‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 214 sur 220 · VII. — L'ŒUVKa DB JHOMPâON ' W · texte numérisé non relu

VII. — L'ŒUVKa DB JHOMPâON ' W

données qu'il fournit^ et les lois naturelles n'êj^priment pas ce qui a été, ce qui est, mais ce qui doit èiFe^t

« Ce n'est pas, dit Thompson, Texplication du mouv^ ment d'une machine actuelle, mais le meilleur mode iib produire, Fe/fet pour la production duquel la maichine devrait être exécutée ou maintenùe/qui est l'objet dejau9# recherches. » 11 faut chercher ce qui doit être, et c'est là^ pour lui, le sens de la loi naturelle de distribution^ comme pour les physiocratés.

II se lie directement, au point de vue critique comme au point de vue idéaliste, à Godwin dans son Enquiry. on political justice y à Owen daûs ses Essays on the prin-ciple of the formation of character. Tous les maux sociaux viennent des mauvaises institutions et d'erreurs séculaires. Ce n'est pas la loi de la nature, ce n'est que la loi d'un état social factice, qui étale sur une poignée d'individus une si énorme surabondance.

Il cherche aussi, comme tous les penseurs du xviu' siècle, un état rationnel où la raison gouverne, Reason rnust govem the man. Physiocratés, économistes, comme. Quesnay, moralistes comme Ilelvétius, politiques comme Godwin, pédagogues et réformateurs sociaux comme Owen, tous font cette recherche d'un état rationnel auquel ils donnent le nom de naturel^ par opposition à l'imperfection, à l'instabilité des états actuels ou historiques.

Mais Thompson a le pied sur la terre, plus solidement que Godwin. Il corrige les méthodes expérimentales de son maître Owen, il se rattache directement aux économistes de l'école anglaise, et à l'économiste humanitaire, par excellence, Sismondi (1817-1819).

.Avec Owen il place encore cependant le système de coopération volontaire en dehors de la société actuelle^

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eomme Félément d'un monde nouveau» et comme on organisme économique se suffisant à lui-même^ pour les besoins essentiels, réalisant, par ses échanges intérieurs, réquilibre mobile propre à assurer d'une manière indé* finie Texistence de la collectivité. La société apparaît comme dérivant de la juxtaposition de ces petits orga* nismes, étendant graduellement entre eux le principe de la coopération volontaire mutuelle, c*est-à-dire s'assurant contractuellement la stabilité des débouchés et du travail, et résolvant par là le problème de la misère dans ses traits essentiels.

Des mains des économistes, il reprend la théorie de la valeur : le travail est la source unique de la valeur. Mais l'influence de Sismondi est manifeste. Il distingue déjà le capital constant du capital variable, la valeur transmise par les moyens de production» de l'accroissement de valeur que le travail vient y ajouter ; seulement il est moins précis que Sismondi sur ce point.

Mais en quoi il diffère de Smith et de Ricardo, c'est que, ayant admis que le travail est la cause de la valeur, il déduit du fait scientifique la conséquence juridique. C'est là le socialisme. 11 érige en principe que le travailleur doit jouir de son produit intégral: c*est le jortncipe de sécurité. Là, il se rattache aux physiocrates. Les physiocrates constituent le droit naturel^ le droit économique, c'est leur gloire éternelle. Thompson avec Owen, mais plus solidement, jette les fondements du droit socialiste.

Il prépare le développement de la conception juridique du socialisme. Il s'éloigne des physiocrates par la prépondérance de la propriété individuelle sur le travail, mais il est d'accord avec eux sur la liberté du travail, et le principe de la propriété personnelle et mobilière.

vu. — > l'œuyrb db thompson 541

Il se lie, comme on le verra, aux saint-simonienspar le principe de répartition : le principe de sécnrité reparaît^ avec des caractères propres» chez les saint-simoniens sans la transmission héréditaire des capitaux^ et Vinégalité historique de fait dérivant dn droit de succession.

Il admet rinégalite, dans la mesure où ^elle est compa-* tible avec la sécurité, car la sécurité exige la proportionnalité de la rémunération au travail; mais les limites de l'inégalité sont beaucoup plus étroites que dans le^ Saint-Simonisme : en général il reste fidèle au principe d'Owen, suivant lequel les besoins rationnels de chacun sont également satisfaits par la communauté.

Mais à regard des institutions directrices, il est loin des saint-simoniens. Les saint-simoniens reviennent à Fautorité, il y a un père de la famille sociale, pape d*un culte nouveau. Rien que le libre contrat, le contrat volontaire dans Thompson. Il est hostile au gouvernementalisme, il tend à l'éliminer comme Godwin. Le gouvernement est un mal qu*il veut réduire au minimum. Son principe de rechange libre et égal le rapproche de Proudhon ; comme Proudhon, il admet que la valeur est basée sur le travail. Gomme Proudhon, il veut II9 règne du contrat, et non celui de Tautorité.

Il prépare Marx, cependant la théorie de la plus-valuen'est pas encore dans Thompson telle que Marx la conçoit. Le capitaliste achetant la force de travail pour la quantité de travail que son entretien coûte, et disposant du surplus du produit de cette force, voilà Tidée de Marx ; Thompson et Sismondi entrevoient cette théorie, mais sa constitution attend une analyse plus puissante encore, que celles de Thompson et de Sismondi.

