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CHAPITRE XIX

l’Angleterre, et qui est restée en vigueur jusqu’au 1" janvier 1850, enlevait auX Hollandais - les rouliers des mers, » comme fin les appelait, le monopole de la navigation, car leur commerce était presque exclusivement un commerce de commission. Les droits mis sur la pêche aux harengs, que les Hollandais venaient chercher près des côtes britanniques, achevèrent de brouiller les deux républiques. Les Hollandais réclamèrent ; ils ne purent obtenir même un simple délai, et le décret du parlement reçut une exécution immédiate. Ils armèrent pour protéger leur commerce. Les Anglais commencèrent aussitôt les hostilités, ne rêvant rien moins que l’annexion des Provinces-Unies. Ce projet chimérique échoua. Mais les flottes hollandaises furent malheureuses, malgré le génie de Tromp et de Ruyter. L’amiral anglais, Blake, se plaça au niveau de ces illustres marins. Il vainquit de Witt et Ruyter au nord-est de Douvres, le 8 octobre 1652; cinq mois après Tromp, qui avait arboré au grand mât de son vaisseau un immense balai en signe qu’il allait balayer l’Océan, eut le dessous dans une action qui se continua pendant trois journées dans toute la longueur de la Manche. Au commencement de 1654, les deux républiques, redoutant l’influence de la maison d’Orange, qui venait de s’unir par mariage à celle des Stuarts, conclurent la paix.

Ce furent les dernières victoires remportées sous les auspices de la république : Cromwell venait de se faire nommer protecteur, après avoir dissous le parlement.

Le parlement avait préparé sa chute en se décimant luimême ; il ne représentait plus la nation, mais un parti. Les mécontents, et c’était à peu près tout le monde, désiraient un pouvoir fort, moins d’intrigues, plus de probité. Il y avait précisément un homme qui avait à la fois sauvé la bberté par ses victoires contre les royalistes, et l’ordre social en écrasant les niveleurs : c’était Olivier Cromwell, Nul n’avait montré autant d’art à suivre, sans la devancer, l’opinion dominante, il était sûr de l’armée, séduisait le peuple par sa piété, et comptait même sur les royalistes qui aimaient mieux voir l’autorité souveraine usurpée par un homme que de la voir exercée par la nation. Le parlement allait rendre un acte

pour se proroger ; Cromwell court à l’assemblée, et au moment du vote demande la parole. Selon sa coutume, il commence par des protestations de modestie et d’humUité; puis il s’anime, attaque amèrement les actes ; on l’interrompt. Alors, jetant le masque, il s’écrie : « Vous n’êtes pas un parlement. Dieu ne veut plus de vous. » Et, comme on murmure, il se tourne successivement vers chacun des députés : « Toi, dit-il, tu es un débauché; toi, un adultère; toi, un ivrogne; disparaissez, disparaissez, tous !» Et, à chaque apostrophe, il frappait du pied. C’était le signal convenu : des soldats entrent, font descendre les représentants de leurs sièges, et les poussent dehors. Quand la salle fut vide, Cromwell sortit, ferma la porte, mit la clef dans sa poche, et fit afficher le soir même cet écriteau ; MAISON A LOUER (30 avril 1653).

Cromwell composa alors un parlement qu’il déclara convoqué an nom du Saint-Esprit et qu’il fit dépositaire de l’autorité souveraine en son nom et au nom des officiers de l’armée. Les députés, gens honnêtes mais bornés, se prirent au sérieux et voulurent gouverner. On les força de se dissoudre. Le parlement Rareèone n’était pas plus heureux que le parlement Rump. Puisque l’armée ne voulait pas soufl'rir de pouvoir civil, c’était à elle d’organiser le gouvernement. Il était puéril et peut-être dangereux de prolonger plus longtemps l’hypocrisie. Cromwell se fit proclamer lord protecteur (26 décembre 1653). On lui donna l’autorité souveraine : il était roi, moins le nom.

Cromwell continua en Irlande l’œuvre du parlement. Ireton, son gendre et son successeur dans le commandement des troupes, n’avait pas rencontré de résistance sérieuse, grâce aux dissensions des ennemis, et s’était rendu maître des trois quarts de l’ile (1652). Clanricarde, chef des rebelles, après le départ du duc d’Ormond , proposa une capitulation générale ; mais Ludlow, investi du commandement par la mort prématurée d’Ireton, refusa de négocier. Il recommença la guerre avec une nouvelle énergie et contraignit les divers chefs de la révolte à faire séparément leur soumission. Au milieu de l’année 1652, l’Irlande tout entière était au pouvoir des Anglais. On la traita avec une horrible cruauté. Beaucoup de

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