‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 8 sur 220 · I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCKT · texte numérisé non relu

I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCKT

cerlain qu'il affirme par là même la subordination définitive de la politique mobile et changeante à la morale naturelle invariable. M. Halévy. dans un beau livre SUT V Evolution de la morale utilitaire, a dit justement que Godwin a fondé sur sa critique du droit, la conception radicale d'une société sans gouvernement, en l'empruntant directement de son aveu à Thomas Paine (1). Kllese confondrait avec la conception de l'ordre naturel des Physiocrates et d'Adam Smith, si cet ordre était conscient chez tous les membres de la société et voulu d'une manière constante par eux ; elle est mieux entrevue par Mably parce que son hypothèse de la communauté égalitaire est exclusive du déchaînement des passions, qui exige l'intervention et le frein des gouvernements (2). Elle reparaîtra, lumineuse, avec Henri de Saint-Simon dans l'opposition du régime gouvernemental et féodal, et d'un régime administratif et

industriel (3).

Elle sera aussi nettement conçue par l'école de Ch, Fourier qui opposera la constitution de l'association et l'harmonie des intérêts à toute l'ancienne politique (4). Elle atteindra sa forme la plus radicale et la plus netl^

(1) EuB Halévy, L'Evolution de la doctrine utilitaire, p. 73. V. Goow...Pditical Justice. 2'édit.. I, p. 123, et Thomas P.ine

(2)« Serait.ce un si grand malheur quune société eut uae constitution assez sage pour que ses magistrats, libres de tout soin et de toute inquiétude, n'eussent r.en à faire? » Mabl. De la législation et principes des lois, Œuvres, ed.t. delan III, .x, D 86 Cf Doutes sur l'Ordre naturel des sociétés politiques.

(3) SAUNi-SmoN, œuvres choisies, Bruxelles, 18:59, II, p. 36« et suiv. Voir les admirables extraits de rOrsamsadon.

(4) V Considérant, DcbdcJe de /a poHag«e«n France. Pans, 1836. Petit cours de Politique et d'Economie sociale, Paris. 1847. Ecrits très profonds.

dans l'œuvre de Proudhoa, avec la substitution du principe du contrat à celui du gouvernement dans l'organisation sociale (1).

Dans une note du tome II, livre V, chapitre xv, page 123> de son livre, Godwin rappelle que J.-J. Rousseau a été le premier à enseigner que les imperfections des gouvernements ont été les sources uniques et perma- ^ nentes des vices du genre humain. Il l'approuve pour avoir dit que le gouvernement, même réformé, assurerait peu d'avantages solides au genre humain. Il est manifeste pour tout lecteur impartial que le discours de J.-J. Rousseau sur VOrigine de rinégalitt parmi les hommes, est comme la trame sur laquelle Godwin a tissé son vaste ouvrage. Cependant il se sépare de son maître, par un côté important, et qui rattache son œuvre à une phase plus avancée de l'évolution de la pensée humaine. • Godwin reproche dans le môme passage, à Rousseau, d'avoir fait de l'état sauvage comme l'état naturel et propre de l'homme. Nous savons aujourd'hui par une critique plus profonde et plus juste, telle que celle de Lichtenberger (2), que l'état de nature n'est pour Rousseau qu'une hypothèse analogue à celle de la statue de Gondillac, et qu'il exprime seulement ce qu'il y a de constant et d'irréductible dans la nature humaine, les principes qui dirigeraient sa conduite, si leur opération n'était troublée ou altérée par les institutions historiques.

Seulement il est certain que la pensée de J.-J. Rousseau a paru souvent flottante ; tantôt il semble qu'il

(1) La plus complète expression de la pensée de Proudhon est dans Vidée géiérale de la Révolution au xix« siècle, Paris, 1851, IV» étude.

(2) LicuTKNBBRGBR, le Socialismc au xviu* siècle, p. 140.

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