CHAPITRE XXX
alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux ; ils verront de belles choses. »
Ces belles choses furent malheureusement mêlées à d’affreuses catastrophes, qu’on eût pu prévenir en cédant plus tôt à des vœux légitimes. On l’essaya timidement : dans la seconde moitié du dix-huitième siècle les gouvernements réveillés, excités par les idées françaises, reconnurent la nécessité d’opérer des réformes pour ne pas avoir une révolution.
Le mouvement s’étendit d’un bout à l’autre de l’Europe ; nous pouvons le constater dans le Portugal et le suivre à tra- . vers tout le continent jusqu’au fond de la Russie. Voyons quels en furent le caractère et les conséquences.
Béformes opérées par les somrernemeats.
Joseph I*', le quatrième successeur de ce Jean IV, de Bragance, qui avait, en 1640, affranchi le Portugal de la domination espagnole, voulut à son tour l’affranchir de ses propres misères.
Il donna le pouvoir à Joseph de Carvalho (1750), qui fut créé plus tard marquis de Pombal. Ce ministre essaya d’être le Richelieu du Portugal. Craignant que l’influence des jésuites ne contrariât ses projets, il impliqua l’ordre dans un complot, auquel un attentat contre la vie du prince donna de la vraisemblance, et ils furent expulsés du royaume (1759). H diminua le pouvoir de l’inquisition ; il intimida les nobles en exilant les plus illustres seigneurs, un Souza, un Bragance. Un tremblement de terre, qui coûta la vie à près de 30 000 personnes, détruisit Lisbonne (1756) ; il la rebâtit en quelques années et en fit une des plus belles villes de l’Europe. A partir de ce moment, chaque année fut marquée par des créations utiles ou des tentatives honorables : encouragements aux manufactures par l’élévation des droits sur les produits étrangers ; à l’agriculture par la fondation d’une école spéciale, la construction du canal d’Oëyras, le défriefaenaent de l’Alentéjo, etc. ; à l’instruction publique par la création du collège des nobles et d’écoles populaires gratuites; réorganisation de l’armée, dont la solde fut assurée et l’effectif porté à
TENTATIVES DE RÉFORMES
32 000 hommes; réforme dans la perception de l’impôt et meilleure gestion financière ; répression des pirateries des Bàrbaresques ; fortification de l’ile de Mozambique, la clef du commerce portugais dans les Indes ; envoi de nouveaux colons au Brésil; révocation, en 1753, de dotations de terres immenses en Afrique et en Amérique, faites aux nobles par les prédécesseurs de Joseph établissement, en 1754, d’une compagnie commerciale pour le négoce exclusif de la Chine et des Indes, et, en 1755, d’une autre dite du Maragnon et du Grrand-Para. Par malheur, il voulut faire le bien à coups de hache, elle bien ne se fait pas ainsi. Ses meilleures institutions furent victimes de la violence qui les avait établies, et le Portugal, un moment galvanisé par ce puissant administrateur, retomba après lui dans son ancienne faiblesse. Sous Pierre IV, en 1781, Pombal fut déclaré criminel et digne d’un châtiment exemplaire ; on se contenta pourtant de l’envoyer en exil; il y mourut dix mois après.
L’Espagne, elle aussi, se ranima sous sa nouvelle dynastie. Philippe V, prince indolent, fit bien peu pour la régénérer. Il quitta, puis reprit la couronne, et toujours se laissa gouverner, par la princesse des Ursins, par Albéroni, qui faillit mettre l’Europe en feu ; par sa seconde femme Élisabeth Farnèse, qui le jeta dans des guerres au bout desquelles il trouva du moins le royaume des Deux-Siciles pour un de ses fils (1734), Parme et Plaisance pour l’autre (1748); enfin par le sage Patinho, qu’on appela emphatiquement c le Colbert de l’Espagne, » mais qui travailla à relever la marine espagnole.
Sous Ferdinand VI, ce mouvement se dessine mieux (1746-1759). Ce prince accordait deux jours d’audience par semaine à tout venant; il diminua les impôts, encouragea l’agriculture, améliora l’administration des finances et de la justice, ranima le commerce, les manufactures et la marine, creusa le canal de Castille, et conclut, en 1753, avec le saintrsiége, un concordat qui laissait au roi d’Espagne la collation des bénéfices ecclésiastiques. Lorsqu’il mourut, à 45 ans, le trésor renfermait près de 59 millions. Sous ce règne, Lima et Quito, au Pérou, avaient été presque détruits par des trem-