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intense et patiente, et Sait par Q*avoir pas de supérieur et bien peu d'égaux. »
Sismondi, qui fut, lui aussi, Tun des adversaires pas tdonnés de Ricardo, parle avec une vive émotion des discussions cordiales qu'il eut avec Ricardo lors de son passage à Genève, sur la question la plus importante de l'économie politique, aux yeux de Sismondi et de Malthus, la balance de la production et de la consommation.
Nous sommes évidemment en présence d'une grande volomé et d'une grande indépendance de caractère. La justice qu'il faut rendre avant tout à Ricardo, c'est que dans l'investigation des phénomènes économiques, il fut exclusivement préoccupé de dégager les lois de ce qui est. sans autre préoccupation(que; celle de la vérité, et sans se soucier des conséquences que Ton tirerait de ses conclusions à l'égard du système social. Il eut cette étrange fortune, bien marquée par l'un de ses biographes comme une illustration frappante de Tironie du bort, que bien qu'il soit l'un des représentants les plus puissants et les plus décidés de l'orthodoxie et de l'individualisme, il a plus que personne contribué au développement du socialisme scientiGque, par la théorie de la valeur et celle de la rente foncière. Par une autre ironie du sort, les socialistes lui ont attribué, avec une exagération que Ton verra plus loin, la loi if airain du salaire.
C'est là que nous aurons à examiner quelle pofîée, pour l'historien impartial, doit avoir ce que l'on a appelé avec aifectation la réhabilitation de Ricardo.
Ricardo subit avant tout, dans la direction de ses recherches économiques, l'influence de son temps. La révolution industrielle dont Adam Smith avait vu l'aurore^ Ricardo, comme Malthus, en vit l'accomplisse-
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ment. Les découvertes scientifiques et surtout Temploi de la vapeur, énergiques agents de la transformation de la petite industrie, déterminaient rétablissèmeùt d^ grandes manufactures dans les villes ; au march^ étroit de la petite industrie se substituaient des débouchés de plus en plus étendus pour une activité fiévreuse et des demandes livrées à des fluctuations incessantes. '^ La population avait reçu une impulsion énergique : la guerre avec la France avait stimulé à la fois Faccroissement de la population et Texpansion du commerce ; le développement des manufactures et celui de la population s'accompagnaient de phénomènes nouveaux et d'une redoutable portée, la population se déplaçait, celle des villages allant s'accumuler dans les villes ; et les fluctuations du commerce se répercutaient profondément dans ces masses laborieuses, les condaûinant à de brusques chômages, quand la demande des produits se resserrait. Une concurrence ardente, où les hommes, les femmes et les enfants se m^essaient, semblait devoir régrfer sans repos el sans frem.
C'est dans cette prédominance universelle d'une concurrence illimitée, que Hicardo dégagea un ensemble de lois de la répartition des richesses, si rigoureusement coordonnées, .et ramenant l'action de la concurrence à un ordre si lumineux et si précis^ là où il n'y avait en appai^nce que désordre, que ce fut le gage du succès de soi^ livre.
§ 3. Conception dynamique générale. La méthode déductive. — On commettrait une grave erreur, en se laissant tromper par le titre de l'œuvre principale de Ricardo : Les principes de V économie politique et de f impôt ^ et en y voyant un traité complet d'économie politique et de science des finances. L'objet réel de l'ouvrage est
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beaucoup moins étendu ; il n^embrasse, comme œuvre économique, que les principes généraux de la distribution ou échange, et de la répartition des richesses, et, comme œuvre financière, que la théorie de la répercussion, ou de rin^ence des impdts, et de son influence sur la répartition et la distribution mêmes, et, par là, sur les différentes classes de la société (1).
(1) Dans une lecture et une étude systématique de Ricardo, il faudrait classer plus méthodiquement que Fauteur les chapitres de la 3* édition de ses Principes.
Gonner accuse Ricardo d*un manque de méthode dans l'arrangement de son ouvrage^ et dans le fait, il livre Tesprit du lecteur à une fatigue réelle et même à une véritable souffrance en revenant à diverses reprises aux mêmes redites, aux mêmes comparaisons. Il semble que Ricardo ait envoyé à Timpression les chapitres de son ouvrage avant qu'il fût achevé — et pendant qu'il préparait encore des matières additionnelles pour le compléter. Chose pénible et qui marque le dédain de Ricardo pour la belle et savante ordonnam-e d'un livre, la dernière édition des Principes eût pu être une œuvre de remaniement et donner l'unité formelle à ce qui avait une si incontestable unité de principes. Ricardo n'y a pas songé. Je pense que c'est parce qu'il était tout entier absorbé par l'unité même de la conceplion, et qu'il ne voyait pas les vices de la forme dans laquelle il l'exprimait.
