‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 20 sur 220 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALB DE GODWIN KT CONDORCET · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALB DE GODWIN KT CONDORCET

dorcet, marquant le contraste entre V égalité de droit et ï inégalité dr fait^ posait la question sociale devant le XIX® siècle. L'art social n'allait plus avoir pour objet la conservation d'une égalité nominale des droits, mais Tinégalilé réelle devait s'affaiblir graduellement « pour faire place à cet égalité de fait, dernier but de l'art social {l) ». Tel était le gage suprême pour lui comme pour le socialisme scientifique du xix® siècle de la habilité des démocraties. La Révolution sociale devenait la conclusion logique de la Révolution philosophique, du triomphe du libre examen. A. Comte, dans le développement de l'œuvre de Condorcet, abandonnera ces conclusions égalitaires : son œuvre propre d'ailleurs, d'une incomparable grandeur, sera la constitution de la synthèse des sciences positives opposée à la conception théologique du monde, et celle de la sociologie qui en est inséparable. Quant à la solution pratique, Auguste Comte, afBrmant dans son Discours sur l'esprit positif et sa Politique positive, Thumanité, comme réalité suprême, aboutit à déduire les droits de l'individu de ses devoirs envers l'humanité même, parce qu'on ne peut l'en isoler que par abstraction : les droits naturels et imprescriptibles de la raison et de la conscience individuelles sont rejelés par lui dans la métaphysique, la consécration de Végalité entière de ces droits est abandonnée comme fin des sociétés politiques, et Végalité de fait, condition de stabilité même pour Végalité de droit, cesse d'être le but dernier de Tari social. Il tendra à reconstituer une société hiérarchique, mais sur un plan humanitaire.

Cependant tous les réformateurs sociaux, de quelque école qu'ils puissent être, resteront en général dans ladi-

reciion fondamentale tracée par l'immortel héritier de la philosophie du xviii® siècle, exécuteur testamentaire de la Révolution elle-même. C'est-à-dire que tous reconnaîtront plus ou moins nettement et radicalement que la stabilité des institutions civiles, politiques, sociales, est subordonnée à nos progrès vers Tégalité des conditions économiques, subordination fondamentale qui est Tâme même des plans socialistes.

Il est certain que Condorcet n'assigne pas de limites a priori à Tefiicacité de Vart social, qui doit rapprocher indéfiniment de l'égalité de fait. Cette flexibilité de la conception de Condorcet est telle que le Manifeste des égaux de Babeuf porte, ce que Ton n*a pas remarqué» cette épigraphe : égaliié de fait dernier but de l'art social (Condorcet, Tableau de V esprit humain). Tout le manifeste des égaux n'est qu'une protestation ardente contre l'inégalité de fait, opposée à l'égalité devant la loi ; ce contraste restera depuis lors l'aspect le plus général de la question sociale moderne ; Babeuf rapproche immédiatement de lui ce que Condorcet déroula dans le temps ; Babeuf déduit de quelques données générales la solution dernière de l'art social ; Condorcet, renonçant à l'absolu, inférera successivement les plans relatifs de réforme de l'expérience accumulée. C'est pourquoi aussi, bien loin du communisme, les plus modérés des réformateurs sociaux se rattachent encore à Condorcet par des liens invisibles : toutes les doctrines qui réagiront contre le laisser /aire absolu de l'école classique, sont inséparables de son œuvre : par le vaste système d'assurances sociales et de garanties qu'il esquisse avec une pénétration étonnante de Tavenir, il fait retentir son influencejusqu'à ce groupe remarquable des économistes contemporains de l'Allemagne, les réformateurs sociaux (5(?cîV^/w/e5 de la chaire

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