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latioQs du commerce, a dit Ricardo ; et là où il peut être établi clairement et d'une manière satisfaisante, nous ne saurions où nous arrêter si nous admettions quelque autre règle d'action. » (1) L'intérêt des nations se résoud dans la somme des intérêts des individus qui les^ composent. < Le premier point à considérer est : quel est Tintérèt des nations dans le cas supposé ? Le second : quelle est leur pratique ? Il est évident que je n'ai pas à être trop inquiet de ce second point : il suffit pour le but que je poursuis que je puisse clairement démontrer que l'intérêt du public est tel que je Tai établi : ce ne serait pas me répondre, que me dire que les hommes ignorent le moyen le meilleur et le moins onéreux de conduire leurs affaires et de payer leurs dettes, parce que c'est une question de fait, non de science^ et que l'objection pourrait être élevée contre toute proposition d'économie politique, d (2) Tout Ricardo est dans cet extrait d'une lettre à Malthus. Les causes modificatrices des causes générales n'intéressent que la pratique : il les écarte dans la théorie. L'action de ce facteur psychologique est à ce point sûre et efficace qu'il suffît non seulement à expliquer le commerce entre nations, mais à régulariser le mouvement international des métau;c précieux.
« J'admets que les nations dans leurs transactions commerciales sont si portées vers leur avantage et leur profit, particulièrement dans l'état actuel si avancé de division du travail et d'abondance de capital, qu'en fait la monnaie ne se déplace jamais que lorsque c'est avan-
(i) HiGARDO, Appendixto High Price of Bullion. (2) Letters of Ricardo to Malthus, édit. Bonar, 22 octobre 1811, p. 18.
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tageux ponr le pays qui l'envoie et pour celui qui la reçoit. » On verra pluB loin que Tintérèt national «'identifie ici avec l'intérêt personne. Mais Tintéfét personnel n'agira pas dans les mêmes conditions qu'à Tintérieur du pays, et par là différera profondément la théorie de la valeur relative des marchandises entre nations, de la théorie de la valeur à rinlérieur d'un pays. Aux yeux de Ricardo, la mobilité du travail et du capital à Tintérieur d'un pays permet d'en rechercher toujours Temploi le plus profitable : les profits des divers emplois du capital ne différent que dans la mesure où ils sont sûrs et agréables. Les produits s'échangent dès lors selon la quantité de travail qu'ils ont coûtée : il n'en est pas de même de pays à pays, à raison des obstacles qui s'opposent à leur déplacement, et qui, entravant l'opération de la concurrence^ empêchent la réalisation de l'équilibre des valeurs suivant les quantités de travail ; Kicardo signale lui-même la crainte bien ou mal fondée de voir s'anéantir au dehors un capital dont le propriétaire n'est plus le mattre absolu, et la répugnance naturelle que tout homme éprouve à quitter sa patrie et ses amis ; il souhaite même que ces sentiments ne s'affaiblissent pas. (1) Halévy a heureusement réuni sous le nom de solidarité nationale ces mobiles nouveaux. (2) Seulement il serait excessif de dire que la théorie des échanges entre nations est tout entière fondée sur elle : le mobile égoïste est toujours l'artisan de Tordre économique, mais son action est profondément modifiée par cette solidarité nationale, et les obstacles à la concurrence qu'elle entraîne, et la valeur entre nations ne sera plus
(1) Rtgardo, Œuvres, édit. GuiUaamin, p. 108.
(2) E. Halévy, Le radicalisme philosophique, III, p. 22.
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déterminée par les quantités respectives de travail. De là, dans Tordre logique, la première thèse de Ricardo : < Le même principe qui règle la valeur relative des choses | dans un pays, ne règle pas celle des articles échangés entre deux ou plusieurs pays. » (t)
Catrnes a insisté sur ce point, que la théorie de Ricardo n* exige pas qu'il y ait impossibilité pour le capital et le travail de circuler entre nations, il sufQt que cette circulation soit entravée essentiellement et généralement, substantially and ffenerally{2).
C'est à la discipline inflexible de l'égalité des sacriRces, du travail incorporé au produit, que la concurrence illimitée à Tintérieur d'un pays soumet les intérêts individuels. Soustraits à la rigueur de cette action régulatrice, dans les échanges internationaux, ils seront sollicités par leur plus grand avantage, et Fégalité des sacrifices marquera la limite extrême au delà de laquelle l'intérêt personnel sera déterminé aux échanges, c'est-à-dire que le commerce international n'apparaîtra que si d'un côté et de l'autre, tout échangiste peut obtenir du dehors pour le même sacrifice plus de richesse et d'utilité qu'au dedans. La loi qui régit le commerce international d'après Ricardo ne serait pas autre, en apparence, que celle que Condillac appliquait indifféremment au commerce intérieur et au commerce extérieur : « Il est faux que dans les échanges, on donne valeur égale pour valeur égale ; au contraire, chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande, i» (3) Mais Condillac
(1) Ricardo, Principes^ ch. vu. OEuvres^ éd. Guillaumin, p. i05.
(2) Gaibnes, Some Leading Principles of Political Economy^ p. 363.
(3) Condillac, le Commerce et le Gouvernement, éd. Guillaumin,
confondait la richesse avec la valeur, ce que distinguait avec soin Ricardo : chacun des échangistes internationaux acquiert pour la môme somme plus de richesses* mais toutes choses égales, la somme des valeurs, donnée par le travail, reste à l'intérieur de chaque nation limitée comme elle Tétait au moment de rechange : de là, cette seconde thèse de Ricardo : « Le commerce extérieur, quelle que soit son importance, ne saurait augmenter tout à coup les valeurs nationales, quoiquMl contribue puissamment à accroître la masse des choses utiles, et par conséquent celle des jouissances. » (1)
On peut simplifier l'exposition de ces thèses en admettant que le commerce ne s'étende qu'à deux nations et n'embrasse que deux marchandises. C'est la méthode, conforme au génie de Ricardo, à laquelle ont recouru depuis, J. Stuart Mill, Gairnes, Gherbuliez, Bastable, Lorini. En partant des données irréductibles, réduites par l'analyse à la plus grande simplicité possible, on reconstitue systématiquement, par l'introduction successive d'éléments nouveaux, la complexité des échanges effectifs ; J. S. Mill et récemment Bastable ont donné de belles illustrations de l'emploi de l'hypothèse dont Condillac avait été le remarquable inslaurateur.
Supposez avec eux deux Etats A et B et deux marchandises : X Qiy. Dans l'Etat A, les marchandises x et y s'échangent dans les rapports de 10 x contre 20 y : c'est-à-dire, d'après Ricardo, qu'à ce rapport correspondent des quantités égales de travail. Dans TËtat B, les mômes marchandises x eiy s'échangent dans le rapport
(1) Ricardo, Principes, ch. vu. Œuvres, édit. Guillaurain, p. 100. Malthus confirme cette thèse au moins temporairement. Y. Mal- THUs, Principes, éd. Guillaumin, p. 347.