La lecture systématique du livre implique un remaniement dans Tordre des chapitres. Le voici avec des changements que j'apporte à la classification de Gonner.
Il faut d'abord séparer tous les chapitres relatifs à la théorie économique proprement dite, des chapitres relatifs à l'impôt et aux effets de la répercussion de l'impôt sous ses diflërentes formrs.
Nous considérons donc à part les six premiers chapitres de l'édition primitive des Principes, mais en y rattachant des chapitres nouveaux dispersés sans aucun ordre dans la 3* édition de Vouvrage.
C'est sur cette partie que porte notre effort, et voici Tordre des lectures de la traduction française des Principes de Ricardo.
Denis U. 9
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Sa pensée a été presque impérieusement et brutalement exprimée dans une lettre à Malthus, très rapprochée de la 2® édition des Principes. « Vous penses, dit-il, que Véconomie politique est la recherche de la nature et des causes de la richesse : je pense qu'il faudrait plutôt la définir : la recherche des lois qui déterf minent le partage du produit entre les classes qui con*
courent à sa formation. Aucune loi ne peut être formulée relativement à la quantité^ mais une loi suffisamment correcte peut être proposée relativement aux proportions. Chaque jour je me convaincs davantage que la première recherche est vaine et décevante, et que la se-
Notre classification donnera une idée du désordre de Ricardo.
Gh. I, De la valeur.
Gfl. XX, Des propriétés distinctives de la richesse et delà valeur.
Ch. xxviii. De la valeur comparative de Tor, du blé et du travail dans les pays riches et Jes pays pauvres.
Ch. xxvii. De la monnaie et des banques.
Ch. IV, Du prix naturel et du prix courant.
Ch. xxx. De l'influence de Toffre et de la demande sur les prix.
Ch. II, De la rente.
Ch. u\. De la rente des mines.
Ch. xxiv. Doctrine d*Adam Smith sur la rente foncière.
Ch. xxxii. Opinions de Maithus sur à Rente.
Ch. v, Des salaires.
Ch. XXXI, Des machines.
Ch. VI, Des profits.
Ch. XXI, Des effets de Taccumulation sur les profits et sur l'intérêt des capitaux.
Ch. VII, Du commerce extérieur.
Ch. XXV, Du commerce colonial.
Ch. XIX, Des changements soudains dans les voies du commerce.
Tous les autres chapitres du livre sont consacrés à l'impôt et à ses effets.
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€onde seulement est le véritable objet de la science. » (1) N*cst-il pas d'un intérêt saisissant de constater que cette recherche des proportions^ que nul autre ne s'était proposée avant lui, qui forme sa réelle originalité, s'impose aussi énergiqifement au plus puissant architecte de l'économie politique classique et orthodoxe, ^u moment même oxjJ de toutes parts, Teffort non seulement des écoles socialistes, mais de tous les esprits indépendants qui agitent le problème social, va se porter vers' la Répartition des richesses. Pendant que les trois éditions des Principes sont comprises entre 1817 et 1821, et que Malthus lui-môme publiera, en 1820, les Principes de réconomie politique^ nous voyons les Nouveaux principes de r économie politique de Sismondi paraître de 1819 à 1827, Charles Fourier publier en 1822 sa théorie de V Association domestique^agricole, William FhompsoD, le plus illustre disciple d'Owen. sa Distribution des richesses en 1822, TEcole de Saint-Simon pénétrer beaucoup plus avant que le maître dans la répartition des richesses, par V Exposé de la doctrine en 1828, von Thiinen donner YEtat isolé en 1826. Plus tard viendra, ^n 1831, V Essai trop oublié de Richard Jones sur la distribution de la richesse.
Ce n'est pas tout; dans la répartition, et même dans l'échange des richesses, Ricardo s'applique à mettre en lumière Tun des deux aspects fondamentaux des phénomènes sociaux : Yaspect df/namique. L'œuvre de Ricardo appartient(^avant tout, enelletjà \didynamique économique, comme l'œuvre des physiocrates est, par-dessus) tout, une statique économique. L'idée maîtresse de Téconomiste anglais se dégage tout entière de deux passages
(1) Lettre du 10 octobre 1820, édit. Bonar, p. 175.
