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Meyer, que Karl Marx lui eût dérobé sa théorie de la plusvalue. La vérité est, dit encore Menger^ qui ni Rodbertus ni Marx ne sont les pères de leur théorie fondamentale : que Rodbertus en est surtout redevable à Proudhon et aux saint-simoniens, et Marx, surtout à William Thompson (1).
L'influence de Bentham sur W. Thompson est d'un autre c6té indéniable.
J. Bentham, disciple d*Adam Smith, se rapprochait cependant du socialisme par sa préoccupation intense du bonheur commun : la maximisation du bonheur du plus grand nombre.
Cette préoccupation lui était commune avec Owen. On peut dire que l'un et l'autre, appartenant à l'école hédoniste, s'efforçaient d'atteindre la même fm morale par des voies différentes. Dans le fait, Bentham et Owen différaient par la conception des ressorts moraux sur lesquels ils entendaient agir. La morale de Bentham était l'expression la plus humaine que l'égoïsme pouvait atteindre» mais elle était et restait fondée sur l'intérêt personnel. Si Bentham se réjouissait de l'expansion des sentiments sympathiques de la nature humaine, c'est parce qu'ils contribuaient, pour chacun, à élargir la sphère de'son propre bonheur. Hors de ces limites, et là où le sacrifice apparaissait comme absolument désin* téressé, l'égoïsme devait ressaisir, dans la morale de Bentham, la prédominance définitive.
Il n'en était pas ainsi d'Owen.Tl reconnaissait dans la nature humaine une racine altruiste distincte de la racine égoïste, et sa vie montre tout entière qu'il professait
(1) A. Mkngbr, t6td, p. 52 et 79, traduction française dé A. Bonnet p. 74, 114.
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Topinion, que l'homme peut concourir d une manière dé^ sintëressée au bonheur de ses semblables. .
Pour Owen aussi, Funiversel désir du bonheur anime tous les êtres vivants. C'est, dit-il, le secret motif de tous les mouvements physiques et mentaux de chaque membre de Tespèce humaine. Il l'appelle Vinstinct de Funivers, la caufie éternelle d'où tout procède dans le monde.
Il place, parmi les conditions du bonheur, la préoccupation] incessante du bonheur des autres. Savoir qu'une partie de l'humanité, qu'un individu souffre physiquement ou mentalement, ce sera un stimulant puibsant à écarter les causes de ces souffrances ; et il va jusqu'à proposer, comme objet d'un état rationnel de l'existence humaine, de faire naître rinclination et d'obtenir les moyens d'étendre le bonheur, jusqu'à ses limites extrômes, à tous les êtres sensibles*
W. Thompson apparaît comme un lien entre Bentham et Owen. Gomme on le voit dans l'œuvre d'Owen et de Bentham, la méthode qu'il emploie est à la fois inductive et déductive ; il déduit toute sa théorie de la distribution des richesses des tendances les plus générales de la nature humaine, et avant tout, de sa tendance à poursuivre le plus grand bonheur. Mais son œuvre est incomparablement supérieure à celle d'Owen par son ordonnance, par la rigueur du raisonnement. Blanqui en parle comme d'un écrivain abstrait^ logique^ sévère^ excellent pour exercer l'esprit aux plus rudes études de la science. Holyoake, l'historien de la coopération, de son côté : « C'était un écrivain solide, mais il était loin d'être un agréable écrivain. // réclame de nous un senti' ment du devoir pour lire son livre jusqu*au bout — la curiosité n'est pas suffisante. »
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C'est peut-être la difficulté d'acconiplir ce devoir, dont parle Holyoake, qui a retardé si longtemps, pour Thompson» l'heure d'une appréciation juste.
§ 2. La sociologie économique et les lois naturelles de la production et de la distribution des richesses. — Comme Owen et comme Bentham, W. Thompson est dominé dans son œuvre par la préoccupation de la science sociale. Il est très important de saisir la position que Thompson a prise.
11 divise en deux groupes les penseurs de son temps qui portent leurs préoccupations sur les problèmes de la production et de la distribution des richesses ; l'un forme le groupe qu'il appelle intellectuel ; l'autre, le groupe qu'il appelle mécanique. Cette opposition correspond à celle du physique et du moral. Ce qui caractérise l'un de ces groupes, c'est qu'il voit surtout les fins morales à atteindre, sans approfondir assez la recherche des conditions physiques ou matérielles d'y atteindre ; et ce qui caractérise l'autre groupe, c'est qu'il s'arrête souvent aux moyens physiques ou matériels, qu'il prend pour des fins. L'aspect. physique aux yeux de Thompson c'est le travail et la richesse qu'il produit : le travail communique la direction aux énergies toujours actives de la nature et coopère avec elles. L'aspect moral, ce sont les conceptions idéales de l'esprit sur la perfectibilité, le développement de la sympathie, de la bienveillance mutuelle entre les hommes. Le groupe intellectuel de Thompson, au** quel appartenait par exemple Godwin, ne voit dans l'homme que l'esprit, ne considère que la morale et la vertu comme moyens d'atteindre le bonheur, et néglige l'aspect physique du travail, sans lequel cependant le développement de l'esprit et de la morale n'est pas possible.
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Les penseurs mécanicistes oublient l'homme et son perfectionnement, Tessor des sympathies des puissances morales, qui seules assureront la généralisation de ce perfectionnement de Thomme. La créature humaine n'est qu'un agent mécanique, comme la charrue et les chevaux, avec les mouvements desquels elle cojnbine ses mouvements.
Thompson accuse ici les économistes purs^ professant que la science n*a pas d'autre objet que la richesse, d'appartenir à cette classe de penseurs, il reproduit en termes plus durs encore les attaques de Sismondi contre la Chrématistique, qui propose à l'économie politique la richesse comme fin à atteindre, etpour laquelle l'homme, le travailleur, est, à un degré plus ou moins élevé, un moy en Jl faut rappeler, pour comprendre à la foisThompson et Sismondi, que les disciples de Smith avaient étroitement circonscrit le domaine de la science. J. Mill disait encore : « Il semble important de dégager cette science de toutes les considérations qui ne sont pas entièrement de son essence. Nous n'avons uniquement en vue, que de rechercher quelles sont les lois qui règlent la production et la consommation des objets tels que Tintervention du travail humain est nécessaire pour se les procurer. » Et Nassau Senior : € J'assigne à l'économie politique pour objet la richesse et non le bonheur. » Il me semble entendre Sismondi^ quand Thompson s'écrie avec la môme amertume, s'adressant aux économistes : € Par quels moyens ou par qui les nvarchandises seront produites, par des chevaux, des hommes, des esclaves ou des non-esclaves, avec un rude travail ou un travail facile, par des efforts salutaires ou destructifs de la vie, cela n'a pas de signiQcation pour eux : à cette seule exception, que l'usure de la machinerie inanimée ou vi-