II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DB MALTHUS
nées raoyeanes, et elle était décimée par les famines dans les années de disette.
Les conditions du problème de la population en France ont été examinées à différentes reprises par Malthus; en 1817, dans la septième édition de son livre, il appréciait l'influence de la Révolution en disant que l'effet de la grande Crise avait été de rendre chaque personne plus dépendante d'elle-même et moins dépendante des autres : les classes ouvrières sont devenues plus industrieuses, plus économes et plus prudentes dans le mariage qu'auparavant, et il est certain, disait-il, que sans ces effets la Révolution n'aurait rien fait pour elles.
L'Angleterre fournit à Malthus un exemple de vérification de sa seconde thèse : que la population croit invariablement partout où croissent les moyens de sub* sistance. L^accroissement a été extraordinaire de 1800 à 1810, il a été occasionné par l'effet d'une grande demande de travail, combiné avec un grand accroissement de force de production dans l'agriculture et les manufactures.
L*Ecosse lui apparaît comme surchar^^^e encore d'un excès de population; cependant la condition des classes inférieures s^était améliorée et il en voit la cause dans l'influence croissante de l'obstacle préventif et dans l'habitude plus générale de se marier tard.
Il ne consacre que quelques lignes à Tlrlande, qui devait préoccuper tout le xix® siècle par le problème de la population. Là aussi à ses yeux sévissait l'excès de population. La misère des classes pauvres en était l'effet, et l'obstacle à la population qui frappait l'Irlande, c'était Vobstacle destructif sous les formes de Li maladie engendrée par la misère, les habitations malsaines, la mal-
propreté, auxquelles le vice et la guerre civile étaient venus se joindre.
Il ne suffit pas» on le verra^ d'invoquer le témoignage de la statistique pour renverser la thèse de Malthus telle qu'il la conçoit» telle qu^elle lui est inspirée par la méthode déductive.
§ 5. La psychologie et la morale de Maithus. — La philosophie morale de Malthus est contenue tout entière dans les deux premiers chapitres du livre IV. Comme celle d'Adam Smith, sa conception se fonde sur la théologie naturelle ; comme Adam Smith il interroge les causes finales, et sa philosophie morale est téléologique. Mais pendant qu'aux yeux d'Adam Smith l'homme, obéissant à son intérêt, est guidé par une main invisible vers la réalisation de l'ordre social dont il est l'artisan inconscient et involontaire» pour Malthus, l'homme, en obéissant aux instincts de sa nature, ne serait qu'un arti<* san de désordre et de ruine, et pour qu'il réalise etfectivement à la fois le bonheur social et son bonheur individuel, il faut qu'il réagisse contre les instincts de sa nature, guidé par la raison. La nécessité d'un effort soutenu pour contenir ses passions» fait cette fois, de rhomme individuel, en vertu du lien qui unit les intérêts, l'agent conscient et volontaire de l'équilibre entre la société et son milieu naturel. C'est ainsi que le système réparateur qu'il propose, a son fondement dans l'action régulatrice que l'homme peut exercer sur luimême, et sur la marche progressive de la société, et dans la responsabilité individuelle» corollaire de cette puissance grandissante de la raison humaine.
Cependant Malthus ne soutient pas qu'il faille affaiblir ou altérer le principe même de la population» encore moins l'anéantir. Ce principe, lui aussi» entre à ses yeux