II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DB MALTHUS
sait des maux de l'inégalité et de la misère les institutions sociales toujours modiOables et perfectibles, puisqu'elles sont d'origine historique, pendant que Condorcet proposait leur élimination comme le dernier mot de Vart socialy Malthus en dénonçait la cause dans notre nature même, et non dans les institutions politiques et Juridiques^ et proclamait l'impuissance absolue de TEtat à y porter remède. Logicien plus implacable qu'HelvétiuSy il renoncera déBnitivement à l'égalité, parce qu'à ses yeux le progrès de la population dérivera d'un principe indéfectible, inhérent à l'individu et que Tégalité ne peut qu'en accroître l'énergie* Malthus allait être entraîné par une logique inflexible à rendre finalement imputable au pauvre sa propre infortune, en consacrant l'abstention de la société à l'égard même des plus misérables : l'on fera ici encore un rapprochement instructif entre Adam Smith et Malthus. Smith avait trouvé dans le principe de la liberté naturelle la cause fondamentale des progrès de la richesse, et son efîort avait été de ramener l'Etat à des fonctions purement négatives, Malthus donnait pour corollaire à ce principe celui d'une responsabilité personnelle illimitée. Les deux économistes frappaient donc successivement TEtat d'une double impuissance : impuissance pour le bieny impuissance contre le mal, et V individualisme recevait une consécration définitive et absolue ; il allait faire peser sur l'individu, mal armé pour la lutte, tout le fardeau des inégalités sociales et de l'insolidarité universelle, en réfugiant encore l'égoïsme des heureux derrière une loi de la nature, dont l'effort spontané de l'individu pourrait seul conjurer les effets.
§ 2. Lois dynamiques de la Population et des subsistances. — Prédominance de la méthode déduc'-
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tive. — Malthus attribue à tous les êtres vivants, plantes, animaux, hommes, une tendance à se multiplier d'une manière illimitée. Cette tendance de l'homme à reproduire son espèce est constante et uniforme : elle est commune à toutes les époques, la même dans tous les milieux : Population does invariable/ increase where there are ihe means of subsistance (ch. m, l^^ édit.). « La philosophie nous apprend, dit Malthus, qu'il ne tombe pas une pierre, qu'il ne croit pas une plante sans l'intervention immédiate de la puissance divine, mais l'expérience la plus familière nous enseigne que les opérations de la nature sont soumises à des lois constantes, et il y a lieu de croire que depuis que le monde existe, celles qui président à la population nont pas éprouvé de changement » {Essaie trad. fr., p. 312). Ces paroles nous montrent que cette tendance de l'homme est, aux yeux de Malthus, de la nature des lois physiques^ comme la gravitation. En vrai physicien, il s*est préoccupé aussi de rechercher comment cette force reproduc'* trice opérerait, si elle ne rencontrait aucune résistance, c'est-à-dire si l'espèce humaine se développait dans les conditions les plus favorables à sa multiplication. Aussi a-t-il procédé exactement comme le physicien dans la recherche des lois de la pesanteur. Le physicien étudie la chute des corps dans le vide, il étudie les oscillations d'un pendule simple, hypothétique, idéal dans un milieu sans résistance. Ainsi Malthus étudie la tendance reproductive de notre espèce dans un milieu ne présentant pas d'obstacles à ses progrès.
Les Etats-Unis lui parurent présenter ces conditions favorables. C'est là en efifet que le principe de la population rencontrait le moins d'obstacles. En effet, le sol cultivable y était en quantité illimitée, les subsistances y