‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 22 sur 220 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCBT · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCBT

puissance sociale (t), et par Torganisation du crédit. L'égalité d'instruction est destinée à exclure toute dépen- . dance forcée ou volontaire.

Il prévoit que par les progrès de Tinstruction et ceux de Tapplication des sciences à Tagriculture, la terre sera rendue plus productive. Dès lors, des jouissances plus étendues déterminent^ dit-il, par suite de la constitution physique de l'espèce humaine, un accroissement dans le nombre des individus (2). C'est alors qu'il se pose cette question : « Ne doit-il pas arriver un terme où ces lois également nécessaires viendraient à se contrarier, où Taugmentation du nombre des hommes surpassant celle de leurs moyens, il en résulterait nécessairement sinon une diminution continue de bien-être et de population, une marche vraiment rétrograde, du moins une sorte d'oscillation entre le bien et le mal ? » (3)

M. Ëlie Halévy, dans son ouvrage^ a émis Tidée que Condorcet répond ici à Townsend, qui avait dit : a 11 existe un point au delà duquel la fertilité du sol jointe à l'industrie humaine ne peut rien rendre, et lorsque l'espèce humaine aura multiplié en proportion de cet accroissement maximum de nourriture, elle ne pourra aller plus loin. » (4)

Condorcet répond d'abord avec Godwin, et c'est là que leur désaccord avec Malthus éclatera^ qu'il est impossible de prononcer pour ou contre la réalité future d'un événement, qui serait nécessairement fort éloigné, et qui ne se réaliserait qu*àune époque où l'espèce humaine aurait

(1) P. 336, Œuvres, VIII.

(2) P. 349, YIII.

(3) VIII, p. 349.

(4) E. Halévy, La formation du radicalisme philosophique. II. Uévolution de la doctrine utilitaire, p. 128 et 146.

nécessairement acquis des lumières dont nous pouvons à peine nous faire une idée.

Dans riiypothèse même de la réalisation de cet événe- . ment^ Condorcet soutient encore qu'il n*en résulterait rien d'effrayant, car en admettant que la raison progresse avec les sciences et les arts, i'homme réussira à contenir les excès de la population. 11 ne s'explique pas avec précision sur la forme qu'il assigne à ce que Malthus luimême appellera plus tard la contrainte morale. « Si on suppose, dit-il, que les ridicules préjugés de la superstition aient cessé de répandre sur la morale une austérité qui la corrompt et la dégrade, au lieu de l'épurer et de l'élever, les hommes savent alors que s'ils ont des obligations à l'égard des êtres qui ne sont pas encore, elles ne consistent pas à leur devoir l'existence, mais le bonheur... d (1)

Mais le progrès moral dont Condorcet attend le refoulement d'un accroissement désordonné de la population est vraisemblablement du même ordre que celui que concevra Malthus lui-même, comme frein normal. C'est au sentiment de la responsabilité individuelle que Condorcet, comme Malthus, fait appel.

C'est ainsi que Condorcet admet qu'il puisse y avoir une limite à la masse possible des habitants, sans qu'il en résulte la destruction prématurée d'une partie des êtres qui auront reçu la vie.

C'est là que Malthus s'opposera à Condorcet et que se produira Tun des conflits scientifiques les plus graves et les plus imposants de l'histoire des idées. C'est là que Malthus, en ébranlant les conclusions égalitaires de Condorcet, affrontera l'œuvre de toute la philosophie du xviii" siècle,

(1) VIII, p. 351.

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