‹ Histoire des temps modernesChapitre 151 sur 311 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

quelque temps par Richelieu, alors évêque de Luçon et aumônier de la reine, eut enfin le courage de faire mettre le prince à la Bastille. Cette mesure provoqua de la part des grands une révolte ; il leur opposa trois armées ; mais le roi se mit du côté des mécontents, et conspira avec son favori, Albert de Luynes, contre le favori de sa mère.

Ce nouveau venu, déjà âgé de 38 ans, était fils d’un officier de fortune ; il avait acquis par son habileté à dresser des piesgrièches les bonnes grâces du prince qui le prit pour confident ; de Luynes représenta au roi qu’il était en âge de régner, et qu’il était honteux, à 1 5 ans, de se laisser mener comme un enfant. Louis fit appeler le capitaine des gardes, Vitry, et lui donna l’ordre d’arrêter le maréchal d’Ancre, en recommandant de le tuer s’il résistait. Vitry s’empressa d’obéir, et, comme Concini tirait son épée pour la rendre, il le renversa mort d’un coup de pistolet. Le corps du malheureux servit de jouet à une populace furieuse. Sa femme, Léonora Galigaï, fut accusée de sorcellerie. On lui demandait par quels sortilèges elle avait acquis tant d’empire sur la reine mère. « Par l’ascendant, répondit-elle, qu’un esprit supérieur a sur une âme faible !» On ne la condamna pas moins à être brûlée vive (1617).

Louis Xin croyait sortir de tutelle ; mais de Luynes remplaça Concini. Marie de Médicis, avec l’aide des seigneurs que naguère elle combattait, essaya de le renverser, et se trouva heureuse, après une courte guerre, d’obtenir le gouvernement d’Angers (1619). Une seconde tentative, faite l’année suivante, ne réussit pas mieux. Richelieu, son premier aumônier, obtint cependant la confirmation du précédent traité (1620).

Les protestants étaient restés en dehors de toutes ces intrigues, grâce aux conseils patriotiques de Duplessis-Mornay et à la prudence de Sully. Mais, à côté de ces illustres chefs, s’élevait l’influence rivîde d’un jeune homme aussi brave qu’éloquent et actif, le duc de Rohan. Le rétablissement de la religion catholique en Béarn, et surtout l'injonction faite aux réformés béarnais de rendre les biens ecclésiastiques dont ils s’étaient emparés, excitèrent l’indignation du parti huguenot.

LOUIS XIU ET RICHELIEU

La voix de Sully et de Moraay fut méconnue, et, dans l’assemblée de la Rochelle, on décréta une prise d’armes générale. Les protestants songeaient à fonder, dans les marais de l’Aunis, une Hollande française, dont la Rochelle serait l’Amsterdam. Leurs 806 églises formaient 16 provinces. Sur le refus du duc de Bouillon, Rohan obtint le commandement suprême.

De Luynes, qui s’était créé connétable, vint mettre le siège devant Montauban ; mais il échoua et fut enlevé par une fièvre maligne (1621). Le roi réussit l’année suivante à chasser Soubise de l’ile de Ré et à prendre Sainte-Foi. Les protestants demandèrent la paix. Le traité de Montpellier, confirmatif de l’édit de Nantes, leur accorda pour villes de sûreté la Rochelle et Montauban , mais leur interdit de tenir aucune réunion politique sans l’autorisation du roi (1622).

Rlekellen abaisse les protestants et la haute noblesse ' (a«t4-t04*).

Marie de Médicis avait repris son ancienne influence : elle lit entrer dans le ministère son conseiller habituel, l’évêque de Luçon, pour qui elle avait obtenu, en 1622, le chapeau de cardinal. Dès qu’il parut au conseil, il efiFaça tous ses collègues. Sa volonté ne connaissait pas plus d’obstacles que son esprit ne connaissait de limites. Avide de pouvoir, mais pour accomplir de grandes choses, il prit immédiatement sur le roi im ascendant extraordinaire. Louis XIII avait assez d’intelligence pour concevoir la politique la plus haute, assez de vertu pour aimer le bien, et trop de paresse pour le réaliser. Il laissa faire Richelieu, et, sauf quelques instants de défaillance, le soutint, pendant 1 8 années, contre la haine des courtisans.

Le plan de Richelieu était grand et simple : à l’intérieur, abaisser la haute noblesse et imposer à tous la loi du roi ; réduire les protestants à n’être plus qu’une communion religieuse dissidente; au dehors, renverser la prépondérance de la maison d’Autriche, voilà le triple but qu’il poursuivit durant son glorieux ministère.

Au commencement, Richelieu s’avança trop. Il voulait eié-

Page 1