III. — - LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE RIGARDO
ci suppose, en effet une machine qui produit chaque année une certaine quantité de marchandises sans aucun travail quelconque, without any labour whatever (1) ; Gonstancio a supprimé ces mots et Ricardo est devenu inintelligible.
Nous obtiendrons comme valeur du produit relativement à A :
Marchandise D 22000 £ 22000 £ 22000 £ 22000 £ » E 3254 2590 2465 2344
Dans ces cas extrêmes purement logiques, l'amplitude maxima des variations relatives de la valeur est de 100 0/0 de la valeur moyenne. Aux yeux de Ricardo, la réalité est bien loin de ces cas extrêmes, car^ à ses yeux, la masse des marchandises se rapproche de la moyenne entre ces deux extrêmes.
Dans ce mouvement relatif des valeurs d'échange, on n'a pas tenu compte jusqu'ici des variations de la valeur de la marchandise A, notre terme moyen, mais elle subit elle-même des changements de valeur absolue, avec rabaissement du taux des profits ; on peut s*en
(1) Voyez le texte primitif dans The First Six Chapters of David RicardOf édit. Ashley, p. 27. Gfr. la traduction de Gonstancio, l'* édit. — Voici le texte de Ricardo (édit. Ashley, 27) : « Suppose that an engine will last for a hundred years, and that its value is £ 20.000. Suppose too that this machine, without any labour whatever, could produce a certain quantity of commodities annuaUy and that profits were iO per cent... » Voici la traduction de Gonstancio [Principes de i* Economie politique et de l'Impôt^ Paris, Aillaud, 1819, 1, p. 45): c< Supposons que Ton construise une machine susceptible de durer cent ans, et qui vaille 20.000 £. Supposons encore qu'une telle machine fabrique une quantité déterminée d'articles, etc., etc ».
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rendre compte en admettant toujours Tinvariabilité de Tunité monétaire. Si nous représentons par 100 la valeur de chacune des cinq marchandises quand le taux des profits est de 10 0/0, on voit qu'elle s'abaisse d*autant plus que la proportion du capital fixe est plus grande.
Valeur des produits exprimés en une unité monétaire invariable.
Désignation
Quand le
profit est
Marchandise D
Seule la marchandise D, dans laquelle il n'y a que du travail actuel et immédiat, est immuable.
Comment maintenant réussirons-nous à concilier les termes dont Ricardo s'est servi lui-même, à maintenir que le travail est le fondement de la valeur, et à donner cette signification si atténuée au titre de la section 4, du chapitre i : ce principe est considérablement modifié par l'emploi des machines et autres capitaux fixes, qu'on en vienne jusqu'à déclarer à peu près insignifiante cette cause de variations ?
Il faut avant tout distinguer la valeur relative des marchandises, de leur valeur absolue. Leur valeur abso-
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lue est toujours donnée par la quantité de travail qui leur \ est incorporée; à un moment donnée dans un pays v donné, la quantité totale d*énergie physique et mentale incorporée au produit, exprime la quantité totale de valeur de ces produits* la limite même que leur valeur accumulée peut atteindre. C'est dans ces limites absolues que varie à ce moment la valeur d'échange, la t)aleur relative des différents produits. Nul mieux que Ricardo n'a montré que la valeur déchange est un rap^ fort, nul n'a mieux marqué à cet égard la différence entre la richesse et la valeur : les richesses sont caractérisées par la matérialité et Vutilité : la valeur d'échange exprime la quantité de Tune d'elles qui peut acquérir une quantité déterminée de l'autre. On conçoit que toutes les richesses se multiplient en même temps ; on ne conçoit pas, une quantité totale de richesses étant donnée, que toutes les valeurs de ces richesses s'élèvent en même temps; si la valeur relative de Tune augmente,^ la valeur relative de l'autre diminue ; et toutes ces variations sont contenues dans les limites inflexibles de la quantité de travail utile incorporée à ce moment à la masse des richesses échangeables. Voilà la trame sur laquelle Ricardo tisse les variations de la valeur relative indépendantes du travail, et c'est ce qui explique sa persistance à donner le travail comme fondement de la valeur.
Cela posé, il s'agit d'expliquer comment il semble tantôt étendre considérablement, tantôt ramener à une insignifiante amplitude ces variations de la valeur d'échange.
