‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 42 sur 220 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE OB MALTHDS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE OB MALTHDS

C'est tout ce que peut, c'est tout ce que doit TEtat d*aprèslui.

Il l'a dit lui-même en qualifiant de bizarres les réformes économiques et juridiques suggérées par Sismondi pour réprimer Texcès de population : « Quant à moi, je n'ai jamais recommandé et jamais je ne proposerai d'autres moyens, que de faire connaître aux classes ouvrières la manière dont leurs intérêts peuvent être compromis par un trop grand accroissement du nombre des travailleurs, et d'abroger les lois qui tendent d'une manière positive à décourager les habitudes de prudence et de prévoyance. » (1)

Mais au delà, la conséquence rigide de toute abstention sociale, c'est que la sanction des fautes atteindra les plus innocents eux-mêmes.

if II paraîtra peut-être bien dur, dit à ce propos Malthus^ qu'une mère et des enfants qui n'ont aucun re*proche à se faire, soient appelés à souiïrir de la mauvaise conduite du chef de famille. Mais c'est encore là une loi immuable de la nature. »

« J'ai souvent vu mettre en opposition, dit-il encore, la bonté de Dieu et l'article du décalogue où il déclare qu'il punira les péchés des pères sur les enfants. Cette difficulté n'a peut-être pas été suffisamment discutée. A moins d'opérer dans la nature de l'homme un changemeat total, à moins de l'élever jusqu*à la nature des anges, et en général d'en faire un être fort diiïérent de lui-même, il est impossible de le soustraire à la loi dont on est disposé à se plaindre. Ne faudrait-il pas un miracle perpétuel» ce qui peut-être n'est au fond qu'une

(1) Màlthds, Principes de VEconomie politiqitet éd. Guillaumin, p. 323.

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contradiction dans les termes, pour que les enfants ne se ressentissent point dans leur état civil et moral de la conduite de leurs parents?... »

Ce passage nous montre cet économiste obéissant à la logique de l'épouvante, où disparait la notion même de la justice, et ne voyant,hors de la contrainte morale, comme sanction à la loi de la population, que Taccomplissement d'une autre loi naturelle, la répression aveugle par la misère et la mort, et ne songeante déduire de la solidarité passive qu^il consacre, aucune forme de solidarité active. Fr. Nitti a justement dit (La population et le sys^ tème social, p. 40), que l'Angleterre n'a connu qu'un seul économiste vraiment, rigidement, absolument individualiste, c'est Malthus. La logique l'a fait se porter jusqu'aux conséquences les plus extrêmes de son système social : la responsabilité individuelle et Tinsolidarité sans limites, avec la sanction ultime de lois naturelles aveugles et implacables.

§ 1. Le Droit éoonomique de Malthus et TETolution du Droit. — La conception du droit économique, en connexion avec le principe moral, est la consécration de cet individualisme absolu et de l'insolidarité. Elle s'oppose radicalement à la conception socialiste de Godwin, et c'est ce qui lui donne une importance historique si considérable. Godwin fait dériver le droit à l'existence des besoins essentiels de la nature humaine et du principe de l'égalité naturelle. Malthus justifie la condamnation de ce droit, en invoquant l'opposition entre l'instinct de reproduction, la tendance constante de la nature humaine, et les conditions physiques de la multiplication des subsistances. « La cause principale et permanente de la pauvreté a peu ou point de rapport avec la forme du couvernement ou avec l'inégale division des

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