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CHAPITRE XIX

nobles, accusés d’avoir pris part au massacre de 1640, furent condamnés et exécutés. On exila 40 000 soldats ou officiers, on transporta en Amérique leurs femmes et leurs enfants. Cependant, malgré toutes ces saignées d’un côté, et l’arrivée continuelle des colons anglais et écossais de l’autre, il se trouva que la population catholique excédait la population protestante dans la proportion de 8 à 1 . On condamna à la confiscation totale les grands propriétaires de terres, à la confiscation des deux tiers tous ceux qui avaient porté les armes contre le parlement, et à celle d’un tiers ceux qui ne les avaient pas portées pour lui. Quant à ceux dont les biens réels et personnels ne s’élevaient pas à une valeur de 10 livres sterling, on leur offrit généreusement amnistie pleine et entière. La population irlandaise reçut l’ordre de se transplanter dans le Connaught avant le l*'mai 1654, et le premier venu eut le droit de tuer l’Irlandais qu’il rencontrerait sur la rive gauche du Shannon. L’Angleterre expie encore ces violences par la triste situation où l’Irlande est depuis deux siècles.

En Écosse, c’était Monk qui était l’exécuteur des hautes œuvres et du parlement et de Cromwell ; elle fut moins cruellement traitée ; elle conserva ses lois , ses croyances et même son existence nationale. Car le parlement fut renversé au moment où il allait accomplir l’union des deux peuples de la Grande-Bretagne, Cromwell abandonna ce projet.

Après un demi-siècle durant lequel l’Angleterre avait eu à peine plus de poids dans la politique européenne que Venise ou la Saxe, elle devint subitement une puissance redoutée. Cromwell traita d’égal à égal avec tous les souverains de l’Europe, vit son alliance mendiée par l’Espagne et recherchée par la France qui l’obtint (1655). Les Hollandais vaincus avaient été contraints de reconnaître la supériorité du pavillon anglais et de payer les frais de la guerre. Blake pénétra avec sa flotte dans la Méditerranée et châtia les Barbaresques. La Jamaïque fut enlevée à l’Espagne, ainsi que Dunkerque, après la victoire des Dunes' (1658), gagnée par Turenne et ses auxiliaires anglais ; et cette acquisition consola la nation de la perte de Calais. Enfin, il reprit le rôle d’Éüsabeth que les Stuarts avaient abandonné , celui de défenseur du parti

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protestant. « Toutes les églises réformées , éparses dans les royaumes catholiques romains, reconnurent Cromwell comme leur protecteur. Les huguenots du Languedoc, les bergers qui, dans les hameaux des Âlpes , professaient un protestantisme plus ancien que celui d’Augsbourg, furent à l’abri de l’oppression, grâce à la terreur qu’inspirait son grand nom. Le pape lui-même fut forcé de prêcher l’humanité et la modération aux princes papistes, car une voix qui menaçait rarement en vain avait déclaré que si les hommes de Dieu n’étaient pas favorablement traités, on entendrait retentir les canons anglais au château Saint- Ange. » (Macaulay.) « Cependant ce gouvernement, si actif sans témérité, si habile à flatteries passions nationales sans s’y asservir, qui au dehors faisait grandir son pays sans le compromettre, et maintenait l’ordre au dedans avec les soldats de la révolution, était obéi, craint, admiré, mais ne s’enracinait pas. Les anciens partis subsistaient toujours, comprimés mais vivaces, et ne renonçant ni à l’espérance ni à l’action. Dans le cours des cinq années de l’empire de Cromwell , quinze conspirations et insurrections, royalistes ou républicaines , mirent son gouvernement en alarme ou sa vie en danger. Rien, il est vrai, ne réussit contre lui; tous les complots furent déjoués et toutes les prises d’armes étouffées. Le pays ne s’y associait point et gardait son repos. Mais il ne croyait ni au droit ni à la durée de ce pouvoir toujours vainqueur. Au faîte de sa grandeur, Cromwell n’était, dans la pensée publique, qu’un maître irrésistible mais provisoire, sans rival mais sans avenir. » Il mourut le 3 septembre 1658, jour anniversaire de ses victoires de Dunbar et de Worcester; il était âgé de cinquante-cinq ans.

Son fils, Richard, lui succéda; mais U n’avait pas plus la force de gouverner qu’il n’en avait le désir. Les partis relevèrent la tête; Richard, au bout de quelques mois, abdiqua (1660). L’Angleterre tomba alors dans une profonde anarchie. Le parlement et l’armée se disputèrent le pouvoir. Cromwell avait laissé des lieutenants, mais point de successeur. Tous, excellents dans les rôles secondaires , étaient incapables d’oc-

4. GailOt, Discourt sur l’hitloire de la révolution d’Angleterre.

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