CHAPITRE XXX
états généraux pour le l" mai 1789. Une seconde assemblée des notables, appelée à décider quelle serait la représentation de la noblesse, du clergé et du tiers, se prononce pour l’égalité de nombre des députés de chaque ordre. C’était donner la majorité aux deux classes privilégiées. L’opinion publique s’indigne, et Necker, rappelé au ministère des finances, décide le roi à déclarer de sa pleine puissance, que le nombre des députés du tiers serait égal à celui des deux autres ordres. La révolution française commençait (1789).
En résumant l’ensemble de ce chapitre, on voit que, sous la pression des idées françaises, l’esprit de réforme avait gagné l’Europe entière. Les princes se mettent d’eux-mêmes à la tête du mouvement. Ils veulent supprimer des abus, effacer des privilèges, donner du bien-être à leurs peuples. Mais ces réformes d’ordre purement matériel et qui tendent bien plus à accroître les revenus et la force des princes qu’à élever le niveau moral et la condition politique des sujets sont impuissantes dans la plupart des États, parce que les gouvernements ne songent pas à se réformer eux-mêmes, et que faute de bonnes institutions tout dépend encore du hasard des naissances royales qui peut faire passer le pouvoir absolu des mains d’un prince intelligent à celles d’un prince incapable. L’Espagne retombe, sous Charles IV et Godoï, presque aussi bas que sous Charles II. Le temps des lazzarones refleurit à. Naples sous la reine Caroline et son ministre Acton ; Joseph II agite l’Autriche, mais ne la régénère pas. On a vu ce que Catherine II pensait des réformes pour son peuple. En Prusse seulement, un grand homme fait de grandes choses; et en France d’habiles ministres qui veulent en faire n’y réussissant pas, la nation se charge de les accomplir elle même.