‹ Histoire des temps modernesChapitre 147 sur 311 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

était venu, à Terre-Neuve seulement, 150 navires français, U envoya Ghamplain, gentilhomme de Saintonge, fonder, au Canada, en 1604, Port-Royal (aujourd’hui Annapolis), et plus tard (1608) Québec, sur le fleuve Saint-Laurent. Le nom de ce marin est resté à un des grands lacs du pays; mais le pays lui-même n’est plus à nous, quoiqu’il ait gardé notre langue et les douces souvenances de la mère patrie. Henri songea même à créer une compagnie des Indes, capable de rivaliser avec celles qui se formaient en Angleterre et en Hollande : il n’eut pas le temps de réaliser ce projet ; mais il signa avec la Turquie un traité où il était dit que toutes les nations chrétiennes pourraient commercer librement dans le Levant sous la bannière et la protection de la France et sous les ordres des consuls français. Ce pavillon était le seul qui fût respecté sur les côtes barbaresques.

On voit encore çà et là, sur nos collines, quelques vieux ormes que les paysans appellent Rosnis. Ce sont les vestiges des routes tracées par Sully, qui savait bien que le pays le plus fertile reste pauvre si la viabilité y £st mauvaise. Les plans de tous les grands canaux dont la France a été plus tard sillonnée furent conçus alors. Un seul put être exécuté, celui de Briare qui part de la Loire à Briare et joint la Seine à Moret, à 9 kilomètres de Fontainebleau. C’est l’exemple le plus ancien d’un canal avec écluses réunissant deux versants différents. Sa longueiu est de 55 kilomètres, sa pente de 117 mètres rachetés par 40 écluses.

Les légions provinciales de François 1" et de Henri II n’avaient pas été complètement détruites ; il en était resté des compagnies dont on fit des régiments. Il n’y avait que 4 de ces régiments en 1595, commandés par des mestres de camp; Henri les porta à 11, Louis XIII à 30. Mais l’habitude de solder des troupes étrangères subsista. La cavalerie continuait d’être dans une proportion exagérée, la noblesse ne voulant servir que là. La maison militaire du roi formait un corps d’élite. L’artillerie, entre les mains de Sully, prit une telle importance, que son grand maître fut compris au nombre des grands officiers de la couronne. Depuis 1572, défense était faite à tout seigneur d’avoir du canon en son château,

sans permission expresse du roi. Sully établit le payement mensuel de la solde qui n’était auparavant délivrée que deux ou quatre fois par ;an. Le surintendant des fortifications date de 1598, celui des vivres de 1597. C’étaient deux grands services qui jusqu’alors allaient à l’aventure et qu’on régularisait. Sully veillait de près sur eux; il fit réparer nombre de forteresses et remplir les arsenaux que la guerre civile avait vidés. Enfin Henri IV eut l’idée, que Louis XIV réalisa si magnifiquement , d’assurer un asile aux vieux soldats , mais son hôpital de la Charité, rue de Lourcine, ne lui survécut pas.

La sollicitude de Henri IV pour la prospérité de la France lui avait acquis un légitime popularité. On oubliait ses faiblesses, pour ne voir que le roi qui promettait au soldat invalide un asile, au paysan la poule au pot tous les dimanches. Mais si le peuple le bénissait , il n’en était pas de même de certains partis et de certains hommes que sa grande politique blessait profondément. La faveur de Gabrielle d’Estrées, qu’il fit duchesse de Beaufort, celle de Henriette d’Entraigues, qu’il créa marquise de Verneuil, des promesses oubliées, des services rendus au roi de Navarre et que le roi de France ne pouvait pas payer , faisaient murmurer les uns et poussaient les autres jusqu’aux complots.

La plus célèbre de ces conspirations fut celle du maréchal de Biron. L’étranger y mit aussi la main. Le duc de Savoie ne se consolait pas d’avoir perdu la Bresse ; l’Espagne, d’avoir subi tant d’humiliations. Ils essayèrent de se venger en poussant à la révolte les seigneurs français qui , ayant vu le roi si pauvre gentilhomme, n’obéissaient qu’à regret. L’habile mais orgueilleux Biron était au premier rang de ceux qui trouvaient trop lourd le joug du roi et de la loi. Une première fois, en 1600, Henri pardonna, et il eût pardonné une seconde, si Biron eût consenti à faire les aveux qu’il lui demandait. Irrité de son obstination et voulant donner à la noblesse un de ces exemples que Richelieu multipliera, il laissa exécuter la sentence. Biron fut décapité (1602). Un autre ancien ami du roi, le duc de Bouillon, était impliqué dans ce complot, mais il s’enfuit à temps. Le père et le frère de la mar-

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quise de Verneail intriguèrent encore, en 1604, avec l’Espagne, et furent condamnés à mort. La marquise obtint une commutation de peine.

