VI. — LA STATIQUB D'oWBN
travail humain. C'est pourquoi il comptait reporter successivement vers la production tous les travailleurs sans emploi, ou rendus disponibles par la transformation de l'appareil circulatoire. On comprend l'enthousiasme du réformateur quand il disait des labour nolesy que leur découverte était aussi importante que celle des mines du Mexique et du Pérou, car elle devait rendre en peu de temps tous les travailleurs indépendants. On songe involontairement aux transports d'admiration du marquis de Mirabeau, quand il parle du tableau économique de Quesnay, et au préambule éclatant que Proudhon a mis en tète des statuts de la Banque du peuple.
Cependant si Owen entrevoyait toujours, avec une indéniable puissance de génie/Fidéal à atteindre dans révolution sociale^ il n'embrassait jamais qu'imparfaitement l'ensemble des conditions propres à en rapprocher. L'écart était toujours si profond entre l'état social sur lequel il entreprenait d'agir et le but qu'il poursuivait, les moyens qu'il employait répondaient encore avec une telle imperfection aux fins auxquelles ils étaient employés, que les chutes répétées de l'idéal devaient marquer l'histoire de sa vie.
n est certain d'abord que les seuls qui pussent avoir régulièrement accès au Labour exchange étaient les travailleurs pouvus de moyens de production, de capital, car l'institution ne monétisaitpas les promesses de travail, elle monétisait le travail effectivement incorporé, cristallisé, selon l'expression de Marx, dans un produit ; et^ d'autre part, la perspective d'avoir accès au Labour exchange ne s'ouvrait qu'aux travailleurs de la petite industrie ; les travailleurs de la grande industrie devaient évidemment attendre la constitution de sociétés coopéra-
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iives de production^ ou l'instauration de formes nouvelles de propriété collective.
C'était là une première lacune du système, et une organisation du crédit au travail eût ^eule pu la remplir. Cette lacune a été reconnue par les plus fervents admirateurs des travaux d*Owen : « La première chose requise, dit Lloyd Jones, était que le travailleur fût pourvu des moyens de production. Il fallait qu'à son habileté et à son temps de travail, la nourriture et les matériaux de production fussent unis (1). i^ Booth s'exprime à peu près dans les mêmes termes.
Néanmoins, nous devons noter ici qu'Owen n'avait pas été sans se préoccuper des conditions de T universalisation du système, et de l'organisation du crédit au travail. Il y avait pourvu de son mieux. En effel., les statuts de V Equitable labour exchange, de Gray's Inn Road, limitaient le revenu des actions souscrites par les fondateurs à un intérêt annuel de 40 heures de travail, représentées par des labour notes pour toute souscription de 20 livres, ce qui à 6 pence par heure correspondait à 5 0/0 du capital, car il y a 40 fois 6 pence dans une livre. Tout le surplus du profit de l'entreprise devait être appliqué, d'un côté, à l'extension du système, de l'autre, à assurer de remploi aux ouvriers sans travail et à instruire leurs enfants (2).
Ces ressources, même dans Thypothèse d'un succès du labour exchange, devaient être étroitement limitées, au début.
Ce n'est pas tout, les artisans ne trouvèrent pas dans le labour exchange^ pour l'excercice de leur industrie,
(i) Llotd Jones, p. 36.
(3) Bbnj. Jones, Coopérative production, I, p. 90.