‹ Histoire des temps modernesChapitre 71 sur 311 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

échec; car la maison d’Autriche, malgré sa division en deux branches, restait aussi redoutable à la fin qu’au commencement de la lutte. Au fond même, Philippe II était plus fort que Charles-Quint. Mais cet échec servait aussi de leçon. En perdant du côté de l’Italie des provinces éloignées, et qui ne rapportaient point ce qu’elles coûtaient à défendre, la France gagnait au nord Calais, c’est-à'dire l’affranchissement de son territoire et son intégrité reconquise, les Trois-Évêchés, c’està-dire une triple avant-garde de places fortes pour la frontière de Champagne : conquêtes utiles, nécessaires, vraiment nationales, au lieu que l’acquisition plus ou moins durable de Naples ou de Milan n’intéressait que fa dynastie des Valois.

En outre, si la politique française fut vaincue au delà des Alpes, elle triompha au delà du Rhin. L’autorité impériale, nulle dans l’empire avant Charles-Quint, avait été un moment relevée par ce prince au point de faire craindre qu’il n’étouffât du même coup et les libertés politiques et les libertés religieuses de l’Allemagne. La France aida les princes allemands à se défendre, et la paix d’Augsbourg garantit leur indépendance. Ce fut peut-être un mal pour les vrais intérêts germaniques et pour la civilisation générale; mais ce fut à coup sûr un bien pour la France; car une monarchie, fidèlement obéie de la Meuse à l’Oder, et des Alpes à la mer du Nord, l’eût exposée à de terribles dangers. L’acquisition de l’Italie n’était point pour la maison d’Autriche une compensation à ce qu’elle perdait sur le Rhin et sur le Danube. Pauvre et robuste, l’Allemagne eût donné à mu chef réel une force que l’Italie énervée ne pouvait lui fournir.

Tant de guerres ne sont pas d’ailleurs restées absolument stériles. Elles eurent deux résultats considérables, la création du système de l’équilibre politique de l’Europe, qui protège les petits États contre l’ambition des grands, et le développement de la Renaissance. Les peuples de l’Europe, mêlés dans la lutte, se connurent mieux et, mis en contact avec une civilisation brillante, prirent le goût des arts, des lettres et des sciences, qui, restées jusqu’alors le privilège presque exclusif des Italiens, devinrent le domaine commun des nations chrétiennes. La France hérita la première dé l’Italie. Ce fut chez

elle, comme on le verra bientôt, que la Renaissance brilla du plus vif éclat qu’elle ait jeté hors de la Péninsule.

En£n, ces guerres eurent , dans chaque État, des conséquences à la fois politiques et militaires. La noblesse tenue au loin sous le harnais, en pays ennemi , dut s’y assouplir à l’obéissance envers le roi, et la révolution commencée par la poudre à canon et les armées permanentes fut consacrée. Bien que la tentative de créer une infanterie nationale, à l’aide des francs archers n’ait pas réussi, il se forma en France, en Espagne et en Allemagne des bandes qui firent de l’état militaire une profession, qui eurent, avec les inconvénients des soldats mercenaires, les qualités des troupes aguerries, et assurèrent une grande supériorité à ceux qui purent les payer, c’est-à-dire aux rois. De même, si les armes féodales, la lance et l’épée, restèrent jusqu’à Henri IV les armes principales, d’autres comme le pistolet et l’arquebuse, surtout le canon, commencèrent à jouer un rôle dans les batailles ; Louis XI , avec son instinct de pouvoir , avait donné ses soins à une bonne organisation de l’artillerie , et en 1479 concentré toute l’administration dans les mains d’un grand maître. En 1494, son fils, pour l’expédition d’Italie, n’emmena pas moins de 140 canons attelés ^

<. « Les Chinois, disent MM. Reinaud et Payé (Du feu grégeois, des feux de guerre et des origines de la poudre à canon'), avaient découvert le salpêtre, et l’employaient dans les feux d’artifice. Les Arabes ont su produire et utiliser la force projective qui résulte de la détonation de la poudre; en un mot, ils ont inventé les armes i feu. arquebuse a croc , la plus ancienne des petites armes à feu, avait un canon d’un mètre et demi de longueur, plus fort et d’un plus grand calibre que celui du fusil. Il fallait deux hommes pour s’en servir, car elle pesait de 24 à 28 kilogrammes. Elle était portée sur un chevalet en bois et retenue par un croc. On y mettait le feu avec un boutefeu. L’arquebuse à mèche, plus petite et portée par un seul soldat, qui la plaçait, pour tirer, sur un béton fourchu, avait, attachée au chien en serptentant, une mèche allumée qu’une détente abaissait sur l’amorce. Dans {'arquebuse à rouet, moins pesante encore que la précédente, la mèche était remplacée par une pierre à feu. Lorsqu’on appuyait sur la détente, un rouet d’acier cannelé frottait contre cette pierre et produisait les étincelles qui enflammaient la poudre. Cette arquebuse ou mousquet date de la fin du seizième siècle. Vers 1631), le frottement du rouet contre la pierre fut remplacé en France par le choc de la pierre contre une plaque d'acier. Ainsi est née la platine i silex qui a donné son nom au fusil (facile, en italien, signifie pierre i feu). La noix n’a été adoptée pour les armes de guerre que vers 1670; la baïonnette était inventée vers 1640; mais la douille ne le fut que vers 1699; et ce fut

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