‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 29 sur 220 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

système de V univers ou de la nature humaine, pour qu'un individu quelconque soit privé des moyens de cultiver son intelligence (1). *>

U Essai de Godwin avait provoqué entre Malthus et un tiers qu'il appelle un ami^ et qui n'était autre que son père, une discussion sur les progrès futurs de la société. Ce sont ses arguments que Robert Malthus rassemble sous une forme plus claire dans son ouvrage.

€ J'ai lu, dit-il dans son premier chapitre, avec un grand plaisir, les spéculations sur la perfectibilité de rhomme et de la société. J'ai été ému et réjoui de la peinture enchanteresse, qu'elles présentent. Je, forme des vœux ardents pour ces heureux progrès. Mais je vois de grandes et, à mon avis, d'insurmontables difficultés sur la route qui y mène. Ce sont ces difficultés que je

(1) Dans V Histoire socialiste de la Révolution française, publiée sous la direction de Jean Jaurès, de belles et solides pages sont consacrées à W. Godwin, II, 814-854. L'auteur cite le passage suivant de Political Justice : « Il a été calculé que la culture pourrait être assez perfectionnée en Europe pour nourrir cinq fois le nombre actael de ses habitants. Il y a dans la société humaine un principe qui fait que toujours la population est ramenée au niveau des moyens de subsistance. Ainsi parmi les tribus errantes de TAmérique et de l'Asie, nous ne trouvons jamais, dans le cours des temps, que la population se soit assez accrue pour rendre nécessaire la culture de la terre. Ainsi chez les nations civilisées de l'Europe, par l'effet du monopole territorial, les moyens de subsistance sont contenus dans certaines L'mites, et si la population excède, les classes inférieures ne peuvent plus se procurer les choses nécessaires à la vie, etc. » L'auteur ajoute que ce passage fut Toccasion du livre de Malthus. Cet extrait sur lequel nous revenons plus loin a certainement été relevé par Malthus, mais il se rapporte plutôt à la loi statique de la population ; pour s'expliquer la genèse du livre de Malthus, c'est à VEnquirer qu'il faut s'adresser directement.

me propose d'établir ; déclarant en môme temps que, loin de m'en réjouir, comme d'une cause de triomphe sur les amis des innovations, rien ne me donnerait un plus grand plaisir que de les voir complètement écartées (1).»

Malthus montre par ce passage, qui n'est cité nulle part, que si le fils de Daniel Malthus est infidèle à la philosophie de son père, c'est pour des raisons qu'il croit scientifiques ; à elle seule l'œuvre d'Helvétius suffirait à justifier la sincérité de Robert Malthus. Il ne fait d'ailleurs que reproduire un argument que Wallace lui-même avait déjà invoqué, mais d'après lui, avec trop peu de force, cet argument concluant, comme il le dit, < conclu^ sive^ contre la perfectibilité de la masse du genre humain, c'est l'inégalité de pouvoirs de la population et de la production du sol, et c'est celte grande loi de notre nature, entraînant constamment les mêmes effets, qui forme l'insurmontable obstacle à la perfectibilité indéfinie de l'espèce humaine (2). »

Toute la signification de l'œuvre primitive de Malthus est là. Il invoqua contre les systèmes d'égalité des conditions qui forment les déductions rationnelles de la philosophie du xvm® siècle, le rapport constant entre une tendance invariable dérivant de la nature humaine, la tendance à la reproduction de l'espèce, et la tendance du sol à satisfaire à ses besoins de subsistances. Au triomphe final de la raison sur les passions humaines, de l'esprit sur la matière prophétisé par Godwin et Condorcet, il opposa d'abord l'inévitable, l' indéfectible triomphe de la passion et de l'instinct; pendant que Godwin accu-

(1) Essay, !•' chap., p. 4.

(2) Essay, p. S.

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