‹ Histoire des temps modernesChapitre 17 sur 311 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Comines, homme qui osât lever la tête contre lui, ni contredire à son vouloir.» Le duc ne laissait qu’une fille. Le roi tâcha de prendre et l’héritière et l’héritage. Il mit en avant un projet de mariage entre Marie de Bourgogne qui avait vingt ans, et le Dauphin qui en avait huit; mais, comptant peu sur une union si disproportionnée, il s’assura toujours d’une partie de la dot, en s’emparant sous divers prétextes de la Bourgogne, de la Picardie et de l’Artois. Marie, dépouillée, trahie par le roi, qui, en livrant aux Flamands une de ses lettres, amena la mort de ses deux conseillers, Hugonet et Humbercourt, se jeta dans les bras de l’Autriche. Elle épousa l’archiduc Maximilien : funeste mariage, d’où est sortie la monstrueuse puissance de Charles -Quint, et qui devint, pour les maisons de France et d’Autriche, la cause première d’une lutte deux fois séculaire. Cette lutte, à son origine sous Louis XI, n’eut pas la gravité qu’elle acquit plus tard. Elle ne fut marquée que par une bataille, celle de Guinegate, perdue par les Français (1479). Louis n’en réussit pas moins à incorporer définitivement au domaine royal la Bourgogne, la Picardie avec le Boulonnais, et obtint qu’on lui cédât en outre l’Artois et la Franche-Comté, comme dot de la fille de Maximilien, qui fut promise au Dauphin (traité d’Arras, 1482).

Il ne survécut guère à ce traité, couronnement de tout son règne. Retiré dans son inaccessible château de Plessis-lez- Tours, en proie aux remords et à de superstitieuses terreurs, il y lutta longtemps contre la mort. Il avait fait venir de Calabre le moine François de Paule, espérant que ses prières lui prolongeraient la vie, et s’était fait envoyer par le sultan Bajazet toutes les reliques trouvées à Constantinople. Les remèdes, les prières au ciel, la volonté de vivre furent inutiles. « Le tout n’y faisoit rien, dit Comines, et falloit qu’il passât par là où les autres sont passés. » Averti enfin par son médecin Coittier, qui lui avait extorqué en cinq mois 54 000 écus, qu’ü fallait mourir, il se résigna, fit venir le Dauphin, son fils, qui était élevé dans l’isolement au château d’Amboise, lui donna d’excellents conseils, comme on en donne toujours à cette heure, et la fameuse maxime : « Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner. » Il expira le 23 août -1483. Cette même

année naissaient Luther et Rabelais, deux autres représentants des temps nouveaux qui commençaient.

Ainsi, après vingt ans d’efforts, le roi avait vu « la maison de Bourgogne faible et impuissante; le duc de Bretagne hors d’état de rien entreprendre et tenu en bride par le grand nombre de gens de guerre qu’il avait sur la frontière ; l’Espagne en paix avec lui et en crainte de ses armes; l’Angleterre afi'ai- Iilie et troublée elle-même; l’Écosse absolmnent il lui; en Allemagne beaucoup d’alliés, et les Suisses aussi soumis que ses propres sujets. » Bossuet dit trop à l’égard des Suisses, qui n’étaient affectionnés au roi que parce qu’il semait beaucoup d’argent dans leur pays, mais il ne dit pas assez pour l’intérieur de la France. Aux quatre provinces gagnées sur la Bourgogne (le duché et le comté, avec le Gharolais et Auxerre, l’Artois, la Picardie avec le Boulonnais), il faut ajouter le Maine, la Provence et l’Anjou, qu’un testament lui avait donnés. Un procès lui avait valu le duché d’Alençon et le Perche; la mort de son frère, la Guyenne ; son intervention dans les affaires d’Espagne, le Roussillon et la Gerdagne. C’étaient onze provinces réunies au domaine de la couronne, sans compter le profit des exécutions de Saint-Pol, de Nemours et d’Axmagnac.

B avait institué les postes, multiplié les fôires et marchés, encouragé le commerce et l’industrie, et appelé en France les premiers imprimeurs.

« Louis XI, dit un de ses historiens, fut également célèbre par ses vices et par ses vertus, et tout mis en balance , o’était on roi.» La France lui doit beaucoup, mais elle n’a pu l’absoudre d’avoir cru que tous les moyens étaient bons pour arriver à un but utile.

ÎLe règne de Charles irni, Jusqu’à rexpéditlon d’italle («483-1494).

Le successeur de Louis XI était un enfant de treize ans et deux mois, majeur de par la loi, mais faible de corps et d’esprit, et destiné à rester longtemps en tutelle. Il était sous la garde de sa sœur aînée, Anne de Beaujeu, « la moins folle

TEMPS MODEUXES. 2

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