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II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

étaient abondantes, les mœurs pures, les mariages précoces plus fréquents que partout ailleurs.

En s'appuyantsur les données statistiques, il admit que la population y avait doublé en moyenne tous les vingt-* cinq ans; le doublement par période de vingt-cinq ans pouvait donc exprimer la tendance de Thomme à repro* duire son espèce, quand cette tendance ne rencontrait pas d'obstacles, dans un milieu sans résistance.

Il avait donc atteint la loi même du phénomène, et c'est par erreur qu'on dit parfois que Malthus n'attachait pas d'importance à sa progression géométrique. Il s'est exprtnié lui-même en ces termes dans la troisième édi-* tion (1806) (t). « On a dit que j'ai écrit un volume in-4^ pour prouver que la population croît en raison géométrique, et la subsistance en raison arithmétique : cela n'est nullement vrai. La première de ces propositions» je Vai considérée comme prouvée^ dès lors que l'accrois^ sèment de la population américaine fut établi^ et la seconde dès lors qu'elle tut énoncée. » Dans le fait^ des critiques ou des doutes ont surgi sur ce doublement (2).

Mais toute la méthode de Malthus éclate dans ces mots : il appartient avant tout à ïécole déduclive dans la première édition de son Essai. Il s'efTorce de remonter directement à la cause des phénomènes, ici, un instinct de la nature humaine, et il déduit d'un seul cas consi* déré comme bien observé, la loi universelle et constante de son opération, dans des conditions telles que toute

(i) Voir les justes observations de Cannan, History of the Theory of Production and Distribution, p. 143.

(2) V. M. Block, /. des Econ.y mars 1875, et Leroy- Beauli eu pour la période antérieure à 1797, Traité, IV, 570. V. cependant Levassear sur la population de Java, Population française^

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cause perturbatrice soit censée éliminée ; c'est après cela qu'il rétablira ces causes perturbatrices, qu'il étudiera les obstacles à la manifestation de cette tendance constante et invariable de l'instinct de reproduction : ce sera matière aux recherches inductives destinées à prendre une place croissante dans l'œuvre de Malthus, sans jamais cependant le faire renoncer à ce qu'il considère comme une loi : et c'est précisément cette prépondérance fondamentale de la méthode déductive qui explique le rôle historique de Malthus (Cairnes a bien compris sa méthode ; V. Logical méthode p. 157 et suiv.). Il se rapprochera par la méthode et de plus en plus d'Adam Smith.

La constance et l'uniformité de cette tendance initiale se traduit bien dans cette image où Malthus ne fait varier la population eflective que proportionnellement à la grandeur des obstacles : « Si dans certains pays on avait observé que tous les individus portaient un poids sur leur tète : que chacun d'eux était grand et petit, 5^/on que son poids était léger ou pesant : qu'en diminuant le poids on faisait croître la taille, et que le petit nombre de ceux qui ne portaient rien surpassait en hauteur tous ' les autres, ne pourrait-on pas en inférer que le fardeau qui pesait sur les autres était la cause de leur petite taille, et que la haute stature de ceux que rien ne gè" ndiii était le véritable étalon de la grandeur naturelle, à laquelle parviendrait la généralité de ces hommes, si rien ne s'y opposait {Principe^ trad. fr., p. G19).

§ 3. Loi empirique de multiplication des subsistances. — La proposition relative à la multiplication des subsistances est évidente par elle-même, d'après Malthus, on l'a vu. Il semble ici à première vue que son erreur soit manifeste : la nature, dit-il, a répandu, à tra-

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vers le règne aaimal et le règne végétal, les semences de vie au large, de la main la plus libérale et la plus prodigue : The seeds of life with the mosi profuse and libéral hand, 1'^ édition, ch. i. Or, la puissance reproductive des êtres est d'autant plus faible que leur organisation est plus élevée ; l'homme, le plus complexe des êtres a, en fait, une puissance de reproduction inférieure à celle des végétaux et des animaux dont il se nourrit. C'est ce que Ton a opposé à Malthus (Carey, Principes de la science sociale^ ch. m).

Mais ce qui, d'après Malthus, doit être mis en rapport avec la tendance de Thomme à multiplier son espèce, c'est la tendance même du sol à fournir leurs conditions d'existence aux plantes et aux animaux dont l'homme se nourrit, et non pas la fécondité absolue des animaux et des végétaux. 11 faut remarquer ensuite que Malthus fait ici abstraction du point de vue exiensif, dans les progrès de la production pour concentrer son esprit sur les progrè&r intensifs. Les savants modernes se sont appliqués à montrer après Godwin lui-même combien la rupture d'équilibre, à supposer la loi et la population exacte, serait reculée si toutes les terres fertiles du globe étaient cultivées (1).

Mais Malthus veut déterminer, par une loi générale, le degré d'élasticité que l'homme peut donner à la productivité de tout soi quelconque déjà occupé, il cherche la limite de Faction de Thomme sur la nature ; une telle loi, dans son expression rigoureuse, devrait se déduire des lois de la chimie^ agricole et de la biologie : Malthus ne peut interroger que la pratique de son temps.

n faut se placer avec lui, non dans un pays neuf comme

(1) V. p. Leroy-Beaulieq, Traité IV, VU" partie, ch. i. — Franz Oppenheimer, Das Bevôlkerungsgeaetz des T. R. Malthus iind derneueren liationalôkonomie, ch. iv, B.

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les Etats-Unis, où la progression des subsistances serait aussi rapide que celle de la population même, mais dans des conditions telles que toutes les terres ferliles soient mises en culture, et que l'homme ne puisse plus obtenir d'accroissement de subsistances que des améliorations dans la culture des terres déjà occupées, ou de l'occupation de terres moins fertiles. Or, il soutient que les progrès ne peuvent être constants : ceux que Ton' pourra réaliser seront successivement de moins en moins considérables. Malthus suppose un pays d'Europe dans lequel, grâce à la meilleure exploitation et aux encouragements les plus puissants donnés aux cultivateurs, le produit de la terre double en 25 ans. Dans les 25 ans qui suivront, il sera impossible d'espérer que le produit du sol suive cette même loi de doublement. « Ce serait contraire à toutes les notions que nous avons acquises sur la fécondité du sol, dit-il, il would be contrary to ail our knowledge ofthe qualiiies of land. i» Les connaissances auxquelles il fait allusion sont purement empiriques, elles n'avaient pas non plus l'universalité que leur assigne Malthus ; et, chose intéressante, des agronomes: de son temps comme Anderson, le précurseur de Ricardo^ étaient d'un avis tout opposé. En 1801, dans ses « Récréations sur l" agriculture », il écrivait : « Le cultivateur ne pourrait ajouter à l'étendue du sol, mais il pourrait ajouter à sa productivité d'année en année, de manière à conserver l'harmonie avec la population, io keep pace with the population^ quelle qu'elle pût être, whalever that might be » (cité par Cannan, p. 143).

Malthus n'invoque d'ailleurs aucune expérimentation systématique, il se borne à un exemple hypothétique, alors que pour la population il tente de se baser sur des faits précis.

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