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des Principes : l'un est relatif à la valeur, il figure dans la première édition et il est omis dans la troisième ; l'autre est relatif à la rente, au salaire et aux proSts-, et se trouve dans la préface de la première édition.
c Adanx Smith, dit-il, dans le premier passage, après avoir admis sans réserve le principe que le rapport entre )es quantités de travail nécessaires pour acquérir difiérents objets, est la seule base qui puisse nous régler dans leur échange réciproque, en restreint cependant Tapplication à Vétat primitif et grUssier de la société^ qui pré-cède raccumulation des capitaux et la propriété des terres^ comme si des profits et des rentes que l'on doit payer pouvaient avoir une influence sur la valeur relative des choses, qui fût indépendante de la simple quantité de travail nécessaire à la production des choses. Et cependant, Adam Smith n'a nulle part analysé les effets de l'accumulation des capitaux et de l'appropriation des ,: terres sur les valeurs relatives. 11 est donc important de déterminer jusqu'à quel point les effets incontestables, que la quantité comparative de travail employée à la production des choses utiles occasionne dans leur valeur échangeable, sont modifiés par l'accumulation des capi- ^taux et le payement des rentes. »
Le second passage est aussi décisif. Après avoir dit que les produits de la terre se partagent entre trois J
classes : les propriétaires du sol, les possesseurs du ca- <
pital, les travailleurs, il ajoute que chacune de ces classes |
( recueille une part très différente du produit totale sous les noms de rente, de profits et de salaires, seVori fétat de civilisation : « déterminer les lois qui règlent cette distribution, voilà le principal problème en économie politique. Mais, quoique Turgot, Sleuart, Smith, Say, Sismondi et d'autres auteurs aient rép^du beaucoup
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de lumière sur celte science, leurs écrits ne renferment cependant rien ^e bien satisfaisant iur la marche natu^ relie de la rente, des proGts, des capitaux et des sa<laires ».
Ce sont donc bien les variations relatives du salaire, du profit, de la rente que Ricardo étudie aux différentes phases de l'évolution économique qu'il prévoit ; c'est là qu'il espère avoir formulé une loi suffisamment correcte et,' comme il Ta dit (août à rheure,y^ des proportions assez rigoureusement définies; ce qu'il appelle leur marche naturelle, c'est avant tout Teffet des causes gé-^ nérales qui déterminent les phénomènes de répartition des richesses, mais qui, variables elles-mêmes dans leur continuité, détermineront aussi les variations historiques de ces phénomènes. Ces résultats une fois attemts, l'objet suprême de ses recherches, ce sera l'influence historique que les variations relatives de ces parts exerceront sur les valeurs relatives des produits du travail.
Une lettre de Ricardo à Mac Gulloch, du 13 juin 1820, montre bien, non seulement ce dualisme dans l'objet de ses études, mais la subordination réelle de ses recher*" ches sur la valeur à ses recherches sur la marche naturelle de la répartition des richesses : « Après tout, dit-il, la grande question delà rente, des salaires et des proRts, doit être élucidée par les proportions dans lesquelles le produit total est partagé entre les propriétaires, les capitalistes et les travailleurs, et qui ne sont pas essentiellement liées à la doctrine de la valeur (1). » On peut concevoir la solution de la première question, indépendam^ ment de la théorie delà valeur ; on ne peut concevoir de modifications à celle-ci sans la solution de la première question.
(J) Letters of Ricardo to Mac CuUock^ édit. HoUander, p. 72.
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Dans la détermination de cette marche naturelle^ Ricardo reste placé au point de vue d*un état social dont les formes sont, à ses yeux, irrévocablement fixées, et dans lequel la constitution du droit de propriété individuelle et Taccumulation des capitaux ont déterminé la différenciation des classes sociales ; elles reproduisent^ dans la répartition des .richesses, la distinction des facteurs irréductibles de la production même : à la distinction de la terre, des autres agents naturels, du capital accumulé, du travail, correspond celle de la rente, du protit, du salaire ; les classes sociales correspondantes apparaissent comme les catégories définitives de révolution future de la société, transportant dans l'ordre des rapports d'homme à homme, imprimant à la structure sociale le caractère des relations de Thomme social avec la nature, modelant le partage contractuel du produit^ à l'image des conditions immuables de leur production. Là encore est le sens profond de- ce que Ricardo appelle la marche naturelle des phénomènes économiques. Là aussi est la portée de sa dynamique économique^ et le résultat de la méthode qui a servi à la constraire. / Ricardo apparaît, en effet, comme le représentant le plus inflexible de la méthode déductive ; et il s'oppose par là, au moins dans certaines limites, à Malthus luimême, qui, dans le cours de sa earriëre, s'appliqua de plus en plus à contrôler les données de la déduction par des recherches inductives. Ricardo a marqué, dans sa correspondance, le caractère de son génie et ce dissentiment : « Je serais plus heureux, écrit-il à Malthus, si vous ne différiez aussi profondément de moi; si je "suis trop théorique, je pense que vous êtes trop pratique » (1).
