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CHAPITRE IV

L'ESPAGNE DE i4S3 A 1S21.

État de l’Espagne au milieu du quinzième siècle. — Navarre, Aragon,

Castille et PortugaL

de l’Espacaie an mlllen du quinzième alècle.

Le peuple espagnol était demeuré jusqu’alors presque entièrement étranger aux affaires des autres nations européennes. 11 lui avait fallu conquérir son sol pied à pied contre les Maures; et cette œuvre, première condition de son existence nationale, n’était pas même achevée. L’extrémité méridionale de la péninsule appartenait aux musulmans, et formait le royaume de Grenade, le dernier des neuf Etats entre lesquels avait été démembré le khalifat de Cordoue. L’Espagne avait donc vécu d’une vie à part pendant tout le moyen âge. Elle n’avait eu, pour ainsi dire, qu’une seule pensée : chasser les Maures, qui lui étaient plus odieux encore comme musulmans que comme étrangers.

A cet isolement elle avait dû une remarquable originalité. Nulle part la religion n’avait plus d’ascendant sur les âmes. Elle y était la moitié de la patrie.

L’Espagne était encore en plein moyen âge, c’est-à-dire que l’anarchie y était au comble, sous le nom de privilèges des castes, des provinces, des villes, des personnes. Les rois n’avaient qu’une ombre de pouvoir. En Castille, les grands venaient d’obliger le faible Jean II à laisser condamner et exécuter son favori, Alvarès de Luna. On sait la formule dont se servaient les seigneurs au couronnement des rois d’Aragon : « Nous qui valons chacun autant que vous, et qui, réunis, pouvons plus que vous, nousvous faisons notre roi et seigneur,

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