CHAPITRE III
suites plus graves : je veux parler des fiançailles de Catherine d’Aragon, fille de Ferdinand le Catholique, avec le fils aîné du roi, Arthur, et, après la mort prématurée de ce jeune prince, avec son second fils, qui fut depuis Henri VIII ; on verra le schisme d’Angleterre sortir de cette union. Henri Vil mourut en 1509.
Tel qu’il nous apparaît dans l’histoire, ce prince demeure bien au-dessous de ses deux célèbres contemporains Louis XI et Ferdinand le Catholique. Aussi cruel que le premier, aussi fourbe que le second, il n’eut point leur génie politique. Une avarice sordide rapetissa ou corrompit ses actes les plus habiles. Ainsi la loi pour l’abolition des maintenances était pour lui moins une grande mesure de gouvernement qu’un prétexte à contraventions et h amendes. Il extorquait de l’argent à ses sujets pour faire la guerre; il en recevait des étrangers pour faire la paix, comme lorsqu’il descendit en France, en 1492, et vendit à Charles VIII, par le traité d’Étaples, la retraite de l’armée anglaise au prix de 745 000 écus d'or. Il se faisait acheter les places de sa cour, même celles d’Église : il ne donnait d’évêchés qu’argent comptant, et vendait son pardon aux coupables. II recherchait avec soin quelles gens mouraient sans héritiers, et se saisissait de leurs biens par droit de déshérence, ce qui bien souvent avait encore lieu en face d’héritiers véritables. Ses ministres favoris, Empson, Dudley et le cardinal Morton, savaient tirer profit de tout, principalement de la justice. Un expédient de Morton pour obtenir de l’argent par béncvolence est resté célèbre. « Si tu dépenses beaucoup, disait- il, c’est que tu es riche, tu dois payer; si tu ne dépenses rien, c’est que tu fais des économies, paye encore. » Ce dilemme infernal s’appelait la fourche ou l’hameçon de Morton.
Ce règne inaugurait pour l’Angleterre un despotisme qm durera un siècle et demi ; c’est qu’au sortir de la guerre des deux Roses, la nation, fatiguée des stériles et sanglantes agitations des luttes intestines, se jeta avec ardeur dans les travaux pacifiques du commerce et de l’industrie. Voyant le gouvernement de Henri VII seconder cette tendance par les traités de commerce qu’il conclut, par les voyages de décou-
vertes qp’il fit entreprendre, elle ne lui demanda rien de plus, et oublia pour un temps son parlement et ses libertés. La question de la réforme, la lutte contre l’Espagne, toumè-
Chapelle de Henri VII.
rent encore d’un autre côté l’attention du peuple anglais. Mais après la tyrannie sanglante de Henri VIII, après la tyrannie glorieuse d’Élisabeth, et grâce aux progrès de la richesse