IV. — LA. STATIQUE ÉCONOMIQUE ÙV, RICARDO
faire une place croissante aux recherches inductives.
Malthus applique successivement à la théorie de la valeur, à la rente foncière, au salaire et au profit, ce principe de lai pluralilé des causes qu'il oppose d'une manière constante à la simplicité des causes de Ricardo.
11 faut rapprocher des considérations de Malthus sur la méthode, l'admirable livre de Cairnes, Logical method of PoUlical Economt/y et son essai sur le laisser faire dont la condamnation est précisément puisée dans ce que Cairnes appelle le caractère hypothétique des lois économiques, hypothétique en ce sens qu'elles sont conçues par Tesprit, abstraction faite des cansos perturbatrices qui se manifestent dans la réalité, et modifient Taotion de la cause générale qu'elles expriment.
Cependant s'il est vrai que l'œuvre de Malthus appar> tienne à la direction scientifique dont Sismondi sera à la même époque le plus audacieux représentant, il s'éloigne de lui sur des points d*une telle importance dans ^l'histoire des idées, qu'il est légitime de dire qu'avec Sismondi apparaît une conception nouvelle de l'Economie politique. Malthus repousse systématiquement le vœu de Sismondi : « de voir intervenir fréquemment le gouvernement dans le but de protéger des individus et des classes entières de la société contre les suites de la coacurrence. » Pendant que Sismondi considère la division des classes sociales comme la cause profonde des perturbations de l'ordre économique, et que son œuvre tout entière tend à en opérer le rapprochement et la fusion, par une action positive de l'Etat, par la solidarité contrainte, Malthus ne s'élève à aucun type de société supérieure à la société qu'il a sous les yeux ; plus encore, il recourt à la politique et à l'histoire pour justifier une aristocratie qui trouve sa condamnation dans les prin-
cipes économiques (1). C'est pourquoi, d'après lui, l a {onction, toute négative de i'Ëtat, consiste à dégager de toute influence contraire la prudence individuelle, et à laisser peser sur le travailleur tous les efl'ets d'un régime de concurrence inégale et sans frein. Là reparait dans toute sa netteté Tunité de Ricardo et de Malthus ; là aussi Sismondi ouvre un horizon nouveau à la pensée . La Renie foncière et le Droit économique. — La théorie moderne de la rente foncière, c'est-à-dire de cette portion du produit du sol qui reste après le prélèvement des dépenses et des profits ordinaires de la culture, est due au progrès de la relativité des conceptions de la fertilité naturelle et de la productivité acquise des terres. Les Physiocrates avaient caractérisé l'agriculture par le produit net d*une manière générale, ils ne l'avaient conçue que relativement à l'industrie : James Andersen considéra les terres dans leur fertilité inégale, l'inégalité de leur produit net relativement aux mêmes applications de travail, et il en déduisit la théorie statique de la rente ; il ne reconnaissait pas, il méconnaissait même les effets inégaux d'applications successives de travail et de capital à la terre ; Edouard West et Malthus, en même temps, mirent en lumière la loi du rendement décroissant et l'ordre historique d'occupation des terres qui s'y lie; depuis Malthus, les avantages de situation furent assimilés à ceux de fertilité (2), et avec ces nouveaux rapports^la. dynamique de la rente put se constituer.
(i) Malthus, Principes (T économie politique, éd. GuiUaumin, p. 323.
(2) Remarqué par Gabby, Principles of PoliticalEconomy, part.I, Philadelphia, 1837,. 159. — Cf. Malthus, Principes, édit. Guiliaumain, p. 132.