‹ Histoire des temps modernesChapitre 262 sur 311 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

prirent Pensacola, dans la Floride, et le comte de Grasse désola les Antilles anglaises. < Il a six pieds, disaient de lui nos marins, et six pieds un pouce les jours de bataille. » Ses victoires contribuèrent à celles que Washington, Rochambeau et La Fayette remportèrent sur le continent américain. Le 11 octobre 1781, ils forcèrent le général Gornwallis à capituler dans York-Town, avec 7000 hommes, 6 vaisseaux de guerre et 50 bâtiments marchands. C’était la seconde armée anglaise qui, dans cette guerre, était faite prisonnière. Ce fait d’armes fut décisif pour l’indépendance américaine. Les Anglais, qui occupaient encore New-York, Savannah, Charlestow'n, ne firent plus que s’y défendre. En même temps le marquis de Rouillé leur enlevait Saint-Eustache ; le duc de Grillon, Minorque ; et Suffren, un de nos plus grands hommes de mer, envoyé aux Indes orientales pour sauver les colonies hollandaises, y gagnait quatre victoires navales (février- septembre 1782). Déjà il formait, avec Haïder-Ali, sultan de Mysore, de vastes plans pour la destruction de la domination anglaise sur ce continent, quand la paix vint l’arrêter.

Dans les Antilles, les Anglais ne conservaient d’autre ville importante que la Jamaïque ; de Grasse voulut la leur enlever en 1782; mais attaqué par des forces supérieures, sous Rodney, il fut battu et pris : à son bord il n’y avait que trois hommes qui ne fussent point blessés. Cette bataille des Saintes, qui fut sans résultats fâcheux, eut une grande importance dans l’opinion. On oublia que c’était la première, dans cette guerre, que nous perdions.

L’habile défense de Gibraltar» contre les forces réunies de la France et de l’Espagne, fut un autre échec. Ce siège avait soulevé une attente universelle. Un frère de Louis XVI, le comte d’Artois, avait obtenu du roi la permission de s’y rendre. 20 000 hommes et 40 vaisseaux bloquaient la place. 200 bouches à feu, du côté de la terre, et 10 batteries flottantes, ouvrirent, le 13 septembre, un feu épouvantable contre ce rocher que défendaient sa redoutable position et le courage du gouverneur anglais ElliotL La place attaquée,

4 . Cc8 batleries, inventées par le colonel d’Arçon, étaient formées par des

FONDATION DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE. ï.01

comme nulle autre ne l’avait encore été, se trouva bientôt aux abois. Elle avait vainement lancé 600 boulets rouges contre les batteries flottantes, lorsqu’un de ces derniers projectiles entra sans qu’on s’en aperçut dans le bordage de la Tailla Pe- (Ira, où toutes les précautions recommandées par l’inventeur n’avaient pas été prises. Il y chemina silencieusement, arriva aux poudres et la fit sauter. L’incendie gagna les deux batteries voisines, et les Espagnols, sous prétexte d’empêcher les Anglais de s’emparer des autres, y mirent le feu. 12 000 hommes périrent à ce siège, et Gibraltar resta aux Anglais.

Cependant l’Angleterre avait perdu son renom d’invincible sur les mers, prodigieusement souffert dans son commerce, accru sa dette de 2 milliards et demi. Lord North, chef du parti de la guerre, quitta le ministère et fut remplacé par les whigs (1782), qui firent porter au cabinet de Versailles des propositions de paix. La France, de son côté, avait dépensé 1400 millions; au moins avait-elle obtenu un grand et noble résultat : l’indépendance des États-Unis. La paix fut signée le 3 septembre 1783. Elle était honorable pour la France, qui faisait effacer le honteux article du traité d’Utrecht, relatif à Dunkerque ; obtenait pour l’Espagne Minorque, pour elle-même, Chandernago'r, Pondichéry, Karikal, Mahé et Surate, aux Indes; Tabago et Sainte-Lucie, aux Antilles; les ilôts de Saint-Pierre et de Miquelon, avec le droit de pêche à Terre-Neuve; enfin, Gorée et le Sénégal, en Afrique. Cette guerre, le dernier triomphe de l’ancienne monarchie, porte avec elle un enseignement : c’est que la France pourra, quand elle le voudra sérieusement, dans une lutte seul à seul avec l’Angleterre, disputer l’empire de la mer ou plutôt en assurer la liberté.

La paix ne termina pas les travaux de Washington; il eut à apaiser les murmures de ses soldats, qui se crurent oubliés

vaisseaux rasés, recouverts d’un triple toit h l’épreuve de la bombe et garais d’un bordage épais. Une humidité sumsanlc constamment entretenue prévenait le danger des projectiles incendiaires. Mais le prince de Nassau négligea, sur la Tailla Pcdra, les précautions recommandées par d’Arçon. L’idée du colonel d’Arçon a été reprise de nos jours et avec succès ; seulement le déve-' loppement de notre industrie a permis de substituer le fer au bois, c’est-àdirc de rendre ces terribles machines invulnérables.

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