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CHAPITRE XVII

comme une étrangère, crut nécessaire de donnerà son autorité une sorte de sanction légale. Elle s’adressa au parlement de Paris. Le roi était mort le 14 mai ; dès le lendemain, le parlement, sur la sommation menaçante du duc d’Êpernon, déféra la régence à Marie de Médicis (1610). Bornée de cœur et d’esprit, la veuve de Henri IV était complètement incapable de continuer l’œuvre que ce grand roi avait entreprise : au dehors, après quelques instants d’hésitation qui valurent aux protestants d’Allemagne le secours d’une armée française pour prendre Juliers, elle abandonna tous les projets de son mari ; au dedans, elle renvoya l’intègre Sully dans ses terres et accorda toute sa faveur à un aventurier florentin, Goncini, qui se fit marquis d’ Ancre, puis maréchal de France. En quelques années, il amassa une fortune de 8 millions.

Henri IV avait ramené les grands à l’obéissance par son énergie et surtout par son habileté. Il s’était tenu au-dessus des partis pour les dominer. Lui mort, ils reparurent avec leurs intérêts et leurs passions. Les protestants étaient mécontents de la disgrâce de Sully; mais, tout en prenant à Saumur des mesures de défense, ils disaient : « Nous avons pour notre conscience toute la liberté que nous devons désirer, et nous ne voulons pas, à l’appétit de quelques factieux, abandonner nos femmes et nos maisons. > Pour le moment, ils laissaient donc les chefs de l’aristocratie, Gondé, les deux Vendôme, Longueville, Mayenne et l’intrigant duc de Bouillon, prendre les armes contre la cour, publier des manifestes où ils réclamaient le soulagement des misères du peuple. Ge mouvement, sans but et sans motif, n’avait d’autre cause que la faiblesse du gouvernement. Goncini servait de prétexte. Il fut accepté par les grands dès qu’il paya leur adhésion. Par le traité de Sainte-Menehould, il donne k tous de l’argent, des dignités. Le prince de Gondé reçut 450000 livres en espèces; le duc de Mayenne 300 000, four se marier; M. de Longueville 100 000 livres de pension, etc. L’épargne que Henri IV avait laissée dans les caves de la Bastille fut entamée. De 3 millions, le chiffre des pensions s’éleva à près de 6. Mais la cour ne paya pas cette année les rentiers de l’hôtel de ville (1614).

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Pour colorer leur rébellion et déguiser leur cupidité, les grands avaient demandé la convocation des états généraux. L’assemblée se réunit cinq mois après la paix de Sainte- Menehould (27 mai 1614). Le tiers état fut remarquable par son intelligence des besoins du pays, et trouva dans Robert Miron un éloquent interprète. Unissant le patriotisme au bon sens et à l’amour de l’ordre, le tiers demandait que l’inviolabilité de la personne royale et l’indépendance de la couronne vis-à-vis du saint-siège fussent proclamées, et > réclamait en même temps la publicité des affaires de finances, l’abolition des pensions que le trésor payait aux deux autres ordres, une plus juste répartition des charges publiques entre les citoyens, l’extension de la taille aux ordres privilégiés, etc. Ou rejeta la première proposition comme téméraire, la seconde « parce que les finances sont le nerf de l’État, et que les nerfs sont cachés sous la peau...; » les autres comme autant d’attentats contre la noblesse et le clergé. En vain Robert Miron présenta au roi le tableau des misères publiques et les moyens d’y remédier. « Si Votre Majesté n’y pourvoit, dit-il, il est à craindre que le désespoir ne fasse connaître au peuple que le soldat n’est autre chose qu’un paysan portant les armes, et que, quand le vigneron aura pris l’arquebuse, d’enclume il ne devienne marteau. » Mais la noblesse montra les dispositions les plus hautaines ; de vives et tristes altercations eurent lieu entre les ordres. La cour profita de ces rivavalités pour ne rien accorder, et, après avoir fatigué les députés par des lenteurs calculées, on prétendit avoir besoin de la salle des séances pour donner un ballet, et on ferma leur lieu de réunion (24 mars 1615). Les députés, du reste, avaient plutôt l’instinct que le sentiment de leur rôle. Aucune protestation ne s’éleva. Ce furent les derniers états généraux avant ceux de 1789.

Le prince de Condé s’était trop bien trouvé de sa première révolte pour ne pas en tenter une seconde (1615). U réussit à obtenir, par le traité de Loudun, pour lui-même,

I 500 000 livres, pour ses amis à proportion (1616). Toute la cour se pressait autour de lui ; il sembla un instant le véritable roi de France. Goncini, poussé à bout et conseillé depuis

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