I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET
la société économique des données les plus essentielles et les plus générales de la nature humaine. Les lois naturelles de la société faisaient partie à leurs yeux d'un ordre naturel, immuable, le plus propre à assurer le bonheur des sociétés. Eux aussi avaient conçu le type idéal, absolu des sociétés humaines le plus conforme à la loi naturelle. Quesnay lui avait donné le nom à' archétype des gouvernements. Pour lui aussi et pour ses disciples, Fhistoire apparaissait comme le tableau des oscillations des sociétés auiour du type idéal et absolu de T Ecole, ou comme le récit des déviations de l'humanité depuis les temps voisins de son origine où elle s'est soustraite à l'empire de la loi naturelle, jusqu'à l'époque où cette loi, reparaissant dans sa pleine 'lumière, Thomme guidé par la philosophie tente avec elle un nouveau rapprochement. Adam Smith à son tour, malgré ses progrès dan« l'emploi de Tinduction, concevait encore, sous le nom de système de la liberté naturelle, un ordre social de la richesse antérieur et supérieur aux institutions artificielles des hommes. Seulement, Adam Smith le rattachait à Topération constante et uniforme de l'intérêt personnel, d'une cause psychologique qu'il avait dégagée de rétreîiite rigide du droit naturel absolu des Phvsiocrates.
Cependant, dans cet emploi commun des méthodes déductives et d^s la conception de la société naturelle, (fodwin dépassa singulièrement les limites auxquelles s'arrêtèrent Adam Smith et les Physiocrates. Adam Smith, dans le livre IV de la Richesse des i^atiohs a limité sa critique aux systèmes d'intervention de l^Etat, contraires à la liberté naturelle, (jui donnent une direction artificielle à l'emploi des capitaux et de Tiiidustrie des particuliers : d'un autre côté, pendant que les Phy-
siocrates incorporent à l'ordre naturel des sociétés politiques des formes historiques de la propriété, telles que la propriété individuelle appliquée au sol, Godwia dénoncera précisément Tinégalité de sa distribution comme inhérente à sa nature, et l'écartera des institutions de la société naUirelle ; son livre aura précisément pour objet d'en conjurer à jamais le retour.
C'est que les cj>nceptions de la justice ne sont pas le» mêmes, ni déduites des mêmes conceptions de la nature humain. D'une manière générale, la justice, d'après Godvvin, c'est la règle de la plus grande universalité possible qui prescrit un mode déterminé de procéder dans tout ce qui peut affecter le bonheur d'un ôtro humain. C'est le traitement impartial de tout homme dans les matières qui se rattachent à son bonheur. — Tout ce qui concourt à assurer le maximum du bonheur à Tuniversalité des hommes appartient à la justice.
§ 3. La Conception de la Justice et du Progrès — La justice, dans la conception sociale de Godwin, n*est plus seulement ni'gative comme elle l'est dans la /îicliesse des 7^ations {[(i ^uùûi 'j les mots justice négative ont d'ailleurs été employés par Smith. La justice est encore positive, elle ne consiste pas seulement à s'abstenir de toute lésion, de toute atteinte, elle se traduit aussi par une bienfaisance effective.
C'est qu'en effet, Godwin s'est placé en dehors de l'hypothèse qui domine la Richesse des nations^ celle d'un homme mù exclusivement par son intérêt personnel. Il place dans la nature humaine des tendances désintéressées à côté des tendances égoïstes. Et ce n'est que par là que la pratique de la justice est possible. Ce que tous les philosophes et les moralistes ont dit de Timpartiale justice, ce ne sont pas, écrit-il, de vaines déclama-