‹ Histoire des temps modernesChapitre 18 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

femme du monde, » disait son père Louis XI, dont elle avait les bonnes qualités sans les mauvaises. Une réaction violente éclata contre la politique du feu roi, et les plus compromis de ses ministres, Olivier le Diable, Daniel, Jean Doyat, en furent victimes. Mais les grands voulaient mieux encore, l’annulation des principaux actes de Louis XI. C’est dans cet espoir qu’ils demandèrent la convocation des états généraux.

Ils l’obtinrent, mais les députés, surtout ceux du tiers, ne voulurent point servir d’instruments aux rancunes féodales. Il y eut des discours très-hardis; on lit encore avec étonnement celui d’un noble, Philippe Pot, seigneur de la Roche, sur les obligations des princes et les droits des peuples. Les états laissèrent à Anne de Beaujeu la plénitude du pouvoir, en lui laissant la garde de la personne du roi, sur l’esprit duquel elle exerçait une grande influence, et qui, étant majeur, avait ou plutôt lui laissait la plénitude de l’autorité royale.

Ils instituèrent un conseil de gouvernement que devaient présider, en l’absence du roi, le duc d’Orléans et, à son défaut, le duc de Bourbon et le sire de Beaujeu. La dame de Beaujeu n’était pas même nommée dans cet acte; le duc d’Orléans, au contraire, demeurait le chef ostensible du gouvernement, et croyait l’être. Cependant la dame de Beaujeu, qui avaitaccoutumé son frère à lui obéir et à la craindre, en lui faisant présider le conseil, en écartait le duc d’Orléans ; et, en le faisant présider par son mari, simple baron de Beaujeu, elle en écartait le duc d’Alençon, le duc d’Angoulême et les autres princes du sang qui, plus qualifiés, ne voulaient pas siéger au-dessous de lui. Ainsi se trouva constitué, sans que personne l’eût prévu, ce que l’on appela le gouvernement de Madame, ce qui devait continuer le ferme et énergique gouvernement de Louis XI.

Le duc d’Orléans ne tarda pas à voir qu’il était joué. H recourut alors aux complots. Anne y mit un terme en digne fille de Louis XL Elle ordonna l’arrestation du prince. Il échappa, en se sauvant à toute bride, au moment où on allait le saisir, et prépara la guerre civile. Il attira dans son parti le duc de Bretagne, François II, fit alliance avec Maximilien, qui se re-

prochait les concessions du traité d’Arras, et sollicita même l’assistance du roi d’Angleterre, Richard III.

Anne de Beaujeu déjoua tout. Elle retint Richard III dans son royaume, en donnant des secours d’hommes et d’argent à son compétiteur, Henri de Richement qui devint bientôt le roi d’Angleterre Henri VH. Elle traita contre Maximilien avec les états de Flandre, agissant au nom de leur prince enfant, le duc Philippe d’Autriche; elle fit alliance avec la noblesse de Bretagne, soulevée contre Landais, le ministre détesté de François II. Landais fut saisi et pendu. Aussitôt la Trémoille court assiéger le duc d’Orléans dans Baugency, l’y prend, l’oblige à revenir à la cour promettre qu’il ne s’occupera plus que de ses plaisirs.

Mais Maximilien, nommé quelques mois après roi des Romains, c’est-à-dire héritier de la couronne impériale, rompt le traité d’Arrag. La ligue des princes se reforme, une vraie Ligue du bien public, comme vingt ans plus tôt. Anne n’avait pas commis les fautes de Louis XI. Il lui resta plus de ressources et elle en usa habilement. Pendant que Desquerdes arrête Maximilien dans l’Artois (1487) et y prend Saint-Omer et Térouanne, elle met à la tête d’une armée leste et dévouée le jeune roi, qui est tout joyeux de se voir à cheval, dans une belle armure; et l’on marche contre les confédérés du Midi. Partout les bourgeois s’arment contre les seigneurs, contre leurs garnisons; en quelques jours, « les besognes du Midi sont ordonnées. » Elle se retourne alors contre la Bretagne. La Trémoille y entre, avec les troupes françaises, au mois d’avril 1488, il s’empare de Châteaub riant, Ancenis, Fougères, et bat l’armée bretonne (2 7 juillet) à Saint-Aubin du Cormier. Le duc d’Orléans y fut pris. Au nord, les choses n’allaient pas moins bien. Les Flamands, soulevés contre Maximilien, chassaient de leur pays ses troupes allemandes, et l’obligeaient à signer une nouvelle convention sur la base du traité d’Arras de 1482. Ainsi la dame de Beaujeu triomphait de toutes les coalitions et gardait les conquêtes de son père. Elle y ajouta une grande province.

Le duc de Bretagne, François H, venait de mourir ; il n’y avait pas d’autre héritier que sa fille Anne. Il ne fallait pas

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