II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUB DB MALTHDS
et la responsabilité individuelle, la propriété et le mariage.
En développant cette thèse persistante que la prévoyance morale est incompatible avec les systèmes communistes et égalitaires^ Malthus considère toujours l'instinct de reproduction comme opérant dans ces états sociaux sans être contenu par aucun sentiment supérieur : or^ il n'est pas possible de le séparer des sentiments qui sont l'essence de la communauté même et des systèmes égalitaires. Les sociétés qui sont en état de s*élever aux conditions morales de l'égalité, sont-elles par essence impuissantes à s'élever à la prévoyance qui en est la condition fondamentale, et n'y a-t-il pas contradiction à nier cette évolution morale corrélative? Bagehot critiquant Malthus a déjà dit : a Dès lors qu'il est possible pour une communauté parfaitement vertueuse de limiter le nombre de ses membres, ceux-ci accompliront ce devoir juste aussi bien qu'ils accompliront les autres: il n'y a pas de principe infaillible qui renversera la communauté de village : elle peut ajuster le nombre de ses membres à sa nourriture et subsister pour toujours. » On ne voit pas en effet d'incompatibilité nécessaire et inévitable. D'une part, Malthus l'avait déjà reconnu d'ailleurs, les communautés tendent à faire prédominer directement le principe de l'intérêt collectif sur celui de l'intérêt individuel.
Or, la communauté ne garantit pas par elle-même une quantité absolue de bien-être à ses membres, elle les place dans les mêmes conditions» et veut que les générations qui se succèdent soient dans les mêmes conditions que la génération présente ; c'est pourquoi la prévoyance collective^ dans l'intérêt de tous, sera sans cesse agissante.
94 DBDXIÈMB ÉPOQUE. — hk SCIBNCB DBS BICHBSSBS
Mais laissons ce côté légal de la contrainte ponr ne considérer que le degré de. moralité spontanée, compatible avec les systèmes d'égalité^D'abord la monogamie la plus rigide peut, fût-ce en dépit de Godwin, subsister avec eux, ensuite la prévoyance est commandée à Tindividu en dehors de toute contrainte sociale, par son intérêt individuel d'abord, par ses sentiments altruistes ensuite. L'égoïsme et le sentiment social s*accordant ea lui à condamner toute action imprévoyante, toute erreur prématurée qui aboutirait à rompre Téquilibre, nécessaire à tous, de la population et des subsistances, on ne voit pas a priori, et c'est le seul point & considérer ici, l'incompatibilité absolue d*un système égalitaire et de la contrainte morale, parce qu'on ne voit pas Timpossibilité d'un développement moral intégral. Ce que Ton peut seulement admettre a priori, c'est qu'il nous faut atteindre un développement moral supérieur pour nous élever à la fois à l'égalité et à la contrainte morale propre à contenir la population.
Dans Poliiical Justice, Godwin avait précisément soutenu que les progrès de l'égalité seraient connexes à ceux de la moralité ; ses unions libres doivent aboutir à des relations d'une pureté idéale.
« L'une des tendances d'une àme cultivée et vertueuse est & diminuer l'impétuosité à satisfaire les sens > et il admettait à ce point que la chasteté existerait avec la civilisation égalitaire^ et la durée de la vie individuelle, que c'est précisément pour cela qu'il dit : c Quand la terre se refusera elle-même à supporter un accroissement de population, les hommes que nous supposons exister cesseront eux-mêmes de se reproduire. » (II, 520)
Ce sera le triomphe absolu de l'ascétisme.
Malthus, en examinant le système d'Owen, lui oppose