CHAPITRE XXVII
ladelphie par l’armée de Washington, et par la flotte française du comte d’Estaing, sq replia sur New-York, où il ne rentra qu’après uu échec essuyé à Monmouth. Pour diviser les forces qui le poursuivaient, il envoya le colonel Campbell dans la Géorgie, et la guerre s’étendit alors aux colonies du sud. Elle atteignit les Antilles; le marquis de Bouillé y prit la Dominique, mais les Anglais s’emparèrent de Sainte-Lucie que d’Estaing ne put recouvrer. Aux Indes , nous perdîmes Pondichéry.
On recueillit alors les fruits de la pohtique du duc de Ghoiseul, qui avait renoué l’alliance de la France avec l’Espagne. Cette puissance ofirit sa médiation, que l’Angleterre rejeta. Poussée par le comte de Vergennes qui lui montrait Gibraltar, Minorque et les Florides à reconquérir, elle déclara la guerre ù l’Angleterre et réunit sa marine 'à celle de la France (1779). Le comte d’Orvilliers, avec 66 vaisseaux de ligne, cingla sur Plyinoulh; une tempête qui dispersa sa flotte épargna à l’Angleterre quelque désastre La France se consola d’avoir perdu le fruit de ce grand armement par la prise d^la Grenade, que d’Estaing, après une victoire sur l’amiral Byron, enleva, en sautant le premier dans les retranchements ennemis.
Cet événement eut à Paris un retentissement considérable. L’amiral Rodney s’y trouvait alors, retenu pour des dettes qu’il ne pouvait solder. Un jour qu’U dînait chez le maréchal de Biron, il traita avec dédain les succès des marins français, disant que, s’il était libre, il en aurait bientôt raison. Le maréchal paya aussitôt ses dettes : « Partez, monsieur, lui dit-il; allez essayer de reinphr vos promesses; les Français ne veulent pas se prévaloir des obstacles qui vous empêchent de les accomphr. >
Cette générosité chevaleresque nous coûta cher; Rodney fallût tenir parole. Il battit une flotte espagnole, ravitailla Gibraltar, qu’une armée franco-espagnole assiégeait, et alla aux Antilles, livrer, l’année suivante (1780), trois combats au comte de Guichen. Mais le comte retint la victoire indécise et enleva, à son retour en Europe, un convoi anglais de 60 bâtiments, avec im butin de 50 millions.
-, L’année 1780 fut favorable aux armes anglaises. La diversion tentée par Clinton, dans le sud, avait réussi, la Géorgie était occupée. Ce succès l’enhardit à tenter une autre entreprise. Il voyait les Américains, déjà, lassés de la guerre, se ' reposer sur la France et l’Espagne du soin de les sauver, et Washington réduit à l’inaction par la misère de son armée. Il quitta New-York avec une partie de ses forces, emporta Gharles-Town , dans la Caroline du sud, où il fit 5000 Américains prisonniers, et y laissa Cornwallis, qui battit tous ceux que le Congrès chargea de recouvrer «ette province.
Un échec du comte d’Estaing devant Savannah, dont il voulut s’emparer avant que la brèche fût ouverte, comprenait un moment la cause américaine. Mais une vaste coalition se formait contre le despotisme maritime de l’Angleterre. Pour empêcher la France et l’Espagne de recevoir des régions du nord les munitions navales nécessaires à leurs arsenaux, les Anglais arrêtaient et visitaient les bâtiments neutres. De là mille vexations, des abus et la ruine du commerce des neutres. Catherine II, la première, proclama (août 1780) la franchise des pavillons, à la condition qu’ils ne couvriraient pas la contrebande de guerre, poudre, boulets, canons, etc.; et pour soutenir ce principe, elle proposa un plan de neutralité armée qui fut successivement accepté par la Suède et le Danemark, la Prusse et l’Autriche, le Portugal, les Deux-Siciles et la Hollande *. L’Angleterre déclara aussitôt la guerre à la Hollande, la plus faible et la plus vulnérable des puissances neutres. Rodney se jeta sur Saint-Eustache, une de ses colonies, où il fit une prise de 16 millions, que le brave Lamothe-Piquet ravit en vue des cotes d’Angleterre.
L’Angleterre plia sous le faix. La France ayant envoyé aux Américains une armée sous Rochambeau et de l’argent, les alliés eurent une suite de victoires (1781). Les Espagnols
1. La ligue se proposait de défendre les principes dont la France a obtenu la reconnaissance par l’Angleterre (1854) ; le pavillon couvre la marchandise, par conséquent liberté absolue du commerce des neutres, excepté pour la conlrehande de guerre qui servirait à l’enficmi ; le neutre peut aller partout, excepté dans les ports bloqués par une force effective; le neutre doit subir la visite, s’il n’est pas convoyé par un bâtiment de guerre; mais le visiteur doit se leniri portée de canon, et n'envoyer qu’un canot monté par trois hommes.