‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 64 sur 220 · III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO 16i · texte numérisé non relu

III. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO 16i

ment des temps inégaux avant d'être portées au marché, mais cela ne doit pas invalider la doctrine elle-même. Je ne suis pas satisfait de l'exposition que j'ai donnée des principes qui règlent la valeur. Je voudrais qu'une plume plus expérimentée Tentreprît. La faute n'est pas dans l'inaptitude de la doctrine à rendre compte de toutes les di facultés, mais dans l'inaptitude de celui qui a tenté de les résoudre (1). »

li y revient avec la même sollicitude dans d'autres lettres à Mac Gulloch: du 2 mai 1820 (2) et surtout du 13 juin 1820: « 11 faut confesser que ce sujet de la valeur est hérissé de difficultés. Je serais très heureux si vous réussissiez à les dissiper et à établir pour nous une mesure de la valeur qui échappe aux objections qui ont été dirigées contre toutes celles proposées jusqu'ici. Je pense parfois que si j'avais à réécrire le chapitre de la valeur dans un livre, je reconnaîtrais que la valeur re* lative des marchandises est réglée par deux causes au lieu de l'être par une seule, à savoir : par la quantité relative de travail nécessaire pour produire les marchandises en question, et par le taux des profits pour le temps pendant lequel le capital reste dormant, et jusqu'à ce que les marchandises soient conduites au marché (3). »

Au moment où il va se décidel* à publier la troisième édition qui paraîtra en mars 1821^ il écrit à Malthus, le 4 septembre 1820 (4) : <l La doctrine est moins exposée aux objections quand elle est employée non à mesurer

{{) Edit. HoU., p. 48.

(2) Edit. Hoil., p. 65.

(3) Edit. Holl., p. 71.

(4) Letters of D. Ricardo to T. R. Malthus, LXXIIl, p. 176, édit. Bonar.

Denis IL 11

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la valeur absolue des marchandises comparées, mais les variations qui prennent place de temps en temps dans la valeur relative, A quelles causes, j'entends à quelles causes permanentes^ ces variations peuvent-elles être attribuées ? A deux et à deux seulement, Tune insignifiante dans ses effets, la hausse ou la baisse des salaires, ou, ce que je considère comme la même chose, la hausse ou la baisse des profits ; — l'autre, d'une importance im-^ menscj la plus ou moins grande quantité de travail qui peut être nécessaire pour produire les marchandises. De la première cause, il ne peut résulter de grands effets parce que les profits eux-mêmes ne constituent qu'une petite portion du prix, et aucune grande addition ou déduction ne peut être faite à leur égard ; à Tautre cause, aucune limite vraiment définie ne peut être assignée, car la quantité de travail nécessaire pour produire les marchandises peut varier du simple au double ou au triple. »

11 est impossible de mieux rendre la pensée de Ricardo qu'en traduisant Tune de ses lettres à Mac Culloch (13 juin 1820).

(( Toutes les marchandises qui ont une valeur sont produites par le travail. Le travail consacré à fabriquer une machine à vapeur peut être le même en quantité et exercice pendant un temps aussi long que le travail consacré à faire une pièce d'ameublement : conséquemment, la machine à vapeur et le meuble devraient avoir la même valeur. Le tapissier vend son meuble à la fin de l'année pour 1000 liv. La machine à vapeur vaut, elle aussi, 1000 livres, mais elle n'est pas vendue, elle est employée l'année suivante comme capital. Si les profits sont de 10 0/0, indépendamment de la quantité de travail et de capital circulant que le propriétaire de la ma-

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chine doit employer, et dans laquelle il est de pair avec le tapissier, il doit aussi avoir replacé sa machine à vapeur à la fin de Tannée dans les mêmes conditions d'efficacité primitive, et grever ses produits de 100 liv. pour le profit des 1000 liv. de capital employées comme capilai fixe. S'il faut deux ans avant quHl puisse recevoir la contre*partie du travail accompli par la machine à vapeur, il faut qu'il recueille 100 liv. pour le profit de la première année, et 110 liv. pour la seconde, et cela est iotalement indépendant de la quantité de travail ac^ iuellement accumulée dans la marchandise conduite au marché. Et maintenant, si j'emploie des machines dont je n'aurai aucun rapport avant deux ans, à la fin de la deuxième année, ma machine et mes produits réunis doivent avoir une valeur égale à celle de tout le travail employé à les produire, outre le profit accumulé du capital qui a été sans rapport pour moi dans l'intervalle. Mais le même résultat se fût produit si j'avais employé du capital circulant uniquement, et que je n'eusse pas porté mes marchandises au marché avant deux ans. A la fin de la deuxième année, la marchandise n'eût pas seulemait valu tout le travail appliqué à la produire, mais aussi les profits accumulés pour le temps pendant lequel un capital aurait été ainsi employé. Strictement parlant, les quantités relatives de travail appliquées aux marchandises règlent leur valeur relative, quand rien que du travail ne leur est appliqué et cela pendant des temps égaux. Quand les temps sont inégaux^ les quantités relatives de travail qui leur sont appliquées sont toujours Vêlement essentiel qui règle leur valeur relative : mais ce n'est pas Vêlement unique, car, outre leur compensation pour le travail, le prix de la marchandise doit aussi compenser la longueur du temps écoulé avant

