‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 9 sur 220 · LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET · texte numérisé non relu

LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET

place sa société idéale dans le passée tantôt il en fait une conception abstraite sans existence historique antérieure, un véritable archétype des sociétés, selon le mot de Quesnay.

Il est certain que les projets de réformes applicables à la Corse par exemple, et qui ont été retrouvés en 1882, montrent que J.-J. Rousseau avait foi dans rétablissemeiiL déûnitifde l'égalité.

La pensée de Mably a paru aussi hésitante. Dans son traité De la Législation ou principe des lois^ il est certain qu'il considère la communauté comme l'état le plus complètement adapté à une nature humaine à ses yeux uniforme et constante à toutes les époques ; elle eut pu se constituer dès l'origine, et il n'a que des conjectures sur l'apparition delà propriété (I). 11 considère que des obstacles inconcevables s'opposent au rétablissement de l'égalité (eh. iv), mais lui aussi ne s'abandonne que par échappée à son pessimisme, Lichtenberger et moi-môme nous avoirs signalé des retours de l'espérance.

tiodwin ifa pas d'hésitation, il transporte résolument la société naturelle ou idéale dans l'avenir, et son œuvre bien comprise correspondra à celle de Saint-Simon dont la formule exprime si admirablement ce déplacement, cette transposition de l'idéal : l'âge d'or qu'une aveugle tradition a placé derrière nous est devant nous.

Ce déplacement de l'idéal prépare la philosophie de lliistoire, et révèle qu'aux yeux de Godwin, il ne sera plus vrai que l'inégalité, comme l'avait dit dans une œuvre de pessimisme J.-J. Rousseau, tire sa force et son accrois^ sèment du développement de nos facultés et des progrès de r esprit humain (2). Au contraire, c'est sur la perfeclibi-

({) Mably, Œuvres^ édit. de l'an III, tome IX, p. 70. (2j Discours sur Torigine de rinégalité.

lité de l'esprit humain que Godwin s'appuie pour faire triompher l'égalité, et pendant qu'il dénonce l'impuissance et les crimes des gouvernements, il s'applique à prouver que cette impuissance et ces crimes ne dérivent pas nécessairement de la nature humaine, et que celle-ci au contraire est indéfiniment perfectible. Il y a dans le livre de Godwin un chapitre sur les Révolutions, dans lequel il marque bien que les progrès de la science sont le gage même des progrès de la civilisation et de l'égalito

La politique est une science, «iit-il : les buts généraux de la nature humaine peuvent Ctre compris, et on peut déterminer les modes les mieux adaptés à la condition de l'homme en société. Si ce mode ne pouvait partout et inslantanément être traduit dans la pratique, les modifications qu'il y aurait lieu d'adopleren conformité de la diversité des circonstances, et le degré dans lequel elles devraient s'accomplir, seraient encore des objets de recherches scientifiques. — u 11 est évidemment de la nature de la science d'être progressive. Combien différent était l'état de Taslronomie avant qu'elle reçût le degré de perfection que nous devons à Newton; combien imparfaits étaient les bégaiements de la science de l'intelligence, avant qu'elle atteignît la précision que lui ont donnée dans ce siècle Hume, Hartley, Rousseau et Helvétius : La science politique est, sans aucun doute, dans son enfance, tt comme c'est atfaire de vie et d'action, elle exerce, en proportion de ses progrès en vigueur, une influence plus uniforme et moins précaire, sur les conditions de l'homme en société » (1). C'est cet effort non seulement pour faire de la politique une science,

(1) PolUical Justice, II, 275.

Page 1