Toutes se ramènent aux inégalités de durée de l'emploi du capital, dans la formation des produits échangés. Les inégalités dans les capitaux fixes et circulants se ra-
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mènent à cette expression du temps (f emploi ; le capital fixe diffère, d'après Ricardo, du capital circulant, les capitaux fixes diffèrent entre eux par leur durée. / A côté des proportions inégales des capitaux fixes et il circulants employés dans la production, Ricardo compte lies inégalités de durée des capitaux fixes eux-mêmes; ainsi le temps d'emploi du capital est l'élément différent t iiel dans lequel se résout Tinégalité de valeur relative. En revenant à nos données numériques, nous voyons tout d'abord que si nous représentons, aux différents taux d'intérêt, par 100, la valeur des produits exigeant en proportions égales le capital fixe et le capital circulant, les autres produits employant les uns les trois quarts de capital fixe, les autres les trois quarts de capital circulant^ ont toujours dans tous les cas une valeur totale égale à 200 ; c'est là ce qui rend palpable que la quantité totale d'énergie employée à la production est la , limite de la valeur totale, et ensuite que la valeur ellemême n'est qu'un rapport.
Il est aisé, à l'aide* des mêmes chiffres, de répondre à la seconde question. Quand Ricardo parle en pur logicien, il admet et doit admettre que l'accumulation des capitaux modifie considérablement la valeur relative des marchandises^ parce que, en pur logicien» il doit admettre des cas extrêmes comme ceux-ci : des marchandises produites exclusivement avec du capital fixe, et des marchandises n'exigeant que du capital circulant.
Mais ces cas extrêmes n'ont rien qui y corresponde dans la réalité, et quand Ricardo se dégage de l'étreinte d'une logique sans frein, il a une vision toute différente de la réalité : il admet, en effet, on l'a vu dans sa lettre, que la masse des marchandises se rapproche de la moyenne entre les deux extrêmes ; ce qui
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veut dire que dans le cours de l'évolution économique^ Famplitude des variations de la valeur relative, sous Tempire de Taccumulation des capitaux, tendra indéfiniment à se réduire. C'est ainsi que cette action apparaît comme insignifiante; c'est ainsi que l'œuvre de Ricardo prend des significations diiïérentes selon que Ton considère en lui le pur dialecticien, ou l'interprète de l'évolution capitaliste.
Telle est, je pense, ramenée à ses traits généraux, la conception dynamique de la valeur qui subsiste après la prodigieuse élaboration de Ricardo. N'est-il pas vrai de dire que le lien avec Adam Smith s'est consolidé et que, dans le cours de l'histoire^ c'est la cause fondamentale, le travail, qui, aux yeux de Ricardo, prédomine finalement ?
§ 6. La loi dynamique hypothétique de la répartition des richesses. — Dans les derniers temps de sa vie, Ricardo eut la pensée de séparer de la théorie de la valeur^ l'exposé de la loi dynamique de la répartition des richesses.
On lit, en effet, dans une lettre à Mac Guiloch, du 13 juin 1820^ ce passage décisif :
« Après tout, la grande question de la rente, des sa* laires et des profits doit être élucidée par les proportions dans lesquelles le produit total est partagé entre les pro^ priétaires, les capitalistes et les travailleurs^ et qui ne sont pas essentiellement liées à la doctrine de la valeur.
» En se débarrassant de la rente, ce que l'on peut faire en considérant le produit en blé obtenu avec la dernière portion de capital employée, toutes les marchandises produites par le travail dans les manufactures, la distribution entre le capitaliste et le travailleur devient un objet beaucoup plus simple à considérer. Plus grande
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9ur la portion du produit du travail attribué au travailleur, plus faible sur le taux des profits» et vice versa. Cette portion doit essentiellement dépendre de la faculté de produire les subsistances nécessaires aux travailleurs {the necessaries). Si la facilité est grande, une petite proportion de toute marchandise résultant du x^ concours de capital et de travail sera suffisante pour approvisionner le travailleur des denrées nécessaires^ et conséquemment les profits seront élevés. J'estime que la vérité de cette doctrine est absolument démontrable »(1).
Si Uicardo avait réalisé sa pensée, ce qu'il ne tenta jamais, l'économie de son livre eût été complètement modifiée. Il eût sans doute commencé par l'exposé de la loi du rendement décroissant de la terre et par la théorie de la rente en nature ; il eût alors déduit des lois physico-psychiques fondamentales qui dominent son œuvre, la loi des variations successives des parts du capital et du travail dans le produit ne donnant pas de rente ; enfin, il eût repris cette évolution d'une manière synthétique, en exposant suivant quelles proportions le partage s'accomplit successivement entre le propriétaire, le capitaliste, le travailleur. La théorie de la valeur fût venue ensuite. Il ne nous appartient pas de modifier le plan effectif du maître ; mais, pour éclairer Tœuvre même de Ricardo, nous avons le droit de nous placer dans Thypothèse absolue où l'opération de la loi du rendement décroissant ne serait troublée par aucune cause seconde, et d* exposer successivement les lois de proportions dans le partage en nature et dans le partage en valeur.
Pour Ricardo comme pour Mallhus, la force impulsive ultime c'est la pression de la population. Sous l'in-
(1) Letters of Ricardo io Mac Culloch, édit. Hollander, p. 72.