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LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCBT

OU plutôt réformateurs sociaux) y qui dégagent définitivement la science économique de l'absolu à la (in du XIX* siècle, et l'unissent en même temps à la socioloâ^ie.

Dès lors que l'observation et l'expérience ont permis de découvrir les lois des phénomènes, l'homme peut, diaprés l'expérience du passée prévoir les événements de l'avenir. 11 en est pour les sociétés humaines comme pour les phénomènes physiques. Aussi Condorcet a-t-il exposé dans la x* époque du Tableau ses prévisions, ses espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine. Elles se ramènent à trois principales : la destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de Tégalité dans un même peuple, enfin, le perfectionnement réel de l'homme.

L'inégalité qui persiste dans la distribution des lumières, des moyens de développement des richesses, tient-elle à la civilisation même ou aux imperfections de Vart social ? C'est à ces imperfections, on l'a déjà vu, que le philosophe les rattache. L'égalité lui apparaît dès lors non pas comme le résultat nécessaire de dévolution spontanée de la société, mais comme le dernier but de Vari social, de l'inlervenlion de la société elle-même dans son propre développement. C'est ici que le disciple de Turgot, d'Adam Smith apparaît à la fois comme le maître de Benri de Saint-Simon, comme le précurseur réel de Sismon'di et des socialistes de la chaire ou réformateurs sociaux, ot comme l'associé de Godwin dans l'entreprise de transformation sociale.

Ce qui rapproche Condorcet de Godwin c'est la conception de l'égalité progressive, ce qui l'en éloignecesont les moyens de l'atteindre. Pendant que Godwin se place dans l'hypothèse d'une transformation idéale du régime

40 DBDXIÈME ÉPOQDE. — LA SCIENCE DES RICHESSES

de la propriété, en opposant à toutes les institutions établies une négation absolue, Condorcet part des données de l'histoire, n'oppose aucune conception de la propriété à la propriété actuelle, mais soumet les institutions et les mœurs à un ensemble de modifications systématiques et continues. Seulement il faut reconnaître que Godwin proscrivant toute violente transformation et n'attendant rien de stable que d'une haute culture, se soumet lui aussi, quoi qu'il veuille, par là même à une voritable évolution. Il est manifeste cependant que Condorcet exprime ici la relativité des conceptions, le caractère historique de la méthode, alors que Godwin est infiniment plus pénétré de l'absolu et généralement soumis aux méthodes déductives.

La forme de l'inégalité, qui préoccupe le plus Condorcet, c'est ce qu'il appelle Vintervalle existant entre les droits que la loi reconnaît dans les citoyens et les droits dont ils ont une jouissance réelle. C'est le contraste entre V égalité de droit et Vinégalité de fait. Cette différence dérive elle-même de trois causes principales : rinégalité des richesses, l'inégalité d'état entre ceux qui n'ont d'autre ressource que leur travail et leur industrie et ceux qui ont des moyens de subsistance assurés — enfin l'inégalité d'instruction. Condorcet infère des tendances mêmes de l'espèce, que ces trois sortes d'inégalité de fait doivent diminuer continuellement sans pourtant s'anéantir,

La réforme de la législation et des mœurs resserrera de plus en plus les limites de l'inégalité de richesse. L'inégalité d'état j qui place le travailleur et l'entrepreneur dans une instabilité redoutable, doit être contrebalancée par ce vaste système d'assurances opposant le hasard à lui-même, et qui peut être formé, dit-il^ au nom de la

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