I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDOBCET
tions^ et quand nous réclamons de rhomme qu*il St5 détache de son intérêt personnel, nous réclamons de lui quelque chose qu'il est capable de pratiquer.
Voilà une parole importante pour l'intelligence de la doctrine.
11 y a dans Poliiical Justice un chapitre sur l'égoïsme et la bienveillance, qui est l'un des plus remarquables de l'ouvrage. C'est là qu'il se rattache résolument à D. Hume, Shaftesbury, Hutcheson, qui ont dégagé dans ràmc humaine la racine des sentiments altruistes à côté (le la racine des sentiments personnels, et qui ont ainsi apposé une conception morale nouvelle non seulement aux conceptions de Hobbes et de La Rochefoucauld, mais à tons les theoriciens.de la morale utilitaire au xviii* siècle. C'est là que Godwin se sépare nettement de- Helvélius, dont les œuvres ont laissé pourtant une si forte empreinLC dans Poliiical Justice. On s'étonne qu'il ne cite nulle part ici la Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith, où le philosophe écossais met si puissamment en lumière les manifestations de la sympathie, comme il a, dans la Richesse des iiations^ déroulé les effets du sentiment de l'intérêt personnel.
Dans la Richesse des nations, l'homme individuel, poursuivant exclusivement son intérêt personnel, réalise cependant à son insu, sans le vouloir, comme s*il était guidé par une main invisible, l'intérêt social. Chez Godwin, cette harmonie se réalise d'une manière consciente et* voulue. L'homme social, animé de la justice,' unit indissolublement dans ses actes la préoccupation d'autrui et la sienne propre. C'est ce qui éclaire toute la concep- . tion pratique de la propriété, Texercice tout entier des droits de Thomme : c< Rien n'a plus contribué à abaisser l'énergie et la vertu de l'espèce humaine, dit Godwin^
i2 DEUXIÈME ÉPOQUE. — LA SCIE^îOE DBS RICHESSES
que la supposition que nous avons un droit, comme on Ta soutenu, de faire tout ce que nous voulons de ce qui nous appartient en propre. Rien ne nous appartient dans ce sens ; nous devons exercer nos talents dans Tintèrent des autres. Tout shilling que j'ai en propriété est soumis aux lois de la morale. Je n'ai le droit de disposer de rien par caprice. »
Le droit individuel, loin d'èlre con^.u comme absolu et irréductible, est subordonné à des forces sociales supérieures. C'est ce qu'il exprime en disant : « Il n'y a pas de droit qui puisse dépasser les limites de la moralité, et la moralité c'est le système qui nous, enseigne à contribuer à toute occasion, dans toute l'étendue de notre pouvoir, au bien-être et au bonheur de toute créature sensible. » (11
Godwin conçoit la Société issue du besoin d'assistance mutuelle comme se formant et subsistant sous l'empire exclusif de la loi morale ; et rien ne doit faire prévoir a priori qu'aucune contrainte soit nécessaire pour régler la conduite des individus entre eux et à Végard de l'ensemble.
« La nécessité de la contrainte est née des erreurs et de la perversité de quelques-uns. La Société et le gouvernement sont différents en eux-mêmes et ont différentes origines. î^a Société est produite par nos besoins, et le gouvernement par notre malignité. La Société est danstout Etat une bénédiction. Le Gouvernement, même dans ses meilleures conditions, n'est qu'un mal nécessaire. » (2)
Quoi que l'on puisse penser de ses doctrines, il est
(1) Political Justice, I, p. 160, 2« édit.
(2) Livre il, i, p. 123. Principlcs of Society.