I. — LA DYNAMIQUE SÔCIALB DB GODWIN BT CONDORCET
et tentera de déchirer, avec V Esquisse^ le testament de cette philosophie et de la Révolution elle-même.
§ 7. HeWétius et le principe de population. — Chose remarquable, l'œuvre d'Helvétius se relie à la fois à celle de Godwin, de Condorcet et à celle de Malthas^ comme elle se rattache directement à la grande expérimentation pédagogique de Robert Owen ; son traité de PHomme et de son éducation, publié après sa mort, est cité par Godwin et n'a pu rester inconnu de Malthus. Il y condamne Tinégalité des conditions avec la même àpreté que Godwin, il déroule les effets de Texcès de population avec le pessimisme de Malthus. G*est là qu'il développe cette thèse que le malheur presque universel des hommes et des peuples dépend de Timperfection de leurs lois et du partage trop inégal des richesses ; il n'est, dit-il encore, dans la plupart des royaumes, que deux classes de citoyens, Tune qui manque du nécessaire, l'autre qui regorge de superflu. « La première ne peut pourvoir à ses besoins que par un travail excessif... » (l)
C'est dans le progrès de la population qu'il faut rechercher la 'cause générale des inégalités sociales; il détermine la différenciation des classes propriétaire et non propriétaire, la concentration graduelle de la propriété, et avec la multiplication des non-propriétaires, la pression grandissante de la population sur les subsistances. 11 explique par là la tendance du salaire à se réduire au minimum nécessaire sous l'empire d*une concurrence sans frein. « Un autre effet de la même cause sera Tindigence de la plupart des habitants. Leur nombre
(\) HELvirius, De l'homme et de son éducation, section VIII, ch. m et IV.
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s'accroit-il, est-il plus d'ouvriers que d'ouvrage? La concurrence baisse le prix des journées : l'ouvrier préféré est celui qui vend le moins chèrement sa subsistance (1). «C'est la loi d'airain du salaire avant Turgot lui-môme.
La séparation et Topposition de plus en plus profonde des intérêts éveillent l'esprit de révolte, l'ordre ne peut être maintenu que par la dureté des lois, les entreprises du despotisme favorisées par les antagonismes sociaux précipitent la décadence des empires (2). Helvétius entrevoit une philosophie de l'histoire basée sur les conditions économiques.
Tel est le vaste enchaînement des conséquences de l'excès de population, il n'y voit de remède que dans ce que Malthus appellera plus tard les obstacles répressifs : il parle delà nécessité des guerres qui consomment le surplus d'habitants, ou des lois qui tolèrent l'exposition des enfants (3). Ni l'obstacle normal de la prévoyance, le moral restreint, ni Tinfluence sur la population de la diffusion de la propriété qu'Helvélius réclame cependant pour réduire l'inégalité n'apparaissent dans cet ouvrage. Comme Mably, il entrevoit les solutions des écoles socialistes du XIX® siècle. La solution saint-simonienne est dans ces lignes : « Qui pourrait empêcher un peuple de se déclarer héritier de tous les nationaux ? » inscrites, dans un chapitre sur les moyens de s^ opposer à la réunion trop rapide des richesses en peu de mains (4). Uelvétius aura eu cette destinée étrange de croire avec Owen à la toule-puissauce de l'éducation, de tendre énergiquement
(1) Ibid, Section VJ, ch. vu.
(2) Ihid. Section VI, ch. viii.
. (3) Section VI, ch. vi, vu et viii, notes, et ch. xi. (4) Section VI, ch. xi.