‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 188 sur 220 · VI. — LA STATIQUE D'OWBN · texte numérisé non relu

VI. — LA STATIQUE D'OWBN

En mai 1833, le comptoir ou bazar national: Natio^ nal Equitable labour exchange^ s'ouvrit avec une certaine pompe.

Le premier jour, en effet, les dépôts effectués furent» d'après Holyoake^ d'une valeur de 18.000 heures de travail, et les échanges de 900. Chaque jour, les dépôts augmentaient, mais les échanges effectifs ne dépassaient jamais la moitié de leur importance. En août, le nombre des associés atteignait 840.

A la même époque, le bazar de Gray Inn Road, à Londres, réalisa en une seule semaine jusqu'à 10.000 £ de dépôts. Booth porte à 40.000 heures la valeur moyenne des dépôts hebdomadaires qui fut atteinte. Les charges étaient de 1/2 penny par shilling de valeur du dépôt, soit 4 0/0. C'est là ce qui, pour le déposant, représentait la charge de l'intermédiaire.

L'idée était donc simple, comme l'a dit L. Jones : elle consistait à déposer les produits manufacturés, matières premières, subsistances, etc., à recevoir leur valeur en labour notes représentant le temps, à raison de 6 pence par heure^ et à acquérir au moyen de ces notes tout ce que le déposant pouvait désirer parmi les objets consi^ gués. Sur l'échange accompli, en vue de couvrir les dépenses d'exploitation, un tant pour cent était perçu»

Cet entraînement fut suivi de durs revers. Je me propose ici d'en rechercher les causes principales et de montrer les lacunes du système.

Owen, posant eu principe que le travail est la cause et la mesure de la valeur, cherchait à dégager directement la puissance acquisitive du travail, indépendamment de tout échange, anticipativement à tout échange.

La valeur contenue, si je puis dire, dans le produit, à l'état statique comme travail incorporé, s'en dégageait

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dans son systènio, à l'état dynamique, comme puissance acquîsitive, par la seule volonté du producteur, sans la nécessité d'un échange^ sans le concours de volontés, qui est l'exercice même de l'échange

L'expérience du Labour exchange diffère par là, essentiellement, d'entreprises postérieures comme celle de Proudhon, car la Banque d'échange de Proudhon avait précisément pour principe de ne socialiser par l'escompte que les valeurs faites^ c'est-à-dire de n'attribuer le pouvoir acquisiiif général et illimité, qu'aux valeurs constituées par l'échange même opéré entre les individus.

C'est ainsi qu'Owen poursuivait la réalisation d'un double but: assurer l'indépendance du travailleur vis-àvis des détenteurs de l'unique puissance universellement acquisitive de toute richesse, et libératoire de toute dette, la monnaie métallique ; et, en second lieu, donner au travailleur la garantie d'un travail continu.

Par le dégagement anticipatif de la valeur de tout produit, représentée par les labour notes, le producteur acquérait immédiatement le pouvoir de s'approvisionner de matériaux de production et de subsistances, en même temps que le système lui permettait de continuer indéfiniment la production^ sans attendre l'échange pour re- 'constituer son capital ; toute anticipation de l'échange faisait naître ainsi une demande de produits et une demande corrélative de travail ; la simplification de Tappa* reil circulatoire de la société, l'élimination de l'intermédiaire, communiquait dès lors une impulsion énergique à la production même. Tel était l'enchaînement idéal des effets de la réforme dans la pensée d'Owen ; il ne concevait plus d'autres limites apriori au développement de la production et de l'échange, que celles que la nature trace aux besoins de l'homme, et à la puissance productrice du

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