III. — LA DTNAMIQUB ÉCONOMiQUâ DB RICARDO
admettre, est le grand régulateur des salaires du tra« vail (1). ï>
C'est dans la production agricole qu'il puisera directement les exemples hypothétiques propres à justifier sa thèse : «c II m'apparaît à moi que la difficulté de nous procurer le blé nécessaire et les dépenses Jj relatives, W règlent la demande des produits du capital, car la demande doit essentiellement dépendre du prix auquel il peut être livré et les prix de toutes les marchandises doivent s'accroître si le prix du blé augmente.
« Le capitaliste qui peut trouver nécessaire d'employer cent jours de travail au lieu de cinquante pour produire une certaine quantité de blé, ne peut retenir la même part pour lui-même, à moins que les travailleurs qui sont employés pendant ces cent jours ne se contentent de la même quantité de blé pour leur subsistance que les ouvriers employés antérieurement pendant cinquante jours. Si vous supposez le prix du blé doublé, le capital à employer, estinyé en argent, doublera lui aussi ou à peu près, ou en tout cas augmentera considérablement, et si son revenu en argent doit provenir pour lui de la vente du blé qui lui reste, après avoir acquitté les frais de production, comment est-il possible de concevoir que le taux des profits ne diminue pas? (2). » Nous pouvons essayer de rendre ici la pensée de Ricardo à l'aide de chiffres et, en opposant ces deux cas hypothétiques extrêmes, exprimer cette décroissance de productivité du travail.
(1) Letters of Ricardo to Malthus, éd. Bonar^ p. 34.
(2) Letters of Ricardo to Malthus, 25 juillet 1814, éd. Bonar, p.
Denis II. 13
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C'est par la hausse du prix du blé qae tous les profits sont réglés d'après les proflts agricoles. « Si le prix du blé demeurait bas, les salaires en argent ne s'élèveraient pas et les profits généraux ne s'abaisseraient pas (1) ».
« Je vous accorde, écrit-il encore à Malthus (2), que lorsque le capital est rare comparativement aux moyens de remployer, de quelque cause que cela vienne, les profils seront élevés ; mais que cela se présente d'une manière temporaire ou permanente, cela dépendra du caractère temporaire ou permanent des causes qui opèrent. Il est très important d'établir quelles sont les causes qui rendent le capital rare relativement aux moyens de l'employer, et cela établi, comment elles peuvent être considérées comme temporaires ou permanentes.
a C'est dans cette recherche que je suis conduit à penser que l'état de la culture du sol est presque la seule grande cause permanente. Il y a d'autres circonstances qui s'accompagnent d'effets temporaires de plus ou
(1) Letters of Ricardo to Malthus, 17 mars 18i5, éd. Bonar, p. 69.
(2) Utlers of Ricardo to Malthus, 16 sept. 1814, éd. Bonar, p. 43.
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moins de durée et qui fréquemment opèrent partiellement sur des industries particulières. L'état de production du sol comparé avec les moyens nécessaires pour le faire produire, opère sur toutes les industries et il est seul permanent dans ses effets. »
Il faut rapprocher de cette remarquable lettre celle du 28 décembre 1814, qui la complète : « Je me suis efforcé de vous amener à admettre que les profits du capital employé dans les manufactures et le commerce sont rarement abaissés ou élevés d'une manière permanente pour aucune autre cause que le bon marché ou la cherté des denrées nécessaires, ou de toutes les marchandises dans lesquelles les salaires du travail sont dépensés. L'accumulation du capital tend à abaisser les profits. "A Pourquoi? Parce que toute accumulation s'accompagne d'une difficulté plus grande d'obtenir la nourriture, à ^"-/ moins qu'elle ne s'accompagne d'améliorations agricoles, l auquel cas il n'y a pas tendance à la baisse des profits. ^ S'il n'y avait pas de difficulté croissante, les profits ne tomberaient jamais, parce qu'il n^y a pas d'autres limites à une production profitable des manufactures que la hausse des salaires. Si, avec toute accumulation du capital, nous pouvions rattacher une pièce de terre fertile à notre tie, les profits ne s'abaisseraient jamais. J'admets en même temps que le commerce ou les machines peuvent produire l'abondance et le bon marché des marchandises, et s'ils affectent le prix de ces marchandises que consomme le travailleur, ils élèveront dans cette mesure les profits ; mais alors il sera vrai de dire que moins de capital sera appliqué au sol, car les salaires de travail forment une partie de ce capital (i). »
(i) Ed. Bonar, p. 51.
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La théorie fondamentale se résume tout entière.dans ce passage d'une lettre postérieure de deux ans : a Tout ce que je veux soutenir, c'est que les proQts dépendent des salaires, les salaires, dans les circonstances ordinaires, du prix de la nourriture et des denrées nécessaires {7iecessaries),ei le prix de la nourriture et des denrées nécessaires, de la fertilité de la dernière terre mise L en culture (1). »
(( Deux causes opposées, écrit- il encore à Malthus, influencent le prix du travail, Tune c'est l'élévation du prix de quelques-unes des choses contre lesquelles s'échange le salaire, l'autre c'est la diminution des jouissances que le travailleur a le pouvoir de commander» Vous pensez que ces deux causes peuvent se balancer, ou plutôt que la seconde prévaut. Je pense au contraire que la première est la plus puissante dans ses effets. Il me faudrait écrire un livre pour vous convaincre (2). >
C'est ainsi que reparait sans cesse cette loi du rendement décroissant de la terre qui donne à l'évolution de la répartition le caractère d'un antagonisme croissant entre les intérêts, et qui, par la réduction graduelle du taux des profits^ soulève aussi dans les sociétés capitalistes le problème des variations de la valeur relative des marchandises, donnant ainsi une empreinte ineffaçable à l'histoire tout entière ; c'est ainsi que les énergies morales, dans la société actuelle, même dans la société future que fait entrevoir le pessimisme deRicardo, ne parviennent pas à contenir l'action de la cause physicochimique en abandonnant la population à sa marche
(1) Letters of Ricardo to Malthus, il octobre 1816, p. 122.
(2) Letters of Ricardo to MalthuSf 10 janvier 1816, éd. Bonar, p.