(1) Letters of Ricardo to Malthus, édit. Bonar, p. 96.
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Une graade cause de ces divergences d'opinions, écrit-il aillenrsi c'est que vous avez toujours dans l'esprit les eflets immédiats et temp^aires des changements particulierSy tandis que j'écarte ces effets immédiats et temporaires, et que je fixe toute mon attention sur Vétat permanent des choses qui résultent de ces principes. Peut-être estimez-vous ces effets temporaires trop haut, tandis que je suis, moi, troj^disposé à les apprécier trop bas (1). Malthus» de son côté, parle de ces systèmes qui, après avoir entraîné un grand nombre d'esprits éclairés^ ne pourraient supporter eux-mêmes le témoignage des faits et le poids de ces théories qui, bien que moins simples et moins captivantes, sont plus justes, parce qu'elles embrassent un plus grand nombre des causes qui sont actuellement en opération dans les résultats économiques (2).
Ce n'est pas que Ricardo méconnaisse la complexité des phénomènes et la pluralité des causes. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire le ch. iv sur le prix naturel et le prix du marché, et le ch. xiii, relatif à l'impôt sur l'or, de l'édition définitive des Principes ; il propose lui-même, dans sa correspondance, la justification de sa méthode. D y a, dit-il encore ailleurs^ tant de combinaisons, et tant de causes en opération en économie politique, qu'il y a grand danger à faire appel à l'expérience en faveur d'une doctrine particulière, (à moins qi^'on ne (§oit/ sûr que toutes les causes de variation sont connues et que leurs effets sont dûment appréciés (3).
Ricardo, comme Ta dit justement Ingram, était appelé
(\) Letters of Ricardo, p. 127.
(2) Correspondance de Macvey Napier, p. 31-32, et Letters of D. Ricardo to John Ramsay Mac Culhck, édit. Hollander, p. 148.
(3) Letters to Malthus, édit. Bonar, p. 96.
à réussir dans des sujets tels que l'étude de la monnaie où n'entre aueun élément moral, et où les données sont relativement simples ; mais, dans les phénomènessociaux plus complexes, Taudsfêe de ses déductions entraînait les plus graves dangers.
Le professeur Dunbar, dans sa remarquable étude sur l'usage des faits chez Ricardo, a distingué en lui deux hommes : c Quand il parlait devant une assemblée, ditil, Ricardo puisait largement dans sa vaste et profonde connaissance des faits de la vie, les utilisant pour illustrer, confirmer son argumentation ; mais dans ses Prm-cipes de r économie politique, les mêmes questions sont traitées avec une singulière exclusion de tout rapport avec le monde actuel qui l'enveloppe » {Harvard Quar^ terly Journal of Economies) .
C'est pour cela que Ricardo théoricien employait, & l'imitation de Bentham, son maître, des exemples hypothétiques pour appuyer son raisonnement. « Mon objet, dit Ricardo lui-même, fut d'élucider des principes, et, pour le faire, j'ai imaginé des cas rigoureux tels que je pusse marquer l'opération de ces principes, t».
C'est là aussi qu'est le secret de la concision extrême et de la séchet^esse d'un style dont il a parlé lui-même sans aucune indulgence et sans aucune illusion : « J'ai trop d'aptitude, dit-il, à comprimer (io crowd) une grande masse de matière difficile, dans un espace si rel^ serré, que je la rends incompréhensible pour la généralité des lecteurs. » M. Alfred Marshall attribue à cette habitude d'exprimer de grandes doctrines économiques en de courtes sentences, l'obscurité qui règne encore dans certaines thèses de Ricardo, telles, par exemple, que celle de la valeur (1).
(1) Alfred Marshall, Principles of EconomicSy I, p. 532.