millions de cultivateurs pourvoyaient à la subsistance de 18 millions d^habitants ; par la culture à la bêche, en combinant les manuractures avec le travail agricole, on eût pu assurer un emploi salubre et protitable à 60 millions de cultivateurs, et pourvoir à ralimenlalion, dans un large conlort, d'une population excédante de 100 millions d'âmes. Owen pensait qu'eu égard à la population d^alora, tout

456 DBUXIÈMS ÉPOQDS. — - Lk SCIBNOB DBS BICHBSSB8

au plus 5 ou 6 millions d'acres pourraient être cultivés à la bêche ; on n'eût pu de longtemps, faute de population^ généraliser ce mode de culture, et 1 excès de popula* tion redouté par Malthus n'était que relatif, et en connexion avec l'imperfection du système de la charrue (1). Ce qui préoccupait Tesprit pratique de R. Owen, c'était de reculer dans le lointain de l'avenir la rupture d'équilibre entre la population et les subsistances. Owen reconnaît que la loi statique de la population formulée par Malthus est vraie, la population s'adapte effectivementà la quantité de subsistances; mais iMalthus ne nous dit pas c à quel point la quantité de nourriture que peut tirer du même sol un peuple intelligent et industrieux, est supérieure à celle que produit un peuple ignorant et mal gouverné; la différence peut ôtre infinie; car l'homme ne connaît pas l'étendue de son pouvoir de créer la nourriture ». Le génie optimiste d'Owen élargissait le domaine de cette puissance bien au delà des limites conçues par MalthuSy non seulement il signalait lu mer comme un réservoir inépuisable de nourriture, mais, comme je l'ai montré déjà, il entrevoyait la synthèse chimique totale des principes immédiats de nôtre alimeuiation, ce qui dissipera sans doute toutes les terreurs : « Les aliments de l'homme peuvent être considérés cotnine des composés d'éléments, la connaissance de leurs qualités, de leurs combinaisons, de leur contrôle t^st sans cesse étendue par les progrès de la chimie, et il est impossible de dire jusqu'où cette connaissance peut conduire, où elle s'arrêtera (2). » C'est ainsi que tout travailleur agricole

(1) Report to county of Lanark, Life of Owen. II. p. 276.

(2) Essays on Ihe formation of character, fourlh essay, Life ôf Owen,!, p. 327-328.

Page 1