Ainsi l’Espagne ne pouvant plus faire la guerre, tramait des complots. Elle avait raison de craindre , car la puissance de cette maison d’Autriche, maîtresse de tant de pays et si fortement appuyée sur l’Europe catholique, était l’objet continuel des méditations de Henri IV. La détruire était son rêve ; mais ce rêve s’ennoblissait par son but, l’établissement dans l’Europe d’un système politique qui mît sous la garantie de toutes les puissances et l’indépendance des religions et celle des nationalités. 11 voulait chasser la maison d’Autriche des Pays-Bas, de l’Italie et de l’Allemagne; faire de la Hongrie, accrue des provinces autrichiennes , un puissant royaume capable de tenir tête aux Turcs, si on ne venait pas à bout de les reléguer en Asie, donner la Lombardie au duc de Sayoie, la Sicile à Venise ; constituer la partie péninsulaire de l’Italie en un seul État ayant le pape pour chef. Gênes et Florence, avec les petites seigneuries voisines, en une république ; en former une autre aux Pays-Bas, étendre la confédération suisse au Tyrol, et laisser l’Allemagne en empire électif. L’Europe alors avec scs six royaumes héréditaires : France , Espagne, Angleterre, Suède, Danemarck et Lombardie; avec ses cinq dominations électives: Pologne, Hongrie, Bohème, Empire et papauté; avec ses quatre républiques: Venise, Gènes et Florence, Suisse, Pays-Bas, eût composé elle-même une grande république ayant un conseil suprême de députés de tous les États, qui aurait été chaîné de prévenir les injustices et les collisions. Le règne du droit aurait remplacé celui de la force. Ce projet était l’application d’un grand principe, le respect des nationalités ; en preuve du désintéressement de ses vues, Henri, dan^ ce grand remaniement de l’Europe, ne demandait rien pour la France , rien du moins qu’il ne parût légitime de lui accorder. « Je veux bien, disait-il, que la langue espagnole demeure à l’Espagnol, l’allemande à l’Allemand, mais toute la française doit être à moi. > Et il avait jeté les yeux sur la Savoie que son duc laisserait en prenant la Lombardie, sur la Lorraine dont il voulait fi^cer l’héritière au

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dauphin, sur la Belgique et la Franche-Comté qui n’avaient nulle raison d’élre à l'Espagne.

Il n’espérait sans doute pas accomplir toutes ces choses ; mais, pour en exécuter une partie, il comptait sur l’alliance de l’Angleterre , dont la reine Élisabeth vécut, jusqu’à sa mort (1603), ‘dans la meilleure intelligence avec la France; sur le duc de Savoie à quijil offrait les 15 000 hommes de Lesdiguières, déjà campés dans le Dauphiné, ne lui demandant, en retour, que de se tailler un royaume dans la Lombardie espagnole ; sur les protestants des Pays-Bas qu’il soutenait contre les Espagnols ; sur ceux d’Allemagne , qui formaient alors V Union évangélique^ et dont un des principaux chefs, Maurice, landgrave de Hesse , vint conférer avec lui. Il avait des intelligences jusque parmi les populations mauresques de l’Espagne, alors sous la terreur de l’inquisition. Le duc de Clëves et Juliers venaient de mourir « laissant tout le monde sans héritier. > Protestants et catholiques se disputaient déjà cette riche succession ; c’était un prétexte pour intervenir et commencer la guerre , que la haine croissante des deux partis religieux dans l’Empire rendait inévitable. Les préparatifs les plus redoutables étaients faits, et 40 000 hommes s’avançaient vers les frontières de la Champagne , avec une artillerie formidable, lorsque le héros que tous attendaient fut assassiné par un fanatique, Ravaillac, le 14 mai 1610.

Sans aimer les arts comme François I", Henri H et Charles IX, Henri IV comprenait ce qu’ils jettent d’éclat sur un règne. Il ajouta deux pavillons aux Tuileries, et voulut continuer jusqu’à ce château la grande galerie du Louvre, en passant au travers des remparts de la ville , pour ne point se trouver enfermé dans son palais, un jour d’émeute, comme Henri III avait failli l’être. Il n’eut pas le temps d’achever ce naagnihque travail. Son architecte Androuet Ducerceau, fut assez bien inspiré cette fois pour suivre les premiers plans. Il termina aussi la façade de l’hôtel de ville, dont les fondements avaient été jetés sous François I**', et le Pont-Neuf commencé sous Henri lU. En 1604 fut posée la première pierre de la place Royale oîi apparaît le mélange de la brique, de la pierre et de l'ardoise, genre renouvelé de l’an-

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