‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 38 sur 220 · LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

de la contrainte morale. Les obstacles préventiis révèlent, même dans le vice, une aptitude mentale de rhomme à prévoir les effets de la reproduction excessive de Tespëce ; l'obstacle préventif normal, indépendamment du développement d'une faculté intellectuelle, révèle encore un progrès moral décisif; de telle sorte que cette triple forme de l'obstacle à la population reproduit trois phases d'un développement moral de rhomme. Or, c'est là ce que Malthus transporte dans l'histoire : les obstacles destructifs purement physiques, associés aux obstacles destructifs dérivant de la volonté humaine, prédominent dans les états sociaux primitifs avec Vinstinci; les obstacles préventifs dérivant du vice acquièrent avec les progrès de V intelligence un développement considérable dans certaines civilisations bien supérieures aux âges barbares, alors que la contrainte morale n'a encore qu'une influence insignifiante ou secondaire, mais à son tour elle agit de plus en plus énergiquement, refoulant les autres obstacles avec les progrès des connaissances, de la prévoyance, de la tempérance, de Tordre, du sentiment moral. Si Ton prolonge ce mouvement idéal dans l'avenir, on peut dès lors concevoir le péril de l'excès de la population comme décroissant graduellement en même temps que l'action des obstacles destructifs ou préventifs de la mi'sère et du vice^ et avec des fluctuations d'une amplitude toujours réduite, l'obstacle préventif normal acquérant une prépondérance finale. Il est impossible de n'être point frappé de la beauté sévère et austère de la conception qu'on retrouve au fond de l'œuvre définitive de Malthus, et de cette lutte grandiose qui embrasse l'histoire tout entière entre le vice, la misère et la prévoyance, la continence humain^, avec la réalisation

finale d'un équilibre stable de la population et des subsistances, le triomphe du bien et Tapproximation la plus grande possible du bonheur général. Dans cette théorie à la fois réelle et idéale de révolution, Halthm se présente à nous comme l'un des plus illustres fondateurs de la sociologie dynamique, car si imparfaite que soit l'œuvre, elle ne présente pas moins un développement corrélatif de l'aspect économique, de Taspect moral, de Taspect juridique et politique des sociétés humaines, et le phénomène social, tel qu'il Tétudie et le décrit, est une résultante du concours de facteurs physiques, biologiques, psychologiques et sociaux considérés dans révolution qui leur est propre. Jamais avant lui on ne s^était appliqué à relier par des lois un aussi vaste faisceau de phénomènes, et il suffit de revenir aux Physiocrates pour mesurer le progrès accompli parla sociologie. Les premiers, on l'a vu, les Physiocrates avaient relié par des lois les phénomènes juridiques et psychologiques et les phénomènes de la vie végétale et animale (1). Malthus s'efforce d'étendre la chaîne des rapports, et de plonger, d'une part^ dans les lois biologiques de la population humaine, et de l'autre dans les lois physico-chimiques de la vie végétale. Les tentatives audacieuses d'interprétation de l'histoire par des causes biologiques et physico-chimiques comme celles de Buckle [Histoire de la civilisation en Angleterre^ liv. I et liv. II) et de Liebig {les Lois naturelles de fagriculture, 1, ch. rhisioire) montrent toute la portée de l'œuvre sociologique de Malthus.

C'est dans l'état le moins élevé de la société humaine que sévissent avec le plus de rigueur les obstacles ^es-

(i; V. tome I, p. 98|

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