CHAPITRE XXX
étaient à peine écoulés que le roi cédait aux privilégiés le rétablissement de la corvée et celui des maîtrises. .
Cependant la guerre d’Amérique allait commencer. Pour faire face aux dépenses nouvelles, on recourut au banquier génevois Necker, qui avait une grande réputation de financier. Gomme il était protestant et étranger, il n’eut que le titre de directeur des finances (octobre 1776). Pendant 5 années il se tira avec honneur d’une situation que rendaient bien difficile le caractère mesquin et jaloux de Maurepas, l’indolence du roi, l’avidité des courtisans. Il lui fallait combler le déficit que Turgot n’avait eu que le temps de diminuer, pourvoir aux frais de la guerre d’Amérique et aux dépenses énormes d’une cour encombrée d’un peuple d’officiers de tout nom et de valets de toutes sortes. 11 y réussit sans augmenter les impôts, sans économiser beaucoup sur la cour, mais par une réduction dans les frais de perception, par mille petites réformes utiles et par 490 millions d’emprunts qui furent constitués, pour la plupart, en rentes viagères. C’était bien d’en appeler au crédit public, mais emprunter à titre oné> reux, c’était reculer la difficulté, non la résoudre, et, sous cette administration honnête d’un habile banquier, non d’un grand ministre, le gouffre continuait à se creuser. Necker, pour le combler, comptait sur la paix, sur l’avenir; mais qui est le maître de l’avenir?
Necker tomba deux ans avant la fin de la guerre. L’occasion de sa chute fut son fameux Compte rendu de l'état des finances publié en 1781, qui fit tant de bruit et qui était pourtant bien incomplet, car ü ne montrait que les recettes et les dépenses ordinaires. On n’y parlait ni des emprunts ni des dépenses pour la guerre. La recette y apparaissait supérieure de 10 millions à la dépense. Le public, charmé qu’on levât h ses yeux ne fût-ce qu’un coin du voile épais qui cachait les finances, reçut cette publication avec d’immenses applaudissements. Les capitalistes prêtèrent au ministre 236 millions. Mais la cour s’irrita de cet appel à l’esprit public. Si le jour entrait dans l’administration financière, que deviendraient les pensions et tout le pillage habituel ? Devant les clameurs de la ' cour Louis XVI céda encore; et quand Necker, k bout de
TENTATIVES DE RÉFORMES. 563
patience, lui offrit sa démission, il l’accepta (21 mai 1781), En outre de ces réformes financières, quelques actes honorables avaient signalé son administration : il avait fait affranchir les serfs du domaine royal, détruire le droit de suite, qui livrait au seigneur tous les biens acquis en pays étranger par son serf fugitif, et abolir la question préparatoire.
Dans la guerre d’Amérique (1778-1783) la France aida un peuple nouveau à monter au rang des nations. D’autres actes signalèrent l’influence qui lui revenait. Par ses subsides à la Suède, par sa volonté hautement déclarée de soutenir Gustave III, elle arrêta l’ambition éhontée de la Prusse et de la Russie ; d’un autre côté elle contribua à sauver la Bavière des attaques de l’Autriche, l’Empire d’une guerre entre les deux grandes puissances allemandes, en faisant accepter au congrès de Teschen (1779) sa médiation et celle de la Russie par l’Autriche et la Prusse. Sa diplomatie était donc aussi heureuse que ses armes.
Mais la victoire coûte cher, et l’administration des finances était tombée aux mains de l’incapable Joly de Fleury, puis en celles du prodigue de Galonné, qui en trois ans et en temps de paix fit pour 500 millions d’emprunts. La situation s’aggrava donc au lieu de s’améliorer, et le moment vint de tout dévoiler au roi. Alors le prodigue se fit réformateur; Galonné imagina un plan où se mêlaient les idées de tous ses devanciers : soumettre les privilégiés à l’impôt et à une subvention territoriale; établir des assemblées provinciales; diminuer la taille ; donner la liberté au commerce des grains, etc. Une assemblée de notables, réunie le 22 février 1787 pour discuter ces plans, les accueillit fort mal; de Galonné tomba, mais le déficit ne fut pas comblé.
Brienne, archevêque de Toulouse, brillant ambitieux qui mêlait les affaires aux plaisirs, est choisi pour le remplacer, et n’est pas plus habile. Le parlement refuse d’enregistrer des édits établissant de nouvelles taxes, et déclare que les députés de la nation ont seuls le droit de consentir l’impôt. Louis XVI, dans un lit de justice, force la main au parlement, qui est encore une fois exilé. Mais des troubles éclatent de toutes parts. Brienne, à bout de ressources, convoque les