II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS
biens ; il n*est pas eu la puissance des riches de fournir aux pauvres de f occupation et du pain : et eu conséquence les pauvres, par la nature même des choses^ n'ont nul droit à leur en demander (1. IV, trad. p. 577). La limite du droit personnel pour la masse des pauvres est dans la puissance des riches et cette puissance n*est autre que la puissance productive du sol^ inflexiblement limitée. Cette subordination du droit au pouvoir reparaîtra dans les conceptions de Saint-Simon et de Louis Blanc, mais avec la préoccupation d'universaliser le pou-voir.
C'est la pensée qui avait été exprimée plus brutalement dans un passage, supprimé depuis, de la première édition : « Un homme qui est né dans un monde déjà possédé^ s'il ne peut obtenir de ses parents la subsistance qu'il peut justement leur demander, et si la société n'a pas besoin de son travail, n'a aucun droit de réclamer la plus petite portion de nourriture, et en fait^ il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert vacant pour lui ; elle lui commande de s'en aller et elle mettra elle-môme promptement ses ordres à exécution, s'il ne peut recourir à la compassion de quelques-uns des membres du banquet. x>
Le droit à l'assistance est condamné avec la même rigueur. C'est que la bienfaisance est pour lui un encouragement au mariage, elle décharge l'individu du fardeau de la responsabilité que la nature imposée tout homme qui désire être père. Dans le chapitre le plus effrayant de ce livre, il propose, ce qu'aucun gouvernement n'exécutera jamais, une loi portant que l'assistance des paroisses serait refusée aux enfants nés d*un mariage contracté plus d'un an après la promulgation de la loi. Cet arrêt terrible il le prononce avec la rigueur d'un homme aux yeux
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de qui le péril de l'excès de population est toujours imminent.
c Lorsque la nature se charge de gouverner et de punir, ce serait une ambition bien folle de prétendre nous mettre à sa place et prendre sur nous tout l'odieux de l'exécution. Livrons donc cet homme coupable à la peine prononcée par la nature. » (p. 516)
Ces lois naturelles opèrent dans des conditions de droit privé qu'il juge immuables : « On peut raisonnablement supposer, dit-il, que le principe de la propriété privée est établi pour toujours » (Essaie p. 408).
On peut dire que nul n'en a déduit avec une rigueur plus inflexible les conséquences : c'est au point de vue de la théorie de la propriété qu'il faut mesurer la portée de son œuvre. Malthus se rattache aux physiocrates par bien des côtés, mais à quelle distance ne reste-t-il pas ici de ces grands penseurs ? Pendant qu'ils révolutionnent la théorie de la propriété en la basant sur sa fonction sociale économique^ Malthus la fait reculer vers l'absolutisme individualiste et l'insolidarité générale. Qu'il le voulût ou non, il est certain, comme Ingram et H. George l'ont dit, qu'il aboutissait à dégager les riches de toute la responsabilité à l'égard de la situation de la classe ouvrière. C'est cette justiBcalion négative tirée des lois naturelles qui lui permet d'opposer aussi durement la propriété individuelle, dans un monde déjà possédé, à la revendication du droit à la vie : la préoccupation d'une justiGcation positive de la propriété eût dû être ici, au point de vue du principe de population, plus intense encore que dans la physiocratie, puisque l'institution aboutissait à cette redoutable antinomie. Sans doute, Malthus déclare que sans la garantie de la pro^ priétéf il ne saurait y avoir d'encouragement à l'industrie