IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DE RICARDO
nous pas perdues, si l'esprit humain s'était lassé dans la recherche passionnée de la vérité ! A plus forte raison, faut-ilfpoursuivre les recherches dans la branche du savoir humain qui touche d^aussi près au bonheur même de l'humanité.
Quelque étranger que puisse au premier abord paraître l'objet des recherches, il n'en est pas un seul qui n'ait une certaine influence sur la pratique, et si la complexité des causes empêche de prévoir le résultat, encore est-il qu'il est nécessaire que la science puisse signaler les cas où les recherches sont ainsi limitées par la nature de leur objet.
Par un enchaînement naturel, Malthus, en restituant une complexité causale aux phénomènes économiques, les présente comme plus profondément modifiables^ et dès lors toute l'action régulatrice de TËtat, qui n'a pas de raison d'être aux yeux de l'économiste absorbé, comme Ricardo, par la considération exclusive des causes générales, redevient un objet de préoccupation pour lui.
« Si le grand principe soutenu avec un talent si éminent par Adam Smith, dit-il, est vrai; si, comme il le prétend, la meilleure manière d'accroître la richesse et la prospérité se réduit à laisser faire, dans ce cas, la tâche du gouvernement, en matière d'économie politique, pourrait paraître fort simple et aisée. i> Mais ce n'est pas ainsi qu'elle lui apparaîtra à lui, car à ses yeux non seulement tous les objets compris dans la sphère des attributions du souverain par toutes les écoles sont livrés à la controverse^ mais la législation relative à l'agriculture, aux manufactures, au commerce, le système des impôts^ leur influence sur Tindustrie, le bonheur des particuliers, tout dépend de la connaissance exacte des lois qui régissent les phénomènes économiques ; aussi aboutit-il à
ceite conclusion remarquable surtout pour l'époque: a 11 est donc évidemment impossible qu'aucun gouvernement puisse laisser suivre aux choses leur cours naturel : et celui qui conseillerait un tel système sans y mettre des restrictions et des exceptions, décréditerait infailliblement les principes généraux, en les rendant absolument inapplicables dans la pratique. »
Cette conclusion de Malthus contre le laisser faire absolu est du plus haut intérêt, elle est d'une rigoureuse logique : le laisser faire n'est que la déduction pratique des lois des phénomènes économiques considérés comme ne subissant aucune influence perturbatrice^ dans leur opération^ c'est-à-dire qu'il est la formule pratique des théories abstraites qui n'exposent que l'opération des causes simples, et qu'il est condamné dès lors, qu'avec la complexité des causes, apparaît la diversité, lamodificabilité des résultats.
Complexité des causes, difficulté de prévoir les résultats, diversité des résultats selon la multiplicité des causes, possibilité et légitimité d'une intervention plus ou moins étendue du gouveruement, tout se lie dans sa pensée, et la conséquence nalurelle de cette conception nouvelle des phénomènes économiques, est de proposer à la science comme objet suprême non plus la richesse, maiâ l'homme lui-même, ou la richesse dans ses rapports avec rhomme. Voilà ce qui est contenu, si modérées d'ailleurs que soient les tendances de Malthus, dans l'introduction des Principes. Après avoir appliqué à peu près exclusivement la méthode déductive dans la 1^ édition du Principe de la population, 1798, après avoir étendu dans les éditions postérieures de plus en plus ses vérifications inductives, il affirme avec une netteté et une fermeté remarquables, dans ses Principes, la nécessité de