II. — LA DYNAMIQUE ÉC0N0M1QUB DB MALTHUS
deox arguments qu'il qualifie de décisifs : le premier, c^est que Tégalité ne fournit pas un stimulant suffisant au travail et dès lors & la plus grande production possible, raiguillon de la nécessité manquant ; le second, c'est encore la tendance qui subsiste dans la population à croître plus vite que les subsistances.
Sur le premier point, la critique de Malthus ne subsiste que si le système d^égalité donne les mêmes avantages au paresseux qu*à Thomme laborieux, en leur assignant & l'un et à l'autre la même part du produit collectif; il n'en est plus ainsi si 'le système d'égalité se réduit à placer tous les membres de la communauté dans des conditions égales de développement, et qu'il attribue à chacun le fruit de son travail. La critique porte sur un système d'égalité, et non sur tous les systèmes d'égalité. Malthus ne peut d'ailleurs prétendre que l'aiguillon de la nécessité agisse au même degré sur les classes supérieures et snr les classes inférieures des sociétés modernes ; la stimulation au travail est d'autant plus grande que le travailleur acquiert, à un plus haut degré, l'assurance de jouir du fruit de son travail, et qu'il s'élève à un standard of life compatible avec l'expansion de sa puissance productrice, William Thompson répondra ici d'une manière décisive à Malthus. Le second argument de Mahhus est que les systèmes d'égalité et de communauté détruisent les motifs qui portent à la pratique de la contrainte morale. Supposons, dit-il, que le principe de la population ayant agi malgré l'accroissement des subsistances dans la communauté, la population tende & dépasser les subsistances, comment rédttira-t-on le taux de son accroissement? Dans le système égalilaire, tous ont le même droit au mariage ; eomment un individu se croirait-il obligé de pratiquer
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le devoir de contrainte morale que d'autres dédaigneraient d'observer, et à déiaut de la continence spontanée des individus, comment la loi réussirait-elle à l'obtenir de l'ensemble? Ici encore Malthus ne conçoit comme système égalitaire que celui où la responsabilité individuelle serait abolie et où la société aurait la charge de Tentretien des enfants ; mais les plans égalitaires peuvent comporter une responsabilité individuelle de plus en plus étendue ; en second lieu, il suppose toujours que Tindividu continue dans la communauté d'obéir à ses sentiments égoïstes, alors que le système implique un développement avancé du sentiment de l'intérêt de tous; il pose en principe que malgré le développement de rinstruetion publique, celui de la prévoyance générale ne raccompagnerait pas, et il ne veut pas admettre que tous les membres de la communauté associés dans une même production, dont ils reconnaissent à un moment donné les limites, préoccupés de conserver le même bonheur que tout acte d'imprévoyance individuelle ou collective peut compromettre, se résolvent tous, non pas au sacriQce absolu du mariage, mais simplement au retard du mariage et à une vie chaste jusque-là. Il est impossible de voir dans le livre de Malthus une réfuta* tion décisive des systèmes d'égalité, parce que le développement moral, qu'il imagine, est purement hypothétique et arbitraire. Seule l'expérience pourrait éclairer Tesprit impartial sur une telle évolution. C'est ainsi que se dissipe la torce d'abord invincible de l'obstacle physico-biologique au progrès yevs l'égalité des conditions. Il n'est pas d'écrivain pour qui l'arrêt déCnitif de l'histoire soit plus lent à venir; c'est que le jugement de l'œuvre de Malthus est d'une extrême difficulté, qu'il exige la coordination d'éléments très complexes, souvent