CHAPITRE XVI
lions (le rentes, réduit l’impôt de 30 à 26 millions, dont 22 entraient nets à l’épargne, employé kO millions aux fortifications ou aux travaux publics , assuré le service de l’année * courante, et amassé une réserve de 20 millions.
L’économie ménage la richesse et ne la crée pas. Henri IV et Sully la demandèrent à l’agriculture, au commerce, à l’industrie. Henri IV portait également ses vues sur ces trois sources de la fortune publique ; Sully était plus exclusif en faveur de l’agriculture ; « Labourage et pâturage, a-t-il écrit dans ses Économies royales, sont les deux mamelles qui nourrissent la France. » Il parcourut deux fois les provinces (1596 et 1598), afîo d’étu(ber par lui-même les besoins du pays, et il fit rendre la grande ordonnance de 1600, qui remit au peuple l’arriéré des tailles, 20 millions (aujourd’hui 73), et réduisit l’impôt foncier de 1 800 000 livres. En 1596, il avait renouvelé l’ancienne défense de saisir pour dettes publiques ou privées la personne des laboureurs, leurs instruments ou bestiaux de labour ; de sévères ordonnances portèrent la peine de mort contre tous gens de guerre qui couraient les champs, contre quiconque serait trouvé muni d’armes sans être employé au service du roi ou gentilhomme. Enfin, en 1601, Sully permit l’exportation des grains, mesure hardie pour l’époque et bien entendue qui devait enrichir le pays loin do l’affamer. Il favorisa le dessèchement des marais. Toute terre conquise sur les eaux devint terre noble, c’est-à-dire non taillable. On vit se former ainsi tout un canton de Médoc appelé Petite Flandre, à cause du grand nombre d’ouvriers flamands qui furent chargés de ces travaux sous la direction du Brabançon Bradley, le maître des digues. Un gentilhomme protestant du Languedoc, Olivier dé Serre, a mérité d’être appelé le père de l'agriculture française, par les préceptes qu’il traça dans son Théâtre de l'agriculture et son Ménage des champs, qu’il pratiquait lui-même dans ime espèce de ferme-modèle.
Sully disait, comme Pline, que les travaux des champs font les bons soldats, ex agricuUura strenuissimi milites. Le brave gentilhomme craignait que l’industrie ne désaccoutumât les Français de cette vie active, au grand air, qui donne force et santé, et qu’à vivre enfermée dans les manuJfactures la popu-
lation ne dégénérât. 11 s’opposait anssi à l’importation des cultures et des industries étrangères, dans l’idée que Dieu avait donné à chaque pays abondance et disette de certaines choses « afin que, par le commerce et trafic de ces choses..., la fréquentation, conversation et société humaine soient entretenues entre les nations. » Henri IV pensait autrement : il s’efforça de propager en France la culture du mûrier et l’élève des vers à soie. Les Tuileries, l’emplacement des Tournelles (place royale) furent plantés de mûriers ; il voulait qu’il y en eût une pépinière dans chaque élection, et il commença par les généralités de Paris, d’Orléans et de Tours, où de nombreuses magnaneries s’élevèrent, pour affranchir la France du tribut qu’elle payait depuis si longtemps à l’Italie en achat de soies. Semblable intention se révèle dans la fondation de manufactures de crêpe fin de Bologne, de fil d’or, façon de Milan, dont il entrait en France chaque année pour 1 200 000 écus ; de tapisseries de haute lisse, de cuir doré, de verreries, de cristaux, de glaces, de toiles façon de Hollande, etc. C’était un meilleur moyen de retenir l’or dans le royaume que les prohibitions par lesquelles Sully voulait en arrêter la sortie. En 1 604, le roi convoqua une assemblée de commerce. On y proposa entre autres choses une réformation générale des corps de métiers, et la fondation de haras pour éviter à la France la nécessité d’acheter des chevaux de guerre à l’Allemagrie, à l’Espagne, à la Turquie, à l’Angleterre.
La marine militaire, développée par François I", était retombée si bas que le cardinal d’Ossat écrivait en 1596, à Villeroy ; « Les plus petits princes d’Italie encore que la plupart d’eux n’aient qu’un poulce de mer chacun , ont néantmoins chacun des galères en son arsenal naval; et un grand royaume flanqué de deux mers quasi tout de son long n’a pas de quoy se défendre par mer contre les pirates et corsaires, tant s’en faut contre les princes. » D’Ossat révélait en même temps l’importance du port de Toulon. Sully n’avait point de répugnance pour la marine, mais les colonies lointaines l’effrayaient. Les vues de Henri IV allaient plus loin que celles de son ministre ; pour encourager le commerce avec l’Amé rique du Nord qui s’accroissait à ce point que, en 1578, ij
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