Eloignés de Charles Fourier par la conception de* l'égalité, Owen et Thompson se lient cependant à lui par-

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le principe de réeooomie des ressorts, et de l'uiilisatioa parfait de toutes les forces 4e: travail^ de toutes les énergies humaines, par la conception d!un organisme élémentaire de Tordre social, la communauté de coopération mutuelle et égalîtaire des uns, la commune sociétaire de l'autre.

Telle est la position historique si profondément intéressante et complexe de cet homme remarquable, qui fut Tun des penseurs les plus pénétrants du commencement du siècle, en même temps que Tun des réforma* teurs pratiques les plus sains et les plus éclairés.

VIll. — Considérations finales

Entre la publication de la Justice Politique de Godwin, celle de VEsquisse de Gondorcet et celle de la Distribution des richesses de Thompson, il s'est écoulé 4 peine trente ans. Dans l'intervalle on a vu successixnsment l'Ëconomie politique, achevant de s'isoler de la sociologie, se constituer comme science abstraite des richesses, l'Economie sociale et humaine s'ériger contre elle, l'Economie coopérative et socialiste s*affirmer théoriquement et pratiquement, ramenant l'une 6t l'autre à des conceptions sociologiques nouvelles ; un cycle prodigieux d'idées a été parcouru dans le même temps que s'accomplissait une transformation industrielle, et en connexion avec, elle ; la révolution dans la méthode et la révolution dans les idées, elles aussi, se sont étroitement enchaînées : à mesure que la méthode déductive a fléchi devant l'induction, que les conceptions abstraites se sont pénétrées

, Tlir, —.CONCLUSIONS . S^

davantage de relativité historique, la science des richesses s'est rapprochée de la morale et du Droit» ses liens naturels avec la sociologie se . sfMEit resserras ; l'étude directe dès'débuts de l'ère de la grande industrie» des effets dé la concentration des entreprises et de l'introduction des machines a préparé la chute d'une chrématistique abstraite et déductive» planant au-dessus de l'humanité, et reporté au premier rang la considéra* tton de l'homme comme fin do la richesse, subordonné la Science économique à l'Ëthique, dégagé les traits plus ou moins vagues et incertains encore d'un Droit économiqne nouveau, et de fonctions nouvelles.de l'Etat.

11 y eut ainsi à la fois un travail de dissolution et des essais de reconstitution de la pensée économique. A. Comte^ écrivant quinze ans après la mort de Ri<» cardo (1), vit admirablement tout ce que l'Economie politique avait encore de métaphysique, et à quel point était funeste son détachement de la sociologie ; mais il ne vit pas,, et c'est ce qui explique la faiblesse et les lacunes de sa statique sociale, l'oefuvre organique qui se poursuivait dans ce grand. débat où. Ricardo, Say, James Mill, MacGuiloch, Malthus, Sismondi, Owen et Thompson ont été engagés» et qui eut pour véritable objet les problèmes fondamentaux, de la statique et de la dynamique économiques ; le point central en fut cette balance de la production et de la consommation que Smith plaçait bien au-dessus de la balance du commerce, et dont Sismondi, aussi bien que Thompson^ faisait l'objet capital de TÉconomie politique : c'est le Tableau écono-

(1) Le tome IV du Cours de philosophie positive, qui renferme k critique de rEconomie politique (p. 194 et saiv., éd. de iS64) 6t les considérations générales sur la statique sociale (50* le^ çoq), est de 1S38 ; on y reviendra par la suite.

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inique des physîocrates transporté dans l^ËvoIatton historique, la théorie de Téquilibre mubile de la vie de nutrition collective, avec toute la complexité des sociétés industrielles avancées, et surtout avec la séparation de plus en plus complète du capital et du iravaiL On est frappé de l'unité imposante qui relie toutes les concep«> tiens : ce sont des problèmes du même ordre mais à des degrés différents de complexité, qu'ont à résoudre Ri* cardo, considérant un Etat centralisé avec une division de travail étendue, et R. Owen proposant à la base une multiplicité de communautés locales, mais l'un croit la distinction des classes naturelle et indéfectible» l'autre la croit historique et provisoire. Ricardo, avec une puissance de coordination extraordinaire, a déduit de la psychologie de l'individu un vaste système de rapports : constitution de la valeur, échanges au dedans et avec le dehors, mouvement international des métaux précieux, tout gravite vers une norme, vers un équilibre stable dans des conditions de liberté illimitée t il justifie par là dans sa statique optimiste le droit invidualiste, la psychologie abstraite de TEcole, le laisser-faire, l'abstention de l'Etat ; il nie les ruptures générales d'équilibre, les crises générales; les seules qu'il reconnaisse sont dues aux erreurs de l'intérêt personnel, et ne peuvent être corrigées que par cet artisan exclusif de l'équilibre. Mais une fois la généralité des crises reconnue par Mallhus, Sismondi, Owen, tout l'édifice s'ébranle, le problème des conditions de stabilité de l'équilibre se complique, la gravité de la séparation du capital et du travail éclate, l'instabilité toujours renaissante du travail et la dépréciation de sa valeur déterminent la recherche d'une structure juridique nouvelle, l'introduction d'éléments nouveaux de psychologie économique

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