VII. — LA STATIQUB DB THOMPSON
Ainsi, l'effort moral même, travail purement nerveux destiné à vaincre la répugnance de certains travaux, serait compté et ramené au travail musculaire ordinaire.
Mais il est clair que Thompson est impuissant à donner la commune mesure du travail intellectuel et du travail physique. Il ne peut les ramener à l'unité que d*une manière empirique.
Âpres avoir considéré la richesse dans sa cause, Thompson la considère dans ses effets. Les richesses sont des moyens de bonheur. Le bonheur, c'est l'état continu du bien*ètre qui se compose des différents sentiments de plaisir expérimentés pendant un temps considérable. Il embrasse les plaisirs physiques, intellectuels et moraux. Le seul motif rationnel de tout effort pour accroître la richesse^ c*est d*accroitre les éléments matériels du bonheur, ou d'écarter ou réduire les causes de souffrances immédiates ou lointunes.
La consommation de la richesse est ainsi la condition même du bonheur. Cela posé, tous les membres de la société ayant la même constitution physique^ sont capables, quand ils sont soumis au même traitement, de recueillir les mêmes portions de bonheur. Thompson admet, comme Owen, l'influence prépondérante du milieu extérieur. Il reconnaît que la dégradation d'une grande partie de l'espèce humaine, dans l'état social actueUla rend impuissante à goûter le bonheur^ mais si elle avait été soumise au même traitement que la classe privilégiée, elle eût acquis et conservé le même pouvoir qu'elle de goûter le bonheur (1).
Thompson ne tient pas compte des inégalités que l'hérédité transmet ou, s'il en tient compte, il les fait
(1) W. Thompson, Distribution of wealth^ p. 24.
508 DBDXIÈMB ÉPOQUE. — LA SCIENCE DBS RICHESSES
remonter à l'action du milieu, et attend que le milieu transformé les fasse disparaître.
Touslesêtreshumainspeuvent jouir du même bonheur. Chaque unité humaine représente, à sesyeux, une même expression quantitative de bonheur au moins virtuelle. Il est donc absolument impossible que la même quantité totale de bonheur se réalise dans une société où il est inégalement réparti, que dans une société où il est également réparti. Jamais le bonheur effectif d'aucun homme n'atteindra le bonheur possible de deux hommes. Dès lors, le bonheur de deux de ces êtres, égaux par leur capacité d'être heureux, doit être préféré au bonheur de Tun d'eux, et le bonheur du plus grand nombre doit être préféré au bonheur du plus petit.
La richesse étant ainsi considérée dans ses causes et dans ses effets, comme fruit du travail et comme source du bonheur, il s'agit d'en assurer une quantité suffisante; pour cela, il faut donner un stimulant suf Osant au travail, afin que, guidé par la science, il produise cette richesse destinée à réaliser le bonheur du plus grand nombre.
Quel sera donc le stimulant le plus puissant qui communique à la production l'impulsion la plus éner- . gique ?
Ce sera ce que Thompson appelle la sécurité^ après Bentham d'ailleurs, c'est-à-dire la garantie, pour le producteur, de jouir de l'intégralité du fruit de son travail.
Aucun homme, qu'il soit sauvage ou civilisé, ne s'engage dans des efforts laborieux pour le seul plaisir de l'effort, mais pour quelque avantage, pour quelque moyen de jouissance au delà de l'effort, et dérivant de l'effort. Plus grand sera l'avantage, et semblablement plus grand sera l'effort qui suivra; moindre sera l'avantage et moins probable l'effort.