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qu'elle puisse être portée au marché. Toutes les excep- / tions à la règle géoérale se reportent sur cette exception de temps et, comme il y a une variété de cas dans lesquels le temps d'achever un produit peut différer, il est difficile de fixer une marchandise quelconque qui puisse, à proprement parler, être choisie comme une mesure générale de la valeur, même si nous pouvons surmonter les dlfQcultés d'en rencontrer une qui réclame toujours la même quantité de travail pour être produite. Les deux extrêmes nous apparaissent toujours ceux-ci : Tun, c'est le cas où la marchandise est produite sans délai, par le travail seulement, sans Y intervention du capital ; l'autre, c'est le cas oii elle résulte d'une grande quantité de capital fixe, contient très peu de travail et ne peut être produite sans un délai considérable. La moyenne entre ces deux extrêmes est peut-être le cas le mieux adapté à la masse générale des marchandises. Les marchandises qui sont d'un côté de cette moyenne s'élèveraient relativement à elle en valeur, avec une élévation du prix du travail et une baisse du taux des profits, et celles qui seraient de l'autre côté de la moyenne diminueraient de valeur sous l'empire des mêmes causes. M. Malthus a tiré avantage de ce défaut dans ma mesure de la valeur, mais sa mesure à lui n'en est pas indemne, et n'a pas manqué, ce qui devait être justement, de le porter même au plus haut degré. En fait, M. Malthus n'a pas de mesure de la valeur. Tantôt il parle de la hausse ou de la baisse des marchandises et il veut dire la baisse ou la hausse de leur prix en argent ; tantôt il estime leur baisse et leur hausse par leur pouvoir de commander le travail et parfois même par leur valeur échangeable en blé. La mesure réelle de la valeur est elle-même variable^ et dans un degré non inférieur à la variabilité de la plupart

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des autres choses, et il parle de cette variabilité sans paraître avoir conscience qu'il montre par là môme combien sa mesure de la valeur est impropre à tout but utile. »

Rendons cette partie essentielle de la lettre saisissante en combinant les éléments de quelques-unes des hypothèses proposées par Ricardo dans sa première édition.

Admettons que la moyenne entre les deux extrêmes dont il vient de parler^ consiste dans Tégalité du capital fixe et du capital circulant appliqués à la production d'une marchandise A déterminée ; c*est relativement à la valeur de ce produit, considérée comme fixe, que s'exprimeront les variations de la valeur relative d'autres produits By C, dans la production desquels le capital fixe et le capital circulant présenteront des proportions différentes. Supposons que le produit B exige deux tiers de capital circulant et un tiers de capital fixe, tandis que le produit C exige deux tiers de capital fixe et un tiers de capital circulant. Dans les trois hypothèses, la durée du capital fixe est de dix ans, la somme totale des capitaux fixes et circulants est de 20.000 fr., exprimée en unités monétaires qui sont admises comme invariables d'après l'hypothèse fondamentale que nous avons indiquée.

Supposons maintenant, ainsi que le réclame la lettre, que le taux des profits s'abaisse graduellement de 10 0/0 à 5, 4, 3 0/0.

En calculant les sommes nécessaires pour reconstituer les capitaux engagés dans la production, et assurer les profits au même taux dans chacun des cas comparés, on obtient comme expression de la valeur du produit annuel :

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Désignation

Tânx da profit

lOO/o

Marchandise A . • .

Exprimons, dans chacun des cas, la valeur du produit A par 100.

Marchandise A

Nous aurons pour B

» pour G

C'est-à-dire qu'avec l'abaissement du taux des profits. Tune des marchandises (B), qui se trouve du côté de la moyenne où prédomine le capital circulant, tend à augmenter de valeur relative^ tandis que celle (C) qui se trouve du côté de la prépondérance du capitalGxe, tend à diminuer de valeur relativement à A.

L'amplitude maxima des variations dans les deux cas B et C est 50 0/0 de la valeur moyenne. On pourrait y joindre deux de ces hypothèses extrêmes dans lesquelles s'est complu d'abord Tesprit de Ricardo : celle dans laquelle le capital est exclusivement circulant et payé en salaires et, par conséquent, où il n'y a que du travail actuel et direct (D), celle dans laquelle le capital est exclusivement fixe et où il n'y a que du travail passé dans la production (E), car cette dernière hypothèse a été développée par Uicardo lui-même, et on a vu cette chose plaisante que Constancio, le traducteur de la première édition, n'a pas voulu y croire, car il fait disparaître le membre de phrase qui rend la pensée de Ricardo. Celui-

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